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Le Site dont vous êtes le Héros

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Il a l'impression de nager pendant une éternité mais, finalement, au bord de l'épuisement, il sent ses pieds toucher le fond et il se traîne sur le rivage. Au-delà d'une étroite grève moussue, la forêt enchevêtrée, lépreuse, dresse une barrière à peu près impénétrable. Loup*Ardent se repose pendant un bon moment avant de tenter de se frayer un chemin dans la forêt. Comme partout dans cette étrange vallée, le silence est absolu. On dirait que le monde est dans l'expectative... ou qu'il est mort. Loup*Ardent donnerait cher pour avoir un sabre, ou même un simple poignard, et encore plus pour une protection quelconque, car son corps est bientôt gluant du sang qui s'écoule d'innombrables piqûres et égratignures. Aveuglément, ne sachant pas où il va et s'en moquant, Loup*Ardent s'enfonce sous bois, mais il finit par être obligé de s'arrêter. Le clair de lune ne penêtre pas jusque-là et, malgré l'acuité de sa vision nocturne, il ne distingue pas le sol où il pose les pieds. Il choisit un gros arbre, en partie au toucher, en partie parce que sa cime se profile sur le ciel, il escalade ses robustes branches basses et se cale dans une fourche, où il s'installe pour dormir d'un oeil en attendant le lever du jour.

En se réveillant, il s'aperçoit que son perchoir surplombe une clairière. S'il avait fait quelques pas de plus, il aurait atteint celle-ci la nuit précédente. Ce qu'il voit dans la clairière l'emplit d'une terreur superstitieuse. Vers l'ouest se dresse un dolmen fait de trois énormes pierres — deux à la verticale, supportant la troisième horizontale — tandis que d'autres pierres levées, peut-être une vingtaine en tout, encerclent la clairière, se découpant comme autant de sentinelles sur un fond de végétation inextricable. Loup*Ardent comprend immédiatement que le hasard l'a conduit dans un sanctuaire préhistorique. Dans les cavernes les plus profondes du village de pierre, les chamans baissaient craintivement la voix quand ils parlaient de ces mégalithes érigés il y a plusieurs millénaires par les Grands Anciens pour y pratiquer les plus puissantes de leurs nombreuses magies. Les chamans les appelaient des «cromlechs » et affirmaient qu'il en existait jusque dans le Désert, mais Loup*Ardent n'a jamais entendu dire que quelqu'un ait prétendu en avoir découvert un. Loup*Ardent étire ses membres engourdis et descend lentement de son arbre. Il se demande si ce ne serait pas là que réside le secret du silence de la vallée. D'après les chamans, il émanerait encore de certains cromlechs un peu de leur ancien pouvoir Comment savoir, aujourd'hui, quels effets un tel pouvoir a pu produire, au cours des siècles, sur un endroit déterminé ? Loup*Ardent tend l'oreille, mais il n'entend rien. Tous ses sens sont en éveil, et il ne sent rien. Néanmoins, il est nerveux. Le grand Barbare n'a aucun goût pour la magie. i1 est avant tout un homme d'action, et les mystères le troublent, lui font peur.

Il est également, hélas ! un homme d'action affligé d'une tendance marquée à la curiosité. Aussi, après avoir longuement hésité, ne peut-il s'empêcher de pénétrer prudemment dans la clairière. Les pierres ont l'air vieilles comme le monde, d'énormes piliers de granit grossièrement taillé, au moins deux fois plus hauts que lui, plantés dans le sol à quelques mètres d'intervalle, les uns à la verticale, les autres de biais, sur le pourtour de l'enceinte. S'ar- mant de tout son courage, Loup'Ardent finit par se décider à passer entre deux menhirs, et il est extrê-mement soulagé de constater qu'il ne se passe rien. A l'intérieur du cercle, le sol s'élève en pente douce vers le centre, comme une écuelle retournée. Les yeux expérimentés de Loup*Ardent décèlent çà et là, la trace d'anciens feux, mais aucune indication d'une présence humaine depuis de nombreuses générations. Il traverse lentement l'enceinte en prenant garde de ne toucher à rien et de ne pas s'aventurer trop près de la moindre pierre levée. Les nerfs à fleur de peau, il sort du cromlech proprement dit et s'approche du dolmen. Les pierres qui composent celui-ci sont les plus grosses de toutes, de gigantesques dalles disposées de manière à former une chambre ouverte. Loup*Ardent remarque que. à l'intérieur de cette chambre, les herbes comme les lichens ont pris une teinte nettement bleutée. Il a presque fait demi-tour pour repartir, quand un rayon égaré du soleil matinal fait scintiller un objet métallique. Loup*Ardent s'immobilise. L'épée est presque entièrement dissimulée dans l'herbe bleuâtre, à l'interieur de la chambre formée par le dolmen. Et, bien qu'il soit certain que personne n'est passé par là depuis des années — sinon depuis des siècles — le peu de métal qu'il aperçoit est brillant, propre, dépourvu de rouille. Pendant ce qui lui paraît durer une éternité, Loup*Ardent contemple fixement l’epée, figé par l'indécision. L'arme dont il a si désesperément besoin est là, à portée de sa main. Mais osera-t-il s'en emparer ? Il faudrait pour cela pénétrer dans la chambre du dolmen, et cette perspective emplit d'un effroi indicible. Finalement, avec circonspection, il avance d'un pas. Aucune calamité immédiate ne s'étant abattue sur lui, il prend courage. Faut-il pénétrer en courant sous le dolmen et saisir vivement l'épée ou, au contraire, ramper avec la plus grande prudence pour s'en emparer avant que les puissances surnaturelles ne s'aperçoivent de sa présence ? un second pas l'amène au seuil de la chambre. Là. il voit mieux l'épée. C'est une lame un peu trop effilée pour son goût, forgée dans un métal bleu-noir qu'il n'a jamais vu, avec une poignée délicatement ciselée dans ce qui parait être de l'obsidienne. Dans l'épaisseur du métal scintillent des points lumineux semblables à de lointaines étoiles. Loup*Ardent reste un moment immobile puis, poussé par une impulsion à demi inconsciente, il bondit sous le dolmen et s'empare de l'épée.

Et pour lui. instantanément, le sort en est jeté. Tout comme sont jetés les deux dés que vous lancez pour le compte du brave Loup*Ardent. Comparez le résultat obtenu à son pourcentage de Chance.

Si ce total est supérieur au résultat que vous avez obtenu.

S'il lui est inférieur.

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