Lecture des livres dont vous êtes le héros
2 Janvier 2013
La France au XVIIIe siècle
Nous sommes en 1789, et la dernière décennie n'a pas été clémente pour le royaume de France. Les récoltes ont été désastreuses et, si les paysans sont convenablement nourris, les habitants des villes ont dû se serrer la ceinture. Le mécontentement est encore accru par l'effet déplorable des impôts que le roi, Louis XVI, prélève sur tous ses sujets. Ces derniers temps, la situation s'est brusquement dégradée. Un nouveau relèvement des impôts, annoncé par le roi, a été si mal accueilli par les habitants des villes, particulièrement ceux de Paris, que le souverain a été contraint de convoquer les États généraux, une assemblée composée de représentants de l'aristocratie — la noblesse terrienne —, du clergé et du tiers état, ou bourgeoisie. Ce tiers état est formé de bourgeois sans titre nobiliaire, enrichis par le négoce ou par tout autre moyen, et de quelques nobles se prétendant les porte-parole du peuple. Les États généraux se sont réunis à Versailles, dans le palais du roi, mais, jusqu'ici, ils ne sont pas parvenus à prendre la moindre décision. Le tiers état s'est opposé à toutes les tentatives de ratification des nouvelles lois fiscales et, tout récemment, il s'est déclaré lui-même seul représentant du peuple, refusant de siéger avec le reste de l'assemblée et se réunissant séparément dans un jeu de paume de Versailles.
La turbulente population parisienne s'est livrée à de nombreuses manifestations pour soutenir l'action du tiers état, et le roi passe pour être fort mécontent de cette agitation. De part et d'autre, les esprits sont très échauffés.
Vous vous appelez Philippe d'Auvergne et vous êtes le fils unique d'un aristocrate terrien. Le domaine de votre père est situé assez loin de Paris, et il y a plus d'un an que vous n'y avez pas mis les pieds. Vous êtes officier au 21e régiment d'infanterie, l'un des plus dévoués au roi, dont les quartiers se trouvent dans la capitale.
En tant que militaire, vous êtes resté, dans une large mesure, étranger à l'agitation qui règne dans le pays, mais vous n'avez pu éviter de remarquer que l'humeur des habitants de Paris devient de plus en plus virulente.
Vous avez entendu quelques murmures de mécontentement, tant chez votre père que chez d'autres aristocrates de vos relations, au sujet des nouvelles lois fiscales que le roi cherche à imposer, mais l'armée, à une seule exception près, reste dévouée à la Couronne. Cette exception, c'est le régiment de la Garde nationale, dont les officiers sympathisent avec les doléances du petit peuple et dont les soldats sont grossiers et peu sûrs. Vos propres sentiments sur les problèmes qui menacent de diviser le pays sont confus. D'un côté, c'est le roi qui détient l'autorité suprême, mais, de l'autre, c'est le peuple qui constitue la France. La hantise d'une guerre civile vous obsède. Votre loyalisme est incertain, mais vous n'avez fait part de vos doutes à personne.
La turbulente populace parisienne a organisé plusieurs manifestations en faveur du tiers état, et c'est l'une de celles-ci qui vous avez été chargé de disperser, en ce jour du début de l'année 1789. Lorsque vous pénétrez dans la ville à la tête de vos hommes, votre esprit est troublé.
Vous vous trouvez à l'extrémité nord du Palais-Royal, à la tête de vos hommes. Vos instructions sont formelles : attendre qu'on vous en donne l'ordre pour ouvrir le feu sur les quelque dix mille manifestants qui ont envahi les jardins. Le régiment royal allemand et la Garde suisse, épaulés par la cavalerie du prince de Lambesc, bloquent les issues. La foule se met en branle dans votre direction en brandissant des bustes de Necker, le ministre récemment limogé qui avait la faveur du petit peuple. Vous remarquez la présence, parmi les manifestants, de quelques gardes nationaux, que vous pensiez être consignés dans leurs quartiers. Sur le côté, derrière la foule en marche, vous remarquez que les cavaliers commencent à éperonner leurs chevaux, et vous comprenez qu'ils ont dû recevoir l'ordre de charger. La populace se disperse. Beaucoup de manifestants s'enfuient de votre côté, et d'un geste bref votre Commandant vous fait signe d'ouvrir le feu.
Qu'allez-vous faire ?