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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Le Grand Cerf est une construction à un étage dont le lierre a envahi les murs de brique soulignés de blanc. A l'intérieur, l'ambiance est intime et confortable, avec ses lambris d'acajou égayés par des rideaux blancs. Le patron vous conduit lui-même à un salon du premier étage, où vous attend une table immaculée couverte d'argenterie étincelante et de porcelaine fine. Le repas est délicieux. Sir Dexter refuse de parler de ses soucis avant la dernière bouchée. Lorsque le garçon a apporté le café, le porto et les cigares, il expose enfin le fond de l'affaire,
- Messieurs, le problème que je désire vous soumettre est un peu plus digne de vos talents que la façon dont M. Gregg joue au golf, commence-t-il. En fait, de votre succès ou de votre échec dépendra le sort de plus d'un million de livres sterling. La surprise vous pétrifie, et Watson manque lâcher son cigare.
Peut-être pourriez-vous nous donner quelques précisions, suggère calmement Holmes.
Cela va de soi, répond sir Dexter. Mon frère, Matthew Mannington, a joué un rôle de premier plan dans l'essor des chemins de fer britanniques et il s'est également intéressé à plusieurs autre entreprises. Il a ainsi édifié une fortune considérable pendant que je servais le gouvernement. Il ne lui manquait qu'un seul talent : la sociabilité, même à l'égard des membres de sa propre famille. Matthew s'était marié jeune et n'avait eu qu'un enfant, sa fille Elizabeth. A vingt ans, celle-ci s'est amourachée d'un jeune ingénieur, John Barnett, qui travaillait pour les chemins de fer de Matthew. Mon frère s'est refusé à croire que sa fille puisse être sincèrement amoureuse d'un de ses employés, et il s'est opposé au mariage. Lorsqu'ils sont passés outre, il a congédié Barnett et usé de son influence pour que le jeune homme ne puisse trouver un emploi dans une des compagnies de chemin de fer des îles britaniques.
J'ai souvent entendu des histoires de ce genre, commente Holmes. L'obstination parentale donne rarement d'heureux résultats. Dans les affaires que Watson a intitulées Un cas d'identité et Aventure aux Hêtres pourpres, ils furent même tragiques.
J'ai lu ces nouvelles, dit sir Dexter. Ce fut le cas pour mon frère. Ne pouvant trouver de travail dans son pays, Barnett partit pour l'Amérique avec Elizabeth et s'y embaucha dans les chemins de fer. Je correspondais avec elle, à raison d'une ou deux lettres par an. Je crois qu'Elizabeth s'était vite rendu compte que
son père avait eu raison de considérer Barnett comme un opportuniste, mais elle s'est toujours refusée à l'admettre. Elle lui a donné un fils un an après leur mariage en 1858, mais son père et elle n'ont pas correspondu une seule fois tant que Barnett a été vivant. Il est mort accidentellement en 1869. Quand j'ai
annoncé à Matthew que sa fille et son petit-fils Robert étaient seuls en Amérique, il a écrit à Elizabeth. Finalement, il lui a envoyé de l'argent pour qu'elle revienne en Angleterre. Des engagements antérieurs l'ont empêchée de quitter l'Amérique avant le mois de novembre 1871, où elle a pris le paquebot Cassandra à Boston.
C'est bien tard dans la saison pour traverser l'Atlantique Nord, remarque Watson.
- C'était trop tard, continue sir Dexter avec un soupir. Le navire a fait naufrage dans une tempête, et Elizabeth a été tuée. Mon frère m'a dit que le petit garçon avait disparu, et je l'ai cru mort pendant près de vingt-cinq ans. (Holmes s'arrête de fumer et dresse l'oreille.) Mon frère a fini par mourir au printemps de 1894, peu après votre retour à Londres, M. Holmes. Il m'a légué toute sa fortune. J'avais pris ma retraite du Foreign Office, et en m'initiant aux divers agréments de ma récente opulence, j'ai commencé à lire les papiers de mon frère. C'était le genre d'homme qui ne détruit jamais le| moindre document. Un an après sa mort, je suis tombé sur une lettre de l'officier en second du Cassandra, informant mon frère du naufrage. Il lui disait qu'il avait sauvé le jeune Robert et lui demandait comment il devait l'envoyer en Angleterre. Matthew lui avait répondu qu'il ne voulait pas voir l'enfant, mais qu'il lui faisait parvenir une certaine somme pour son éducation.
- Quelles mesures avez-vous prises quand vous avez appris cela ? demande Holmes.
- J'ai fait paraître dans tous les journaux de Grande-Bretagne et de tous les pays dans lesquels nous avons un consul une annonce invitant le jeune Robert à venir faire valoir ses droits sur l'héritage de son grand-père.
- Avec quel résultat ? demande Holmes. Combien s'est-il présenté de postulants ?
Douze, répond sir Dexter avec un sourire. J'ai éliminé sept imposteurs flagrants, mais j'ai besoin d'un spécialiste en la matière pour déterminer si l'un des cinq autres est réellement Robert Barnett. Ils sont installés chez moi, attendant patiemment que je les départage, et j'ai fini par leur donner des numéros, puisqu'ils prétendent tous porter le même nom.
Un mince sourire retrousse les lèvres de Holmes.

Cela pourrait être intéressant, reconnaît-il. L'âge de l'héritier corse le problème : un homme de trente-sept ans peut paraître à peu près n'importe quel âge entre vingt-cinq et cinquante ans. Malheureusement, il m'est impossible de venir tout de suite. Nous sommes mercredi... je pourrais être chez vous samedi matin. Watson et moi avons des billets pour la première de la nouvelle opérette de Gilbert et Sullivan, demain soir, et Benvenutti, le célèbre violoniste, joue vendredi.
J'aimerais que vous vous occupiez de cette affaire au plus tôt, dit sir Dexter. L'ambiance de ma maison est assez tendue. J'héberge également quatre de mes cousins qui hériteront de ma fortune si je ne découvre pas le véritable Robert et, évidemment ils ne s'entendent pas toujours très bien avec les héritiers.
Mon protégé vous accompagnera demain, répond Holmes en vous désignant, et il rassemblera tous les éléments. Si vous avez besoin de renseignements complémentaires, télégraphiez à Baker Street.
Sir Dexter discute encore un peu et finit par accepter. Vous passez la nuit au Grand Cerf et, le lendemain matin, vous accompagnez sir Dexter à sa propriété. C'est une grande maison en pierre de taille au bord de la Tamise, à proximité d'un village situé à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Londres. Une armée de domestiques s'empare de votre bagage, et sir Dexter vous présente rapidement aux héritiers.
- Ce monsieur va m'aider à résoudre notre problème, leur explique-t-il. Je compte sur vous pour l'aider de votre mieux.
Vous examinez attentivement les postulants. Héritier 1, ainsi a-t-il été baptisé par sir Dexter, semble être un homme d'âge mûr, trapu, basané, avec une cicatrice en forme de Z sur une joue. Ses vêtements et son langage sont typiquement ceux d'un cocher de fiacre londonien. Héritier 2 déclare avoir adopté le nom « Arthur Smith » en Amérique pour ne plus porter celui de son abominable grand-père. Il y est professeur dans une école privée. Son teint blafard et son ventre flasque trahissent qu'il mène une vie casanière. Il a le bras droit en écharpe, s'étant, dit-il, cassé le poignet dans une chute de cheval. Héritier 3, qui se fait appeler « Philip Hamilton », est un dandy grand et mince, aux cheveux et à la moustache noirs. Il a tout du chevalier d'industrie, et vous vous demandez comment il gagne sa vie. En réfléchissant, vous vous rappelez avoir vu ce nom dans les fiches de Holmes. Un certain Philip Hamilton, ayant le même aspect physique, a été compromis dans plusieurs affaires douteuses d'abus de confiance et de jeux truqués sans avoir jamais été arrêté pour un délit caractérisé. Héritier 4 porte le nom «Robert Barnett» et semble avoir mené une vie active en plein air. Il dit avoir exercé divers métiers au cours de sa vie et être venu d'Amérique via le Canada. Héritier 5 est un freluquet au physique falot et aux vêtements anodins. Il semble dépourvu du minimum d'imagination
indispensable à un imposteur, au point de se faire appeler « John Smith ». Lorsque vous avez salué les préten dus héritiers, sir Dexter vous emmène dans son bureau.
Avant que vous ne bavardiez avec eux, dit-il, je pense qu'il serait bon que vous preniez connaissance des lettres et des documents que je possède. Si j'avais pu supposer que j'en aurais un jour besoin, j'aurai conservé les lettres d'elizabeth, mais j'ai quand même quelques petites choses qui pourraient vous etre utiles.-
Vous vous installez dans un fauteuil, à côté de lui, pendant qu'il sort des papiers de son bureau.

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