Lecture des livres dont vous êtes le héros
31 Mars 2013
— Moi non plus, l'homme était masqué, répondez- vous.
— Que faisiez-vous en compagnie du baron demande alors le commissaire.
— A la vérité, je n'étais pas en compagnie du baron, je cherchais seulement à le rencontrer et je savais qu'il était venu vous voir.
— Comment le saviez-vous ?
Son domestique me l'avait dit. D'ailleurs, l'assassin m'avait précédé chez monsieur de la Gaillottière. je l'ai même croisé un peu brutalement dans l'escalier.
Le commissaire fronce les sourcils.
Expliquez-moi cela, dit-il. Vous lui racontez alors le détail de votre visite chez le baron.
Votre interlocuteur hoche la tête d'un air perplexe.
— Et quand vous l'avez croisé, cet homme était également masqué ? demande-t-il.
— Je n'ai même pas eu le temps de m'en rendre compte mais d'après le domestique, il l'était. Quant à moi. tout ce que je sais c'est qu'il portait au moment de son forfait un masque rouge... Rouge sang, pour être précis...
— Que voulez-vous dire ?
N'existe-t-il pas une association secrète que l'on appelle la confrérie du Masque de Sang ?
— Vous êtes donc de ceux qui prêtent foi à ces balivernes ? Il y a à Pans et dans tout le royaume des dizaines de sociétés que l'on dit secrètes et dans lesquelles il ne faut voir que rassemblements de tètes creuses toutes boursouflées d'importance, mais très inoffensives. Votre confrérie du Masque de Sang, comme vous l'appelez, n'est sans doute rien d'autre qu'un de ces cénacles de simplets.
— Et si ces « simplets ». comme vous dites, étaient des assassins ? Si Thibaud de Ponsac, si Robert de la Gaillottière étaient bel et bien leurs victimes ?
— Je comprends que vous ayez peine à croire à la culpabilité de votre parent dans le meurtre de monsieur de Ponsac. Pour quelque obscure raison, le baron de la Gaillottière nourrissait les mêmes doutes à ce sujet ; mais trop de preuves désignent Hensock Lefollet comme l'auteur du crime. J'en parle en connaisseur : c'est moi qui ai fait arrêter votre parent...
— Vous?!
— L'enquête était simple à mener, l'arme du crime se trouvait dans la chambre qu'occupait Hensock Lefollet. l'assassin n'avait pas même pris la peine d'essuyer le sang de la lame.
— N'importe qui pouvait déposer cette arme dans sa chambre, faites-vous remarquer.
Certainement pas, réplique Du Réner, monsieur Lefollet — l'aubergiste en porte témoignage — s'était couché de bonne heure le jour du crime. Il était huit heures lorsqu'il avait regagné sa chambre où il s'est fait servir à souper. Le meurtre s'était déroulé une heure auparavant. Sur dénonciation, la police est arrivée à l'auberge du Pont-Marie le lendemain à six heures et l'on a trouvé sous le lit de votre parent la dague qui avait tué monsieur de Ponsac.
— Quelqu'un l'aura glissée là pendant son sommeil...
Impossible, la porte et la fenêtre étaient fermées de l'intérieur.
— Sans doute avait-on le double de la clé ?
Le verrou était tiré, on ne pouvait l'ouvrir de l'extérieur.
— Et comment peut-on être sur qu'il s'agit bien de l'arme du crime ?
— La dague appartenait à monsieur de Ponsac en personne. C'est dans le bureau de celui-ci que l'assassin l'a tué après s'être emparé de la dague qui était exposée au mur. Un domestique a vu le crime se commettre, il a vu la dague dans la main du criminel. malheureusement, ce dernier avait le visage masqué, il n'a pu apercevoir ses traits.
— Le masque était-il également rouge ?
— Non, c'était un masque noir qui couvrait tout le visage. Hélas ! monsieur, il faut accepter la vérité. Elle est d'ailleurs fort simple : une fois son forfait accompli. Hensock Lefollet dissimule la dague sous ses vêtements, il rentre à l'auberge et se couche en se promettant sans doute de se débarrasser de l'arme dès le lendemain. Il n'avait cependant pas songé que quelqu'un pût le dénoncer.
— Et qui l'a dénoncé ?
Souffrez, monsieur, que je laisse votre question sans réponse ; il est de mon devoir de ne pas compromettre cette personne, laquelle a aidé la justice de son mieux. Monsieur de la Gaillottière voulait entendre de moi tous les détails de l'affaire et me convaincre qu'il fallait reprendre l'enquête. Mais il n'y a rien à reprendre, tout est clair.
Et où se trouve Hensock Lefollet, à présent ?
— Cela, monsieur, est un secret, n'oubliez pas qu'il s'agit d'une affaire d'Etat. Avez-vous autre chose à me dire qui soit de nature à me renseigner sur l'assassin de monsieur de la Gaillottière ?
Si vous avez poursuivi l'assassin après qu'il eut accompli son crime.