Lecture des livres dont vous êtes le héros
29 Janvier 2013
L'homme s'est penché vers vous ; il regarde le sang couler sur votre visage puis il éclate de rire.
— Eh bien, te voilà jolie ! s'exclame-t-il, hilare, Aussi, quelle idée de t'enfuir ainsi ! Ai-je donc l'air si mauvais ? C'était plutôt à moi d'avoir peur. Vous êtes à la fois furieuse et désespérée : furieux que ce butor ose se moquer de vous, désespérée car vous sentez que votre nez se met à enfler ; vous allez être affreuse et ce n'était certainement pas ainsi que vous comptiez commencer votre mission sur Terre. L'homme veut vous aider à vous relever, mais d'un geste brusque, vous le repoussez et vous vous remettez vous-même sur pied.
— Quel caractère ! s'écrie l'inconnu. Allons viens, assieds-toi.
Il vous prend par le bras pour vous amener près du tabouret, mais cette fois encore, vous vous dégagez avec mauvaise humeur et vous allez vous asseoir.
— Je n'ai besoin de personne pour m'aider à m'asseoir, ronchonnez-vous.
— A ton aise, mais peut-être te laisseras-tu soigner ? Il prend alors un morceau d'étoffe, verse dessus de l'eau de la cruche posée sur la table puis fait un geste vers votre visage pour l'essuyer. Toujours aussi furieuse, vous vous reculez pour l'empêcher de vous toucher, puis vous lui arrachez le morceau d'étoffe des mains et vous étanchez vous-même votre sang, La fraîcheur de l'eau vous fait du bien et la douleur s'apaise, mais la blessure qu'a subie votre amour-propre continue, elle, de vous faire cruellement souffrir. C'est la première fois que vous rencontrez un homme et jamais vous n'avez éprouvé un tel sentiment d'humiliation. Vous, une princesse, vous faire miter ainsi par cet impudent ! De plus, vous avez fait preuve de couardise, ce qui navrerait votre mère si elle venait à l'apprendre. Et votre frère ! Si lui aussi savait que vous avez tenté de vous enfuir la première fois que vous avez vu un homme, vous seriez noyée sous ses quolibets ! Bref, les choses ne pouvaient commencer plus mal !
- Que fais-tu donc ici, jolie donzelle ? demande l'Inconnu. N'as-tu pas quelque linge à laver au bord d'un ruisseau ? Tu serais mieux à ta place qu'en t'accoutrant d'une cotte de mailles et te ceignant d'une épée comme si tu voulais partir à la guerre ! Se battre est une affaire d'homme, ma toute belle !
"ces paroles vous stupéfient et portent votre colère à son comble : laver du linge ! Vous, la Princesse du Temps ! Et d'abord pourquoi faudrait-il obligatoirement être de sexe masculin pour se battre? Au Royaume du Temps, tout ce que font les Pérenniens, .les Pérenniennes savent aussi le faire. C'est donc cela la vie parmi les hommes ? Les femmes, les jeunes filles, n'auraient droit qu'aux moqueries et au battoir, Jamais à l'épée ? Décidément, ce grossier personnage vous exaspère et vous vous levez en saisissant le pommeau de votre arme ; vous n'avez plus qu'une envie : lui passer votre lame au travers du corps pour le punir de son arrogance. Mais tout aussitôt, vous vous en voulez de perdre ainsi votre calme. La violence des hommes serait-elle contagieuse? On vous avait habituée à plus de sérénité, au Royaume du Temps.
L'homme a été surpris par votre geste et il a vu dans votre regard un éclat meurtrier qui a figé son sourire.
— Allons, je ne voulais pas t'offenser, dit-il, calme toi ! Mais pourquoi as-tu pris mon épée et tout mon attirail ?
— J'ai besoin de me défendre, car je vais seule SUR les chemins, lui répondez-vous.
— D'où viens-tu ? interroge l'inconnu.
— Je viens... de très loin, vous contentez-vous de répondre avec mauvaise humeur.
— Et tes parents, où sont-ils ?
Il commence à vous énerver avec toutes ses questions et vous êtes sur le point de le rabrouer sèchement ; vous vous ravisez, cependant. Après tout, ce butor pourrait peut-être vous aider, il vaut mieux vous en faire un allié. Il s'est moqué de vous parce que vous êtes une jeune fille? Très bien, vous emploierez donc des méthodes typiquement féminines pour vous servir de lui. Vous avez l'intuition qu'en faisant appel à ses sentiments, vous pourrez en obtenir ce que vous voudrez. Une idée vous vient alors à l'esprit.