Lecture des livres dont vous êtes le héros
15 Mai 2013
Vous regardez d'un air perplexe les derniers joueurs de l'équipe adverse marcher vers le sacrifice qui sanctionnera leur défaite, mais après tout, il vaut mieux que ce soit eux plutôt que vous. Tout autour du stade, la foule est déchaînée, ravie d'assister au massacre qui vient de commencer.
Prudemment, vous vous dirigez vers la sortie du terrain. Vous êtes surtout soulagé d'avoir survécu à ce dernier épisode, mais vous ne pouvez vous empêcher de penser au vaste empire aztèque en espérant que les envahisseurs espagnols parviendront à le renverser. Vous avez des doutes, cependant. Les Espagnols sont si peu nombreux - quelques centaines tout au plus -comparés aux centaines de milliers d'Aztèques résolus à les combattre. Même avec le soutien de nations vassales telles que la vôtre, il faudrait un miracle pour détrôner le puissant Moctezuma.
- Bien joué, jeune colibri ! s'exclame un homme au visage dissimulé par un masque et vous reconnaissez aussitôt la voix douce du prince Nezahualcoyotl. Parfois, je me suis demandé si tu n'allais pas y passer. Mais tu es un dur à cuire !
- Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ? demandez-vous, car vous ne partagez pas son humeur insouciante.
- Tu es libre, désormais, répond le prince Nezahualcoyotl. C'est la loi. Quiconque a survécu au jeu peut ensuite aller où il veut. Si tu étais esclave, ce qui n'est pas le cas, tu aurais gagné ta liberté. Si tu étais un criminel, ce qui n'est pas davantage le cas, tes crimes te seraient pardonnés. Si tu étais condamné au sacrifice, ce qui n'est toujours pas le cas, tu serais quand même sacrifié pour le bien du pays et la plus grande gloire des dieux, mais uniquement pour ça ! Ce sont les esclaves et les criminels qui gagnent leur liberté !
Dans ce cas, je m'en vais, vous empressez-vous de répondre.
Mais le prince Nezahualcoyotl lève une main.
Encore une petite chose, dit-il. L'empereur a demandé à te voir. Il trouve que tu as joué merveilleusement bien, aussi, il t'invite au palais à boire une ou deux coupes de pulque en sa compagnie, à quatre heures. Ce n'est pas une obligation, bien sûr. La loi dit bien que tu as le droit d'aller où tu veux, et même de refuser une invitation de l'empereur. Il faut simplement que je le sache pour pouvoir lui donner ta réponse au cas où il voudrait te faire tuer pour insolence. Alors, que comptes-tu faire ?