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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Si vous espériez passer inaperçu, c'est raté ! L'un des hommes vous a reconnu, puis salué comme un soldat doit le faire dans l'armée de Dorgan vis-à-vis de ses supérieurs hiérarchiques. Sans hésiter, avant que le reste de la troupe ne l'imite, vous déclarez :

- Restez assis, messieurs, je vous en prie. Je cherche seulement un peu de compagnie pour déjeuner. M'acceptez-vous à votre table ? S'il le faut, je suis prêt à payer ma place parmi vous d'une histoire ou d'une chanson.

Une demi-heure plus tard, vous êtes parvenu à vos fins. Grâce à quelques bonnes blagues de votre cru, il ne reste rien de la méfiance suscitée dans l'esprit des cinq soldats par la présence d'un seigneur du Conseil de Dorgan à leur table. Bien au contraire, la troupe vous a adopté. Autour de quelques bonnes bouteilles des vignes des Collines des Barbes Fleuries, les langues se délient et les conversations vont bon train. On parle surtout de Fenga, dont ces hommes sont tous natifs. Mais, bientôt, les soldats n'hésitent plus à vous poser des questions embarrassantes. Ainsi, alors que vous vous intéressez aux raisons de leur voyage à bord du Kraken, l'un d'eux vous répond :

- A ce propos, peut-être pourrez-vous éclairer notre lanterne ! Pourquoi avons-nous tous reçu l'ordre, cette nuit, d'un messager d'Elvanine, d'écourter nos permissions pour rejoindre notre régiment à Sélartz ?

- Je comptais sur vous pour me l'apprendre, répondez-vous aussitôt.

- Le plus étonnant, renchérit votre voisin de droite, c'est cette somme d'argent que nous avons reçue pour payer le prix d'un transport sur le Kraken jusqu'à Kandaroth, où des chevaux nous attendent. Vous pensez bien qu'aucun de nous, à cette table, n'est assez fortuné pour s'offrir une telle croisière !

- Un voyage de luxe, poursuit votre voisin de gauche, pour de simples soldats... Avouez qu'il y a de quoi s'inquiéter ! A votre avis, quel genre d'urgence peut justifier une telle dépense ? Après tout, nous gagnons seulement une demi-journée sur le temps qu'il nous aurait fallu pour atteindre Sélartz par voie terrestre.

- Je ne sais pas, répondez-vous franchement. Mais vous en saurez sûrement beaucoup plus dès votre arrivée à Sélartz. A ce propos, puisque je vais moi aussi dans l'enceinte du fort, où pourrais-je vous trouver ? Vous ne m'avez pas encore dit dans quelle arme vous servez.

- Nous sommes apprentis apothicaires.

Bien que vous parveniez, au prix d'un colossal effort de volonté, à dissimuler l'anxiété qui vous gagne, un sombre pressentiment vous étreint. A moins que la guerre ne soit déjà commencée, le rappel de ces hommes dans leur régiment ne peut signifier qu'une seule chose : l'apparition à Sélartz d'une maladie grave ou d'une épidémie.

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