Lecture des livres dont vous êtes le héros
18 Juillet 2013
— Si je ne me trompe pas, c'est vous qui avez découvert cette pierre dans le désert ? Et probablement non loin du tombeau du pharaon Kar-Thot le Magnifique ?
Vous lui tendez la Tablette, et il s'en saisit d'une main tremblante. Il l'examine pendant un instant puis, hochant la tête, il vous dit :
En effet, c'est moi qui ait trouvé cette Tablette. Je m'en souviens comme si c'était hier, et pourtant cela remonte à bien des années. Je l'ai vendue à un marchand voilà dix ans, ou peut-être douze, car je craignais qu'elle ne soit maudite. Mon fils est mort dans le désert alors que nous regagnions la ville après l'avoir trouvée. Peu de temps après, ma femme a été assassinée par des pillards dans une ruelle proche, et il me serait impossible de vous dire combien de fois ma boutique a été cambriolée par la suite. J'ai donc décidé de me débarrasser de ce morceau de granité maléfique. Et vous me croirez si vous le voulez, mais du jour où je l'ai vendu, ma vie a repris son cours normal. Et maintenant la pierre est revenue chez moi, et les sombres souvenirs qui y sont rattachés également...
Pendant de longues minutes, le regard du vieil homme se perd dans le lointain. Puis, en haussant les épaules, il reprend :
— La façon dont Aktan — mon fils et moi-même avons trouvé cette Tablette est tout à fait étrange. Nous avions fouillé pendant une semaine la Grande Nécropole du désert à la recherche d'antiquités, sans succès. Et nous nous apprêtions à regagner Arksor, lorsque je décidais de pousser un peu plus à l'ouest, vers le domaine des Esprits, un lieu qui inspire une telle crainte que les nomades eux-mêmes ne s'y risquent pas. C'est en nous dirigeant vers ce lieu maudit que nous avons découvert l'homme. Il gisait sur le sable, brûlé par le soleil. Mais surtout — et comment avait-il pu se traîner là dans cet état, et d'ailleurs d'où pouvait-il venir ? — tous les os de son corps étaient comme broyés ! Le plus extraordinaire, c'est qu'il était encore en vie... Lorsque nous nous sommes approchés de lui, il était en plein délire. Il prononçait des mots sans suite, dans lesquels il était question du Pharaon Kar-Thot, et de la malédiction qu'il n'avait pu vaincre pour avoir été incapable de découvrir l'autre partie d'une tablette. Ainsi, cet homme avait pénétré dans la tombe de Kar-Thot ! Dans l'excitation la plus grande, je me penchai vers lui et lui posai mille questions. Mais je ne pus en apprendre plus, car il perdit alors connaissance. Il est mort quelques instants plus tard, sans revenir à lui. Dans sa main, il tenait la Tablette de granité que voici. Après lui avoir donné une sépulture sommaire, nous avons suivi les traces sombres du sang qu'il avait perdu sur le sable, et après environ un kilomètre, nous sommes arrivés en vue d'une immense dune. Mais, alors que rien ne le laissait prévoir, une terrible tempête de sable nous a enveloppés. Jamais je n'ai revu mon fils depuis ce moment... La tempête a duré plus de deux jours et c'est un miracle si, à moitié mort de soif, j'ai pu retrouver le chemin de la ville. O. combien j'ai été stupide de raconter ces événements à mon retour : car des bandits. des pilleurs de tombes en ont eu connaissance, et c'est pour s'emparer de la Tablette qu'ils ont rendu ma vie misérable pendant des mois et des mois. Vous comprenez, maintenant, pourquoi je me suis débarrassé d'elle. Gabbad semble soudain se tasser.
— Je suis vieux, maintenant, dit-il, et plus rien ne me retient ici. Mon frère, le père du garçon qui vous a mené jusqu'ici, s'occupera de la boutique. Quant à moi, je vais vous accompagner dès demain dans le désert. Si vous voulez bien l'accepter, je serai votre guide. Ainsi, cela permettra à ma pauvre femme et mon malheureux fils de trouver, par-delà la mort, la paix qu'ils méritent. Nous devons faire vite, car toute la ville sait pourquoi vous êtes venu. Et croyez-moi, vous n'êtes pas le seul qui soit intéressé par Kar-Thot. Les pilleurs de lombes sont nombreux, et rien ne saurait les arrêter. Rien.
Vous le mettez alors au courant de ce qui vient de vous arriver, et il vous écoule, l'air sombre, en secouant de temps à autre la tète. Puis, après vous avoir donné quelques fruits et un verre de vin, il vous montre une paillasse posée dans un coin de la pièce :
— Prenez quelque repos, car nous allons partir dès le lever du soleil.