Lecture des livres dont vous êtes le héros
11 Juin 2013
Tranquillement plongé dans la fraîcheur moite d'une auberge, vous vous reposez un bref instant des innombrables fatigues endurées depuis votre départ de la glorieuse cité de Babylone, lieu de toutes les débauches. L'aubergiste tarde à vous apporter votre dîner car vous êtes le seul client de l'auberge. Votre esprit vagabonde, au souvenir des épreuves qui ont marqué votre périple. Longue et périlleuse fut votre odyssée, l'œil scrutant sur l'horizon le soleil levant, la main constamment posée sur le pommeau de votre épée afin de faire face aux bandits qui rêvaient d'une proie facile. Au milieu de déserts sans fin, au cœur de forêts impénétrables ou bien à l'ombre de quelque masure le temps d'une halte, votre lame effilée a mis fin aux jours de force brigands, qui avaient eu le tort de s'intéresser de trop près à vos modestes trésors. Avec votre ombre comme unique compagne, vous avez chevauché des mois durant, obnubilé par la gravité de votre quête. Et ce n'est qu'une fois parvenu dans les Etats du prince Vishtapa que vous avez décidé de vous arrêter pour restaurer vos forces. L'or vous faisait défaut et votre cheval trébuchait à chaque pas. Mais sans cette étape providentielle, vous n'auriez jamais fait la connaissance de Zarathushtra, l'un des plus grands sages qu'ait engendrés l'Orient. Malheureusement il ignorait tout de Shangri-La. Seules lui importaient ses méditations philosophiques, où se trouvaient mises en question sans répit les notions de bien et de mal. Tandis que vous enseigniez l'art du combat à des hobereaux suffisants, Zarathushtra échafaudait mille théories. Une fois la nuit tombée, le fracas des armes entrechoquées laissait la place aux joutes oratoires animées. Subjugué par votre vaillance et vos parcours temporels, il crut découvrir en vous un nouvel idéal d'homme coupé de son passé, n'ayant plus à imaginer son avenir qu'en fonction de lui-même et de sa volonté. «Persévère dans ton être, vous répétait-il sans cesse. Suis ton chemin ! Et laisse les peuples et les nations aller leur chemin à eux — des chemins obscurs en vérité, où ne se lèvent jamais les aurores boréales d'un quelconque espoir! »
Mais tout ceci ne dura pas. Payé pour vos services (ajoutez 10 pièces d'or à votre total si vous avez déjà joué les aventures précédentes), vous avez à nouveau pris la route, les jours succédant aux jours. La pluie se mit à tomber sans interruption et le voyage devint un cauchemar permanent. Les pistes desséchées se transformèrent en mares de bouc gluante, rendant toute progression quasi impossible. Votre cheval y laissa la vie et vous avez dû aller à pied, sous des trombes d'eau, longeant obstinément le cours tumultueux d'un large fleuve en crue, le Gange. Puis une chaleur étouffante succéda au déluge. Mais vous restiez indifférent à la tyrannie des éléments et toujours vous alliez de l'avant... Ce soir, arrivé dans les faubourgs d'une importante bourgade, alors que le soleil achève sa course à l'horizon, vous vous arrêtez à la première taverne sur votre chemin, pour économiser les rations qui vous restent. Là, après un bon repas et une nuit de sommeil, vous comptez repartir dès le lendemain.