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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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- A propos, Watson, continue Holmes avec un sourire malicieux, est-ce que, dans votre nouvelle, vous avez parlé du chien qui n'avait pas aboyé cette nuit-là?

- Bien sûr, Holmes, c'est l'un des points forts de mon récit, répond Watson.

- C'est essentiel, dit Holmes en se tournant vers vous, et très instructif. Quand vous procédez à une enquête, intéressez-vous autant à la chose qui manque ou qui ne s'est pas produite qu'à celle qui se trouve là ou qui s'est produite. Maintenant que nous vous avons définitivement fait perdre le fil de votre inspiration, Watson, est-ce que vous ne devriez pas lire ce télégramme ?

- Quel télégramme ? demande Watson en tombant des nues. Ah oui, le télégramme. (Il ouvre l'enveloppe et parcourt rapidement la dépêche.) Ça par exemple ! Holmes, c'est justement de sir Henry Baskerville. Il nous invite à passer le week-end chez lui : il a quelque chose à vous montrer qui justifie le déplacement.

- Pas possible? dit Holmes. Eh bien j'en doute fort, car si c'était le cas, il serait venu en personne à Londres. Il estime sans doute qu'il nous doit une invitation en échange de la petite énigme que nous avons résolue il y a quelque temps. Puisque c'est à vous que le télégramme est adressé, Watson, c'est à vous de répondre que nous refusons.

- Je n'en ferai rien, Holmes, réplique votre cousin. Sir Henry nous avait soumis une affaire passionnante, reconnaissez-le. Nous pouvons bien lui sacrifier un week-end. Le grand air vous fera beaucoup de bien, et aucune enquête ne vous retient à Londres.

- Bon, d'accord, Watson, soupire Holmes. Je sens que je n'aurai pas une minute de répit avant d'avoir accepté. Nous prendrons le train vendredi en fin d'après-midi.

Et le détective consacre à nouveau toute son attention à sa pipe.

- Je n'ai qu'un seul regret, Holmes, reprend Watson après avoir confié la réponse à un coursier pour qu'il la porte au bureau du télégraphe.

- Lequel, Watson ?

- Vous allez rater une occasion de m'apprendre l'art de choisir le cheval qui gagnera la course : vendredi, nous avions décidé de nous rendre à l'hippo-drome.

Holmes vérifie l'horaire du train et hoche la tête.

- Mais non, Watson, dit-il. Nous prendrons le train à la gare qui est à côté du champ de courses. A moins que le programme ne soit retardé pour une raison ou pour une autre, nous devrions avoir le temps d'assister à l'épreuve principale et d'encaisser nos gains.

- Vous fréquentez les champs de courses, M. Holmes ? Demandez-vous avec une certaine surprise. Je ne vous savais pas turfiste.

- J'y vais rarement, répond Holmes, mais Watson à besoin de l'aide d'un esprit logique pour réduire quelque peu ses pertes. La course de vendredi me fournira une excellente démonstration : je connais avec certitude le cheval qui la gagnera, alors que Watson a un point de vue différent sur la question.

- Venez donc avec nous, suggère Watson. Comme ça, j'aurai un témoin quand je prouverai à Holmes que la logique pure n'est pas la solution de tous les problèmes. Rendez-vous ici à midi... d'accord, Holmes ?

- D'accord, approuve le détective, mais vous comprenez, à son expression, que son cerveau est déjà absorbé par un autre sujet, et vous prenez congé aussi rapidement que la politesse le permet. Le vendredi, vous êtes retardé par des problèmes mineurs, et Holmes et Watson s'apprêtent à monter dans un fiacre lorsque vous arrivez en courant à Baker Street. Le cocher est en train de charger leurs bagages sur le toit du cab.

- Vous avez failli nous manquer, dit Watson avec un sourire. L'après-midi promet d'être passionnant. Holmes est persuadé qu'il connaît déjà le vainqueur de la course principale et il se moque de mon choix. Allez, montez, on s'en va.

Vous ne vous le faites pas dire deux fois, et vous vous retrouvez bientôt cahotant de concert dans des rues où la majorité des passants ont des préoc-cupations autrement plus sérieuses qu'un après-midi aux courses. Toutefois, ayant l'occasion inespérée de vous entretenir avec le plus célèbre détective privé du monde, vous prêtez peu d'attention à la foule londonienne.

- Alors, vous avez fait des progrès ? S’enquiert courtoisement Holmes, mais vous avez l'impression que votre apparence et votre comportement le renseignent parfaitement sur vos modestes succès et vous pesez soigneusement les termes de votre réponse.

- Il me semble que je ne me débrouille pas trop mal. J'ai réussi à retrouver quelques objets perdus et à découvrir des indices, mais j'éprouve les mêmes difficultés que la police quand il y a plusieurs suspects possibles. J'ai l'impression qu'il me faudra des années pour acquérir votre don d'aller droit au cœur du problème, M. Holmes.

- Vous y consacrerez toute votre vie, approuve Holmes et, malgré cela, il vous arrivera plus d'une fois de vous conduire comme un imbécile. Cela m'est arrivé, comme Watson l'a révélé au monde entier dans ses ouvrages. Mais il y a une chose qu'il ne faut jamais oublier : où que vous soyez, quoi que vous fassiez, gardez les yeux ouverts et observez tout ce qui pourrait conduire à un forfait. J'ai remporté mes plus grands succès dans des affaires où j'avais senti à l'avance qu'il allait se produire quelque chose : cela m'avait permis de prendre des mesures pour empêcher le crime ou pour arrêter le coupable en flagrant délit. C'est ainsi que Watson et moi avons dissuadé le Dr Roylott de se débarrasser de sa belle-fille et que nous avons résolu diverses affaires.

- Vous sous-estimez sûrement votre talent, Holmes, intervient Watson. A vous entendre, les tâches les plus ardues paraissent toujours toutes simples.

- Absolument pas, insiste Holmes. Si vous savez qu'un homme riche a pour héritier un garçon qui a désespérément besoin d'argent, vous pouvez préve-nir un crime en glissant un mot dans l'oreille de l'héritier. Si, cet après-midi, nous apercevons un flambeur notoire en train de miser une grosse somme sur un tocard, nous défendrons l'intégrité du turf en alertant discrètement les commissaires. Un homme qui souhaite faire une carrière de détective doit continuellement ouvrir l'œil et observer tout ce qui l'entoure. C'est la seule façon de faire ce métier.

- Oh, assez parlé boutique, Holmes ! Coupe Watson. Si vous nous parliez plutôt de la course de cet après-midi ? Expliquez-nous pourquoi votre approche logique et scientifique des handicaps donnera de meilleurs résultats que mon intuition irraisonnée.

Watson rit gaiement, tandis que Holmes se rembrunit.

- Vous avez tort de vous moquer de la logique, Watson, rétorque Holmes. Reconnaissez que votre façon de choisir des chevaux au hasard vous a coûté la moitié de votre pension.

- N'exagérons rien, Holmes, bougonne Watson. J'ai quand même remporté quelques jolis succès.

- A quel cheval vont vos préférences aujourd'hui, M. Holmes ? Demandez-vous.

- Je vais jouer Irish Star, répond le détective. C'est un cheval très puissant et très régulier en toutes circonstances. Il est d'une classe nettement supérieure à celle de ses concurrents, et il a fallu un imprévisible concours de circonstances pour qu'il dispute cette épreuve. Compte tenu de ses performances antérieures et de sa forme actuelle, il est mathématiquement impossible qu'il ne gagne pas.

- Je comprends, dites-vous, impressionné. Alors, pourquoi mon cousin ne joue-t-il pas également Irish Star ?

- Le Dr Watson, répond Holmes d'un ton condescendant, a décidé de parier sur un cheval appelé Maiwand parce que c'est le nom de la bataille au cours de laquelle il a été blessé. Je crois qu'il considère cela comme un heureux présage.

Watson paraît un peu gêné, mais sa façon de serrer les mâchoires prouve qu'il ne changera pas d'avis.

Si vous voulez interroger Watson à propos d'Irish Star.

Sinon.

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