Lecture des livres dont vous êtes le héros
14 Avril 2013
- Retournons à San Francisco, il est temps de faire le point, assurez-vous. Et nous aurons besoin de tous vos « copains » pour nous aider.
- Facile, ils travaillent tous au journal, répond John Bob de Golf.
Il est environ midi lorsque vous franchissez à nouveau le Golden Gâte Bridge, en direction de San Francisco, cette fois. Pour commencer, vous repassez à votre hôtel : il vous faut en effet changer de vêtements. Certes, la combinaison de motocycliste présente des avantages quand on voyage en side-car, mais en ville, elle manque d'élégance et de discrétion. Vous remettez donc vos vêtements habituels, puis vous conduisez de Golf chez
lui pour qu'il se change à son tour. Vous vous arrêtez ensuite chez un armurier pour acheter 50 cartouches qui vous coûtent la modique somme de 24 dollars 85 cents. Ces cartouches peuvent servir indifféremment à charger votre pistolet ou celui que John Bob de Golf a pris au boiteux, lors de l'épisode du semi-remorque et qu'il a, bien entendu, conservé par-devers lui. Bien que le journaliste soit un médiocre tireur, il vaut mieux qu'il ait une arme dans sa poche. Après avoir partagé les cartouches, vous regagnez l'immeuble du San Francisco Herald and Examiner et vous garez la Maserati à proximité. Vous achetez au passage quelques sandwiches (il vous en coûte 8 dollars) puis vous
montez dans le bureau de John Bob de Golf. Ces sandwiches ne constituant qu'un maigre repas, vous récupérez un seul point de FORCE (sauf si, par extraordinaire, votre total n'a subi aucune modification, auquel cas vous ne regagnez rien du tout). A présent, le moment est venu de faire le bilan de vos découvertes.
- Il y a deux choses qu'il faut savoir, déclarez-vous au journaliste. Primo : où ont été prises les photos que vous avez découvertes dans le sac de Laura Pushbey ? Dans quelle région d'Amérique ou du monde, dans quel endroit précis ? Secundo : que signifie le
nom « KIM » tracé sur les caisses que transportait le semi remorque ? J'ai la certitude que c'est important.
Vous ressortez les photos de votre poche et vous les étalez sur le bureau. Celle qui représente un paysage enneigé avec l'entrée d'une grotte vous intéresse tout particulièrement. Vous aimeriez bien savoir également où se trouve la piste d'atterrissage qui figure sur une autre photo. Enfin, l'image du laboratoire, avec ces mystérieuses machines, vous intrigue : à quoi tout cela peut-il bien servir ?
- Pour les deux premières photos, il y a quelqu'un ici qui pourra peut-être nous renseigner : un rédacteur du nom de Jeff Nardem qui connaît comme sa poche toutes les régions froides du monde. Il ne supporte pas la chaleur et dès qu'il a quelques jours de vacances, il va les passer dans la neige, le vent et la froidure. Quant au laboratoire, je vous avais parlé d'un de mes amis diplômé en physique-chimie ; c'est lui qui tient la rubrique scientifique du journal, nous irons le consulter dès que nous aurons vu Nardem.
Le dénommé Nardem occupe un bureau à l'écart au fond d'un corridor étroit. Une voix bougonne marmonne un « Ouais, quoi encore ? » lorsque John Bob de Golf frappe à la porte. Vous entrez alors dans une pièce minuscule où sont entassées des piles de papiers en équilibre instable qui menacent à tout moment de s'effondrer. Derrière un bureau est assis un personnage joufflu dont la moue furibonde a quelque chose de réfrigérant. Levant le nez de sa machine à écrire, il vous observe d'un regard noir et inquisiteur qui vous donne la chair de poule. Ou peut-être est-ce l'atmosphère de la pièce qui vous fait ainsi frissonner : il règne en effet un froid glacial dû à un appareil de conditionnement d'air
dont le thermostat est réglé à la température la plus basse.
- De Golf ! Ça m'aurait étonné ! rugit Jeff Nardem. Impossible d'avoir la paix trois minutes dans ce repaire d'analphabètes !
- Nous aurions besoin de tes lumières, répond le journaliste sans se formaliser de l'insulte. Regarde ces photos.
- Qu'est-ce que tu as encore inventé pour me gâcher la vie ? s'indigne le grognon joufflu. Je n'ai pas le temps ! J'ai dix feuillets à rewriter pour la rubrique gastronomique ! Ces
imbéciles ont voulu faire une enquête sur les saucisses à tartiner et ils ont confondu les saucisses pur porc avec celles au pâté de foie ! En plus, ils n'ont même pas parlé des saucisses de veau ! Tous des ignares ! Qu'est-ce que c'est que ces photos ?
Nardem consent à jeter un coup d'oeil aux clichés.
Voyant qu'il s'agit d'images de neige, il semble se détendre et l'esquisse d'un sourire éclaire un instant son visage rebondi. Puis soudain, il lève la tête vers vous avec une expression de fureur.
- Vous ne pouvez pas fermer la porte, non ? grommelle-t-il. Vous faites rentrer l'air chaud du couloir, c'est insupportable !
Vous remarquez alors avec stupéfaction que des gouttes de sueur perlent au front de Jeff Nardem : dès que la température s'élève au-dessus de dix degrés centigrades, il a trop chaud !
- A force de vivre en permanence dans des températures de bain turc, vous finirez par vous transformer en plantes vertes, vous autres, les humains ! fulmine le joufflu. Décidément, cette planète est trop chaude pour moi ! Un jour, on me retrouvera
grillé comme une saucisse dans un barbecue ! Et allez donc fermer la porte, au lieu de me regarder avec ces yeux d'hippopotame nain !
- Ne vous inquiétez pas, il est toujours comme ça, vous glisse John Bob de Golf à l'oreille tandis qu'il va fermer la porte.
- Bon alors, c'est quoi, ces photos ? reprend Nardem.
- Ça te dit quelque chose, ce coin-là ? interroge le journaliste.
Le bougon joufflu regarde attentivement le cliché représentant la piste d'atterrissage et son visage s'éclaire soudain.
- Ma parole ! Mais c'est l'aérodrome de Bella Coola ! s'écrie-t-il.
- Où est-ce ? demandez-vous, le coeur battant.
- Tu te souviens, quand je voulais épouser la Canadienne ? Celle qui faisait des randonnées en montagne ? lance Nardem à John Bob de Golf sans se préoccuper de répondre à votre question. Eh bien, elle m'a emmené un jour dans le parc provincial de
Tweedsmuir. On y était allés dans un petit avion qui avait atterri à Bella Coola. Je me souviens, c'était en plein hiver, il faisait un temps idéal : moins vingt-cinq degrés, de la neige partout, toutes les rivières et les lacs gelés...
- Et c'est au Canada, le parc de Tweedsmuir ? interrogez-vous.
- Évidemment ! réplique Nardem d'un ton méprisant et en haussant les épaules. Vous n'avez jamais entendu parler du parc de Tweedsmuir ? Ah ça, bien sûr, ce n'est pas sous les tropiques, il n'y fait pas quarante degrés à l'ombre et on n'y voit pas le moindre palmier !
- Et c'est... C'est où, exactement ? demande timidement John Bob de Golf, craignant visiblement de provoquer une crise de colère du joufflu.
- En Colombie britannique, espèce d'ignorant ! répond Nardem, le regard assassin. A une cinquantaine de miles de la côte ouest, à l'intérieur des terres. Si tu sais encore lire malgré ton grand âge, tu trouveras ça dans n'importe quel atlas !
- Et heu... une ville ou un village dont le nom serait, ou commencerait par KIM, ça ne vous dit rien ? ajoutez-vous.
- KIM ? répète Nardem, l'air pensif. Il y a un endroit qui s'appelle Kimsquit, à une soixante de miles au nord de Bella Coola, mais c'est vraiment un trou perdu.
- Pensez-vous que l'autre photo, celle qui représente l'entrée de la grotte, aurait pu être prise dans cette région ? demandez-vous.
- C'est tout à fait possible, assure le joufflu. Kimsquit est entouré de montagnes et ce ne sont pas les grottes qui manquent dans la région !
- Tous les éléments concordent ! vous exclamez-vous. C'est là-bas qu'il faut poursuivre notre enquête !
- Quoi ? Vous allez à Kimsquit ? Je viens avec vous ! s'écrie Nardem.
- Pas question, tu n'as pas le temps, réplique John Bob de Golf, tu dois réécrire un article et de toute façon, ce n'est pas le moment de voyager : tu as deux ans de retard dans ton travail ! Allez, venez, laissons-le à ses saucisses, ajoute-t-il en s'adressant
à vous.
- M'eût-on permis d'oeuvrer en paix, je n'eusse pas pris tout ce retard, espèce de négrier hydrocéphale ! lance Jeff Nardem tandis que le journaliste et vous-même quittez le bureau après avoir récupéré les photos.
- Charmant personnage... remarquez-vous, une fois la porte refermée derrière vous.
- Il n'a pas son pareil pour se charger des basses besognes du journal, c'est pour ça qu'on le garde. Sinon, il y a longtemps qu'on l'aurait envoyé vivre chez les Esquimaux ! commente de Golf.
Vous passez ensuite chez le responsable de la rubrique scientifique, un jeune homme beaucoup plus aimable qui vous indique que les appareils figurant sur la photo du laboratoire servent ordinairement à traiter certains minerais tels que le cobalt. Le cliché, cependant, n'est pas assez net pour qu'il puisse vous donner davantage de précisions. Vous regagnez à présent le bureau de John Bob de Golf. Celui-ci se précipite aussitôt sur sa bouteille de whisky pur malt et s'en verse une double dose.
- Ça aide à réfléchir, it-il, comme pour se justifier. Vous en voulez un ?
- Non, merci, je tiens à garder mes idées claires, répliquez-vous d'un ton nuancé d'ironie.