Lecture des livres dont vous êtes le héros
18 Juillet 2013
Sans dire un mot, vous tendez la somme convenue au vieil homme qui la reçoit en grognant de satisfaction. Puis, faisant sonner les pièces au creux de sa main, il vous déclare :
Bien. Nous pouvons avoir une petite conversation, à présent.
Il vous entraîne alors vers une pièce éclairée située au fond de sa maison. Vous vous asseyez face à face sur le sol et, en choisissant ses mots, il vous raconte son histoire.
Ainsi que je vous l'ai dit, cette Tablette de granité ne m'est pas étrangère. Je l'ai reconnue dès que vous me l'avez montrée, et il semble bien qu'elle aussi ne m'ait pas oublié puisque elle a retrouvé le chemin de ma demeure alors que je pensais terminer les derniers jours qui me restent à vivre dans la paix et dans la quiétude. Hélas, il n'en sera pas ainsi... Enfin, l'or que vous m'avez donné pourvoira aux besoins de mon neveu s'il devait m'arriver malheur. D'un mouvement de la tète, il vous montre le jeune garçon qui est maintenant assis non loin de vous. Pendant de longues minutes, le regard du vieil homme se perd dans le lointain, puis il reprend : — La façon dont Aktan — mon fils — et moi-même avons trouvé cette Tablette est tout à fait étrange. Nous avions fouillé pendant une semaine entière la Grande nécropole du désert à la recherche d'antiquités. sans succès. Et nous nous apprêtions à regagner Arksor, lorsque je décidai de pousser un peu plus à l'ouest, vers le domaine des Esprits : un lieu qui inspire une telle crainte que les nomades eux-mêmes ne s'y risquent pas. C'est en nous dirigeant vers ce lieu maudit que nous avons découvert l'homme. Il gisait sur le sable, brûlé par le soleil. Mais surtout — et comment avait-il pu se traîner là dans cet état, et d'ailleurs d'où pouvait-il venir ? — tous les os de son corps étaient brisés ! Le plus extraordinaire, c'est qu'il était encore en vie... Lorsque nous nous sommes approchés de lui. il était en plein délire. Il prononçait des mots sans suite, dans lesquels il était question du pharaon Kar-Thot, et de la malédiction qu'il n'avait pu vaincre pour avoir été incapable de découvrir l'autre partie d'une Tablette. Ainsi, cet homme avait pénétré dans la tombe de Kar-Thot le Magnifique ! Au comble de l'excitation, je me penchai vers lui et lui posai mille questions. Mais je ne pus en apprendre davantage, car il perdit alors connaissance. Il est mort quelques instants plus tard, sans revenir à lui. Dans sa main, il tenait la Tablette de granité que voici. Après lui avoir donné une sépulture sommaire, nous avons suivi les traces sombres du sang qu'il avait perdu sur le sable et, après environ un kilomètre, nous sommes arrivés en vue d'une immense dune. Mais, alors que nen ne le laissait prévoir, une terrible tempête de sable nous a enveloppés. Jamais je n'ai revu mon fils depuis ce moment... La tempête a duré plus de deux jours et c'est un miracle si, à moitié mort de soif, j'ai pu retrouver le chemin de la ville. O, combien j'ai été stupide de raconter ces événements à mon retour : car des bandits en ont eu connaissance, et c'est pour s'emparer de la Tablette qu'ils ont rendu ma vie misérable, assassinant ma femme, mettant à sac à plusieurs reprises mon magasin... Vous comprenez pourquoi je me suis débarrassé de cette maudite pierre.
Gabbad semble soudain se tasser. — Mon frère, le père de ce garçon, s'occupera de la boutique. Quant à moi, je vais vous accompagner dès demain dans le désert. Si vous voulez bien l'accepter, je serai votre guide. Ainsi, cela permettra à ma pauvre femme et à mon malheureux fils de trouver. par-delà la mort, la paix qu'ils méritent. Nous devons faire vite, car toute la ville sait pourquoi vous êtes venu. Et croyez-moi, vous n'êtes pas le seul qui soit intéressé par Kar-Thot. Les pilleurs de tombes sont nombreux, et rien ne saurait les arrêter.
Vous le mettez alors au courant de ce qui vient de vous arriver, et il vous écoute, l'air sombre, en secouant de temps à autre la tète. Puis, après vous avoir donné quelques fruits et un verre de vin, il vous montre une paillasse posée dans un coin de la pièce :
— Prenez quelque repos, car nous allons partir dès le lever du soleil.