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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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A dire vrai, vous avez encore des progrès à faire dans le maniement de l'épée. Vous éprouvez en effet certaines difficultés à tirer l'arme de son fourreau et lorsque vous y parvenez enfin, l'homme qui vous fait face vous regarde avec des yeux ronds en se demandant visiblement ce que vous lui voulez. La peur qu'il avait tout d'abord ressentie s'est dissipée devant le spectacle de votre maladresse et il semble à présent plutôt amusé. Si amusé, même, qu'il éclate d'un rire tout à fait vexant.

— Tout beau, jolie damoiselle, ce n'est pas ainsi qu'on tient l'épée ! s'exclame-t-il, hilare. Se battre est une affaire d'homme ! N'as tu pas quelque linge à laver au bord d'un ruisseau au lieu de singer niaisement les sottises de la guerre ?

Ces paroles vous stupéfient : laver du linge ! Vous, une princesse ! Et pourquoi faudrait-il être obligatoirement de sexe masculin pour savoir se battre ? Au Royaume du Temps, tout ce que font les Pérenniens, les Pérenniennes savent aussi le faire. C'est donc cela, la vie parmi les hommes ? Les femmes, les jeunes filles n'auraient droit qu'au battoir et jamais à l'épée? Ce grossier personnage vient de vous mettre en fureur et, d'un geste menaçant, vous levez votre arme au-dessus de sa tête. Cette fois, son sourire s'évanouit.

— Allons, baisse cette lame, je ne voulais pas t'offenser, dit-il, calme-toi, que me veux-tu ? Mon or ? Je n'en ai pas. D'ailleurs, je ne possède rien, à part l'épée que tu as en main et l'attirail qui va avec. Si cela peut suffire à ton bonheur, emporte-les donc, et que grand bien te fasse ! Je suis las de la violence, las des combats, las de la guerre. La guerre, jolie donzelle, sais-tu bien ce qu'est la guerre, toi qui te mêles de brandir le glaive ?

Vous n'en savez pas grand-chose, en vérité — il n'y a pas de guerres, au Royaume du Temps. Mais on vous a parlé de celles que les hommes se font, et vous avez quelques notions en la matière. — La guerre, reprend l'homme, c'est l'art de se faire tuer pour des princes ou des rois qui finiront un jour par se serrer la main en piétinant ta tombe. La guerre ravage le Royaume de France, elle déferle du nord au midi et de l'est à l'ouest, elle fait rage depuis des années, depuis tant et tant d'années qu'elle pourrait bien durer cent ans. Mais moi, je n'en veux plus, je ne veux plus de la guerre, je veux la paix ! La paix, entends-tu, ma mignonne ? La Paix ! ! ! L'homme s'est mis à crier, pris d'une fureur soudaine, et, bien que vous ayez une épée à la main tandis qu'il est lui-même désarmé, vous reculez d'un pas dans un réflexe de peur. Par malchance, votre talon vient buter contre une dalle descellée qui forme une aspérité sur le sol, vous perdez l'équilibre et vous tombez en arrière, dans la cheminée. Sous l'effet de la douleur provoquée par la brûlure des flammes, vous vous redressez d'un bond et votre tête heurte alors avec force le manteau de cette même cheminée. Sous le choc, vous avez lâché votre épée qui tombe à terre dans un bruit métallique. L'homme se précipite vers vous pour vous aider et vous soutenir pendant que vous reprenez vos esprits. Votre chute l'a beaucoup amusé et il est secoué d'un fou rire. Quant à vous, jamais vous ne vous êtes sentie aussi humiliée. Vous venez par surcroît de perdre 2 points de FORCE, un pour la brûlure, un pour la bosse. Cette bosse, vous la sentez enfler sur votre front : vous devez être affreuse, à présent, et cette pensée vous rend folle de rage. Heureusement que votre frère ne vous voit pas en cet instant, sinon, nul doute qu'il ne vous épargnerait pas ses quolibets ! Il faut dire que vous avez fait preuve tout à la fois d'agressivité et de couardise, ce dont il n'y a pas lieu d'être fière.

L’'homme, qui continue de rire sans vergogne, vous prend par le bras pour vous mener vers le tabouret,

- Allons, viens t'asseoir, dit-il, si toutefois ta brûlure ne t'a pas meurtrie au mauvais endroit ! Cette réflexion éminemment vulgaire met le comble à votre exaspération. D'un geste brusque, vous vous dégagez et vous vous écartez du grossier personnage, l’homme ramasse alors l'épée et vous craignez un Instant qu'il ne vous en menace. Mais en fait, il vous la tend en vous présentant le pommeau.

- Je pourrais te tuer, dit-il en continuant de rire, mais cette épée est la tienne, désormais ; je te la rends.

Frottant d'une main votre bosse et de l'autre votre , brûlure, vous le regardez avec stupéfaction : vous etes à sa merci et voilà qu'il vous offre son arme. Du coup, votre colère s'apaise quelque peu.

— Prends-la, insiste-t-il, elle est à toi. Eudes le Doux te l'a donnée.

Eudes le Doux ? répétez-vous d'un air interrogateur.

— C'est mon nom. Eudes le Doux, vingt années de guerre au service du Royaume de France, vingt années de fer et de sang, vingt blessures, une par an, et sans doute davantage. Aujourd'hui, me voici de retour chez moi en quête d'un peu de tranquillité, mais à peine me suis-je défait de mes armes et de ma cotte de mailles qu'on vient encore m'attaquer au coeur de mon propre logis.

Déconcertée, vous prenez l'épée qu'il vous tend et vous la remettez au fourreau. Vous ne savez plus que penser : d'un côté, vous avez envie de lui tordre le cou pour son insolence, de l'autre vous vous sentez toute penaude. Car après tout, vous n'avez guère été brillante ! Vous vous êtes comportée aussi stupidement que la plupart des hommes. On aurait attendu plus de noblesse de la part d'une Princesse du Temps !

— Pourquoi as-tu besoin de mes armes ? demande Eudes le Doux. Tu aimes te battre ?

— Non, mais je dois me défendre, car je vais seule sur les chemins.

— D'où viens-tu donc ainsi? Tu n'as pas de parents ?

— Je viens... de très loin, vous contentez-vous de répondre.

Quant à mes parents...

Vos parents? Impossible de lui en parler sans lui révéler ce que, de toute façon, il ne croirait pas. Eudes le Doux paraît bien disposé à votre égard, peut-être pourra-t-il encore vous être utile. Autant en profiter. Vous avez l'intuition que si vous parvenez à l'émouvoir, il sera prêt à tout faire pour vous aider. L'émouvoir ? Vous venez justement d'avoir une idée pour répondre à la question qu'il vous a posée.

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