Lecture des livres dont vous êtes le héros
18 Avril 2013
Samur resurgit dans le bosquet, tenant fermement au collet un pauvre bougre malingre, vêtu d'un gilet de cuir et de guêtres rouge vif. Le captif se débat vainement avec des gargouillis étranglés, tant la poigne du géant est forte. Vous reconnaissez sans peine le voleur qui avait tenté de vous dérober votre bourse dans la grotte de la Ligue des Libres et vous bondissez lestement sur vos pieds. « Que fais-tu ici ? Explique-toi ! » lui intimez-vous sèchement. En guise de réponse, le voleur émet un long râle. « Que fais-tu ici?» répétez-vous avec colère. «Je... je... me... fais... étrangler ! » couine-t-il en tirant de toutes ses forces sur le bras d'acier qui lui enserre la gorge. Vous adressez un signe de tête à Samur, qui relâche aussitôt son étreinte. Le voleur s'effondre comme un sac de son, puis se met à masser son cou endolori avec des râles d'asphyxié. Urik part d'un grand éclat de rire. « Debout ! » ordonnez-vous. Le voleur se redresse et époussette ses habits du revers de la main, l'image même de la respectabilité offensée. « Qu'as-tu à dire pour ta défense ? » lui deman-dez-vous. « Je suis Grando, de Shuni », répond-il avec superbe. « C'est bien toi qui as essayé de me voler à Karnali ? » Un sourire miévreux se peint sur le visage de fouine du voleur. « Pardonne-moi cette bévue, Grand Sorcier, dit-il. Si j'avais su que tu étais en partance pour la Cité Interdite, je t'aurais tout de suite offert mes services. » « Et comment as-tu obtenu cette information?» «Je... j'ai écouté à la porte, après que Sadir m'a chassé de la pièce », confesse Grando avec candeur. « Veux-tu que j'étrangle l'espion, Astre d'Or ? » demande Samur d'un ton menaçant. « Un espion, moi ? » (Grando s'étrangle d'indignation.) « Je ne suis pas un espion ! s'exclame-t-il. Je suis le plus grand voleur de tout Karnali ! Je n'ai pas besoin d'espionner ! » « Tu es peut-être un grand voleur, mais tu t'es bien mal débrouillé dans la Grotte des Libres... » déclare Urik avec ironie. « Toujours est-il, réplique Grando, piqué au vif, que je suis un voleur, pas un espion. » « Tout cela ne nous dit pas pourquoi tu nous suis. En quoi la Cité Interdite t'intéresse-t-elle ? » « Ah ! la Cité Interdite ! s'exclame Grando avec un soupir extatique. D'après les légendes, des trésors inestimables y sont enfouis, toutes les richesses des anciens habitants. Mais personne n'a jamais osé y aller, aussi, quand j'ai appris que vous étiez en route pour la ville morte, ai-je décidé de vous suivre. Tout se passait bien, jusqu'à ce que cette brute m'attaque par surprise et essaie de m'étrangler. » « Je le tue, Astre d'Or ? » demande Samur en foudroyant le voleur du regard. Effrayé, Grando bondit en arrière. « Non, Samur, attends ! dites-vous. Grando, que sais-tu de notre mission ? Au service de qui es-tu ? » « Je n'ai jamais entendu parler de mission, répond le voleur, et je ne suis au service de personne. Tout ce que je vous demande, c'est de me laisser vous accompagner à la Cité Interdite. Vous savez, je ne suis pas dépourvu de talents... » conclut-il en se rengorgeant avec fierté. « S'il est ne fût-ce qu'à moitié aussi doué qu'il semble le croire, il peut nous être utile... » commente Urik. « Certes, répondez-vous. Par ailleurs, si c'est un espion, nous ne pouvons le laisser repartir et, comme il me répugne à tuer un homme sur de simples soupçons, nous sommes obligés de l'emmener. » Vous vous tournez vers le voleur. « Soit, lui dites-vous, tu peux venir. » Un large sourire se dessine sur le visage de Grando, pour se figer aussitôt. « Samur, ajoutez-vous malicieusement, s'il fait le moindre écart, brise-lui les jambes. » Le malheureux voleur se met à trembler comme une feuille, tandis que Samur part d'un éclat de rire féroce.