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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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155

Vous vous hâtez donc de revenir au trente de la rue de l'Université. Lorsque vous arrivez, le domestique que vous connaissez déjà vous ouvre la porte. Il paraît encore plus catastrophé que lors de votre première visite.

— Ah, Monsieur, gémit-il, quel malheur! Quel grand malheur !

Le baron est-il...? demandez-vous avec appréhension.

— Monsieur le Baron est très grièvement blessé, dit l'homme, les chirurgiens ne savent s'il survivra... Ah, mon Dieu, quel malheur !

— Où est monsieur de la Gaillottière ? interrogez- vous.

Ici, Monsieur, vous répond le domestique, on l'a ramené chez lui et monsieur de Courtemare veille à son chevet. Monsieur de Courtemare ?

— Un de ses très fidèles amis.

— Je voudrais rencontrer ce monsieur de Courte-mare, dites-vous en entrant dans le vestibule.

— C'est que... commence le domestique.

— C'est que quoi ?

— Monsieur le Baron est très mal et...

— Et je veux rencontrer monsieur de Courtemare, tranchez-vous d'un ton péremptoire. Où se trouve-t- il?

Je... je vais vous conduire, dit le domestique d'une voix apeurée.

Il vous fait pénétrer dans l'appartement et vous le suivez le long d'un couloir sombre. L'homme s'arrête devant une porte, frappe doucement contre le panneau et ouvre. La chambre du baron de la Gaillottière est vaste et décorée avec goût. Deux chandeliers posés aux deux extrémités d'une large cheminée diffusent une faible lumière. Un homme est assis à côté du lit à baldaquin dans lequel repose le baron de la Gaillottière. Celui-ci a la tête entourée d'un linge maculé de sang. Le teint livide, les yeux clos, il respire faiblement ; n'était ce souffle précaire qui le rattache encore à la vie, on le croirait mort Lorsque vous entrez dans la pièce, l'homme assis près du lit se lève et s'avance vers vous.

— Qui êtes-vous. monsieur ? chuchote-t-il, l'air soupçonneux.

Le commissaire Du Réner vous a révélé que le baron croyait Hensock le Follet innocent du crime dont on l'accuse. Il ne vous paraît donc pas imprudent de vous présenter sous le nom de « Lefollet » en sa maison. L'homme a une réaction de surprise en vous entendant prononcer ce nom.

— Seriez-vous parent de... commence-t-il.

— En effet, répondez-vous en lui épargnant la peine d'achever sa question.

— Vous connaissez le baron ? demande-t-il.

— Hélas ! La première fois que je l'ai vu, il était trop tard pour faire sa connaissance.

— Que voulez-vous dire ?

Vous lui racontez alors votre arrivée devant le Châtelet et la tentative d'assassinat dont vous avez été témoin. L'homme vous écoute avec gravité, puis vous fait signe de le suivre.

Venez, dit-il, allons dans la bibliothèque. Eusèbe, restez au chevet de Monsieur, ajoute-t-il à l'adresse du domestique.

La bibliothèque du baron de la Gaillottière est une longue pièce haute de plafond où les livres occupent non seulement les étagères fixées aux murs, mais également la grande table d'acajou qui trône au centre et une bonne partie du parquet de bois ciré. L'homme vous fait asseoir sur une chaise et prend place sur un autre siège, en face de vous.

— Mon nom est Eloi de Courtemare, dit l'homme, je suis un ami intime du baron de la Gaillottière. Lorsque le baron s'est rendu au Châtelet, je venais de le quitter. Je sais que depuis plusieurs semaines, il s'attachait à éclaircir les circonstances dans lesquelles Thibaud de Ponsac a été assassiné. D'après lui, votre parent n'était pas coupable et tout à l'heure, avant son départ pour le Châtelet, il m'a affirmé avoir découvert la clé de l'énigme. Pour en être tout à fait sûr, il lui manquait de connaître quelques détails que seul le commissaire Du Réner pouvait lui fournir. Il m'avait promis qu'en sortant de chez le commissaire, il viendrait aussitôt me rejoindre pour me dire si, à la lumière de ce qu'il aurait appris, ses conclusions étaient justes. Hélas ! vous connaissez la suite...

— Et vous n'avez aucune idée de ce qu'il avait découvert ?

Pas la moindre. Il assurait que l'affaire était trop grave et mettait en cause trop de gens réputés irréprochables pour qu'il puisse parler sans avancer des preuves certaines.

— Ainsi, on a voulu l'empêcher de dire la vérité...

Oui. et je crains malheureusement que cette vérité ne soit jamais connue. Le baron est au plus mal. A en croire les médecins, il ne survivra guère longtemps. Si j'avais pu me douter qu'en le quittant tout à l'heure... Il semblait si heureux d'avoir mené à bien ses investigations... Lui qui d'habitude n'avait jamais soif, il avait même bu d'un trait un litre d'orangeade. « Je bois à la vérité » m'a-t-il dit, et quand il est parti, il a ajouté qu'il était près d'éclater, mais que la vérité, elle aussi, éclaterait bientôt. Moins d'une heure plus tard, il tombait sous les coups de son assassin...

Machinalement, vous avez pris l'un des livres posés sur la table d'acajou devant laquelle votre hôte vous a fait asseoir. C'est une oeuvre philosophique de Diderot que vous feuilletez.

— Le baron et ses livres... soupire Eloi de Courtemare, c'est sa seule passion. Il a connu monsieur Diderot personnellement et lui portait une grande admiration. D'après lui, c'est un des hommes qui ont le mieux combattu les mensonges de la religion.
— Le baron ne croit pas en Dieu ? vous étonnez- vous.

Certes pas. et il ne déteste rien tant que les gens d'église. A ses yeux, ce ne sont que coquins et ignorants. Ce que vient de vous dire votre interlocuteur vous laisse perplexe. Voilà qui est troublant...

— Et vous, monsieur, que pensez-vous de toute cette affaire? demande M. de Courtemare. J'imagine que vous ne croyez pas à la culpabilité de votre parent ?

Pour moi, son innocence ne fait aucun doute, en effet, répondez-vous, et j'entends en apporter la preuve.

— Quel malheur que le baron ne m'ait rien révélé avant ce rendez-vous fatal ! Avez-vous réussi à découvrir quelque chose de votre côté ?

Si vous avez déjà rencontré la femme dont le portrait est représenté sur le médaillon que le baron conservait dans sa poche.

Dans le cas contraire.

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