Lecture des livres dont vous êtes le héros
19 Avril 2013
Vous comprenez bientôt que la démarche apparemment irrégulière d'Urik n'est pas un effet de la sénilité mais, au contraire, qu'elle s'adapte parfaitement à l'environnement : grâce à ses jambes arquées et souples et à sa longue queue, le sorcier parvient aisément à courir sur les branches les plus étroites, tandis que vous trottinez maladroitement derrière, le corps plié en balancier, n'osant regarder vers le sol. Au milieu de la matinée, vous parvenez à la lisière de la forêt de Pluie. Tout en bas, en dessous de vous, s'étendent les gorges de l'Agazad, hérissées de ces pitons rocheux qu'on surnomme les Dents du Dragon. Vous contemplez le canyon en silence, vous rappelant comment vous l'aviez traversé pour atteindre l'Azanam. C'est là que votre guide et ami, le marchand Chan-Li, avait connu une mort atroce : un Kraku, une immonde créature ailée et recouverte de pustules, l'avait dévoré. Soudain, la voix chaleureuse d'Urik vous tire de votre mélancolie. « L'Azanam évoque à Astre d'Or des souvenirs pénibles ? » vous demande-t-il d'un ton compatissant. Vous acquiescez de la tête, sans même penser à lui demander comment il a su lire dans votre cœur. « Ce n'est pas l'heure d'être triste, s'exclame le sorcier, c'est l'heure de voler ! Attrape ! » Sur ces mots, il vous jette une liane qu'il vient de trancher de l'arbre où il se trouve. Vous le regardez avec étonnement. « Fais-toi un harnais et attache-toi solidement », ordonne Urik. Vous obéissez, interloqué.
Au moment où vous allez lui demander de vous expliquer ce qu'il a en vue, Urik sort de sa besace une petite flûte en bois. Il la porte à ses lèvres et se met à jouer une étrange mélodie, qui ne ressemble à aucune musique que vous ayez entendue auparavant. Au bout d'un moment, le sorcier s'interrompt et scrute le ciel, comme à l'affût de quelque chose. « Et maintenant ? » lui demandez-vous avec une inflexion ironique. « Regarde, réplique-t-il, et vois ! » Vous apercevez alors un point sombre dans le ciel. « C'est un Oxlo, ils adorent la musique Kundi ! » La tache s'agrandit rapidement et vous parvenez bientôt à discerner la silhouette gauche et disproportionnée de l'oiseau. C'est un drôle d'animal, avec son cou interminable, son corps minuscule et ses larges ailes qui battent l'air sans rythme ni grâce... Tandis que l'oiseau se rapproche, Urik se remet à jouer de la flûte. L'Oxlo vient alors se percher sur une branche voisine et incline la tête de côté pour mieux écouter la musique ; une expression de fascination ravie se lit dans ses yeux, larges comme des soucoupes. Urik arrête de jouer et noue l'autre extrémité de la liane en lasso, qu'il jette autour du cou de l'animal avec une précision remarquable. L'Oxlo pousse un cri affolé et vous comprenez brusquement ce qu'Urik voulait dire, quand il vous parlait de « couvrir des kilomètres et des kilomètres en une seule journée ». Vous voici soudain propulsé dans les airs, emporté par l'Oxlo qui s'envole. Avec une exclamation joyeuse, Urik bondit et vous attrape par les chevilles. Pendu à vos pieds, le Sorcier ballotte au vent, un sourire d'enfant excité sur le visage, tandis que l'Oxlo gagne de l'altitude. « Et, maintenant, que faisons-nous ? » hurlez-vous. « L'Oxlo va rentrer chez lui, dans les marais de Gur-Lu. Il vole vite et bien, cela va nous avancer d'un bout de chemin ! C'est amusant, n'est-ce-pas ? » Comme pour donner raison à Urik, l'Oxlo pousse alors un cri aigu, auquel votre compagnon répond par un éclat de rire tonitruant. Malgré la liane qui vous rape les aisselles et l'altitude vertigineuse à laquelle vous vous trouvez, forcé vous est d'admettre que le plan d'Urik, tout farfelu et dangereux qu'il soit, vous épargne bien des kilomètres et des journées de marche. La terre défile à vive allure en dessous de vous et, quand arrive la fin de l'après-midi, le paysage est tout autre. Vous survolez maintenant les étendues marécageuses des marais de Gur-Lu, où l'Oxlo a son nid. L'oiseau se met à descendre, se ralentissant avec des battements d'ailes brusques et désordonnés. Vous êtes en train de vous demander comment vous allez pouvoir atterrir en douceur, quand Urik vous interpelle : « Regarde ! dit-il en montrant du doigt la terre. Des chasseurs ! Ça s'annonce mal... » Vous apercevez en effet un groupe d'hommes armés d'arbalètes, que vous reconnaissez avec horreur ; ce sont des guerriers Chadakines, les soldats du Roi-Démon Charatchak. Ils vous ont certainement repérés car ils s'agitent en tous sens, hurlant et apprêtant leurs armes. Vous n'êtes plus maintenant qu'à six ou sept mètres du sol.
Si vous désirez trancher la liane et vous laisser tomber à terre.
Si vous préférez attaquer les chasseurs à l'aide de votre Baguette de Sorcier.