Lecture des livres dont vous êtes le héros
30 Janvier 2013
— Je m'appelle Egl... commencez-vous.
Vous vous interrompez à temps ! Vous avez failli prononcer par inadvertance le prénom féminin que vous aviez inventé pour vous présenter à Eudes le Doux. Voilà une erreur qui aurait pu vous être fatale !
— Aigle ? s'étonne la reine Mollepanse qui, heureusement, n'a rien remarqué. Aigle tout court ?
— Oui, répondez-vous, trop heureuse de vous en tirer à si bon compte.
— C'est un drôle de nom, mais qui convient bien à un beau barbu dans ton genre ! Et puisque tu es venu nous rendre visite dans notre forêt du Grand Montfaucon, je te décerne, de par mon pouvoir royal, le titre d'Aigle de Montfaucon ! Cette déclaration suscite des exclamations enthousiastes de la part des autres Mollues. C'est un grand honneur qui vient de vous être fait, et qui sait si cc titre d'Aigle de Montfaucon ne vous sera pas utile
— Voici un talisman, reprend la reine Mollepanse en détachant de son cou une médaille de pierre noire accrochée à une chaîne d'argent. Si un jour un ennemi te menace, si une muraille t'enferme, si une bête féroce se rue sur toi, montre cette pierre et prononce ces paroles : « De par l'Aigle de Montfaucon, mol y soit qui mal y pense ! » Aussitôt, ton ennemi ou la bête féroce ne seront plus que mollusques sans force, et la muraille s'écroulera.
— Bravo ! s'écrient les Mollues, vive l'Aigle de Montfaucon !
Ce Talisman de la Molle est un précieux cadeau, mais il ne fera son office qu'une seule fois : aussi sachez l'utiliser avec discernement. Ne le gaspillez pas pour vous débarrasser d'ennemis que votre épée suffirait à anéantir. Mollepanse vous passe la chaîne d'argent autour du cou et toutes les Mollues applaudissent.
— L'Aigle de Montfaucon a dit qu'il voudrait m'épouser, intervient alors Mollouille avec un petit rire triomphant.
— Comme c'est délicat de sa part ! déclare la reine Mollepanse. Voilà un garçon qui a du goût. Votre coeur se met aussitôt à battre plus fort : et si vous étiez obligée d'épouser Mollouille pour de bon ? Quel désastre !
— Hélas ! reprend la reine, c'est tout à fait impossible, les Mollues ne se marient jamais, elles restent entre elles et c'est très bien ainsi ! Votre coeur reprend son rythme normal : le désastre est évité.
— Connaissais-tu les Mollues avant d'avoir rencontré Mollouille ? demande la reine Mollepanse.
— Non, je n'avais pas cet honneur, répondez-vous aimablement.
— Dans ce cas, il faut fêter cela ! Nous allons t'offrir un gobelet d'Hypocras de Molladine, le nectar des Mollues, l'élixir des désirs exaucés. Grâce à l'Hypocras de Molladine, les Mollues voient tout, entendent tout, savent tout. Y a-t-il quelque souhait que tu désires voir réaliser ? demande la reine Molle-panse.
Vous en avez un, sans aucun doute : réussir votre mission.
— J'ai certes des souhaits, répondez-vous timidement, mais je ne sais comment les formuler...
Il vous semble imprudent, en effet, de parler de Gayok le Preux à ces créatures ; vous aimeriez bien, cependant, profiter des vertus de leur élixir... s'il en a vraiment...
— Eh bien, ne les formule pas, réplique Molle-panse, contente toi de les avoir en tête et viens boire un peu de notre Hypocras.
Les Mollues vous amènent alors devant le chaudron d'où s'échappe une fumée noire et grasse. A mesure que vous en approchez, vous sentez une odeur de plus en plus fétide qui vous retourne l'estomac. Jamais vous n'auriez pensé qu'une telle puanteur pût exister !
— Ça sent bon, n'est-ce pas ? dit la reine Mollepanse d'un ton gourmand. Mais attends d'y avoir goûté ! Les dieux de l'Olympe ne buvaient pas meilleur nectar.
Vous êtes sur le point de vomir, mais vous parvenez malgré tout à lui adresser un pâle sourire. Mollepanse Irc verse à présent une louche d'Hypocras de Molladine dans un gobelet de cuivre. Vous suffoquez littéralement tandis qu'elle vous tend le gobelet avec fierté.
Si, malgré votre dégoût, vous parvenez à en boire lecontenu.
Si vous ne pouvez vous résoudre à ingurgiter un liquide aussi nauséabond.