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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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— Et d'abord, que fais-tu avec mon épée et tout mon attirail ? reprend l'homme. Tu me parais bien jeune pour jouer à la guerre.

— Je ne veux faire la guerre à personne, lui répondez-vous, j'ai seulement besoin de me défendre, car je vais seul sur les chemins.

— D'où viens-tu ? interroge l'inconnu.

— Je viens... de très loin, vous contentez-vous de répondre.

— Et tes parents, où sont-ils ?

Question bien embarrassante, en vérité, car vous ne pouvez évidemment pas lui révéler ce que, de toute-façon, il ne croirait pas. Cet homme paraît d'un heureux caractère ; apparemment, il ne vous en veut pas d'être entré chez lui et d'avoir fouiné dans sa maison sans y être autorisé. Il faut profiter de la situation. Peut-être pourra-t-il vous aider si vous savez vous y prendre. La meilleure tactique à adopter, c'est de faire appel à ses sentiments. Une idée vous vient alors à l'esprit. D'entrée, l'homme a parlé de guerre, c'est là un excellent moyen de l'émouvoir.

— Mes parents ? Ils sont morts, déclarez-vous d'un ton pathétique, la guerre les a tués.

Votre ruse n'a rien de glorieux ; vous venez tout juste de mettre le pied à la surface de la Terre et déjà, vous vous conduisez à la manière des hommes : en employant le mensonge et l'artifice. La méthode est efficace, cependant : l'inconnu vous regarde avec compassion ; de toute évidence, vous avez touché un point sensible.

— Ah, la guerre, soupire-t-il, elle est partout, elle déferle du nord au midi, de l'est à l'ouest, elle fait rage depuis tant et tant d'années qu'elle pourrait bien durer cent ans. La guerre, je l'ai faite, poursuit-Il, l'air accablé, vingt années de guerre au service du Royaume de France, vingt années de fer et de sang, vingt blessures, une par an, et sans doute davantage. Aujourd'hui, enfin, me voici de retour chez moi, en quête d'un peu de tranquillité, mais à peine me suis-Je défait de mes armes et de ma cotte de mailles que tu viens t'en emparer au coeur de mon propre logis. Sais-tu t'en servir, au moins ?

— Mieux que personne ! répliquez-vous avec assurance-

L'homme a un sourire paternel : votre aplomb le fait sourire.

— Moi aussi, je pensais cela quand j'avais ton âge, dit-il, et j'en tirais fierté, mais à présent, je souhaiterais n'avoir jamais touché une épée. La mienne a trop souvent ruisselé du sang de mes ennemis, je ne veux plus tuer, plus jamais. Aussi garde-la, garde également mon poignard et ma cotte de mailles. Je suis trop heureux de m'en débarrasser et si mes armes te protègent, au moins auront-elles encore servi à quelque chose. Tout cela est à toi, désormais, Eudes le Doux te le donne.

- Eudes le Doux ? répétez-vous d'un ton interrogatif-

— C'est mon nom, un nom qui n'est pas fait pour la guerre.

Si, en fouillant la pièce, vous avez pris du jambon et une saucisse, mais rien d'autre.

Si vous avez pris un parchemin mais rien d'autre.

Si vous avez pris jambon, saucisse et parchemin.

Si vous vous êtes contenté d'inspecter la marmite.

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