Lecture des livres dont vous êtes le héros
20 Mai 2013
Vous poussez la porte. Deux guerriers emplumés se lèvent d'un bond et les têtes se tournent vers vous. Mais votre attention est tout entière dirigée vers la silhouette que vous apercevez au fond de cette immense salle.
Bien que vous ne l'ayez jamais vu auparavant, même pas dans une procession officielle, vous savez aussitôt qu'il s'agit du Seigneur en colère l'empereur de tous les Aztèques, le Premier Orateur et ancien Grand Prêtre, sa Majesté Moctezuma.
Assis sur un trône d'or décoré de turquoises, c'est un homme d'âge mûr aux longs cheveux noirs, 1e moustache tombante, les yeux sombres au regard perçant. Il est vêtu d'un pagne de coton et d'une de ces capes ornées de plumes qu'affectionne la noblesse. Sa tête est coiffée d'une couronne en forme de mitre, très semblable - bien que plus grande et plus imposante - aux coiffures portée! par les prêtres, avec cette différence que la mitre de Moctezuma est incrustée de pierres précieuse! qui étincellent à la lumière. Au-dessus de l'empereur, s'étend un dais de plumes agrémenté en son centre d'or et de pierres précieuses. Aux murs sont suspendues des tapisseries multicolores constituées d'un tissage de fourrures animales entrelacées d'anneaux d'or. Mais en dépit de la magnificence, de la richesse du décor, ce qui attire avant tout votre regard, c'est un tabouret placé devant l'empereur. Dessus est posé un crâne humain couronné d'une pyramide d'émeraude et d'une aigrette de plumes et de pierres précieuses. C'est la chose la plus repoussante et la plus fascinante à la fois que vous ayez jamais vue.
Ah ! s'exclame l'empereur. Voici le héros du Jeu de la Balle Cosmique. Approche, approche !
D'un pas hésitant, vous vous avancez vers lui. Apparemment, le Seigneur en colère n'a pas reconnu en vous la victime sacrificielle qu'il voulait offrir aux dieux. Parvenu au pied du trône, vous vous inclinez, surtout pour cacher votre visage.
Allons, pas de formalités ! s'écrie Moctezuma. l'en ai assez que tout le monde se prosterne devant moi. D'ailleurs, nous étions en train d'étudier un petit problème sur lequel j'aimerais bien avoir ton avis.
Certainement, votre majestueuse Colère, marmonnez-vous en essayant de garder votre visage dans l'ombre et de déguiser votre voix.
Le problème est le suivant, annonce Moctezuma d'un ton auguste. Comme tu le sais, notre puissant empire subit actuellement l'attaque d'une bande d'envahisseurs venus de l'est. Dans ma très grande sagesse, j'ai décrété que la meilleure façon de les repousser consistait à sacrifier un jeune prisonnier dans la ville sainte de Teotihuacân. Mais ce personnage méprisable (et particulièrement laid) a réussi à s'enfuir. La seule autre possibilité qui me vienne à l'esprit serait de sacrifier 70000 prisonniers ici même à Tenochtitlan.
Soixante dix mille sacrifices ? Vous regardez l'empereur d'un air effaré. Mais Moctezuma n'a rien remarqué et poursuit :
- Ce serait bien sûr très difficile à organiser :: I 70000 prisonniers représenteraient une file de trois kilomètres de long qu'il faudrait surveiller. Et les sacrifices eux-mêmes dureraient des jours et des jours...
- Mais, Majesté... commencez-vous à protester, l'air épouvanté.
Moctezuma lève une main.
- Je sais ce que tu vas dire, coupe-t-il. Il ne faut jamais perdre une occasion de faire la fête et si ça peut arrêter les envahisseurs, pourquoi s'en priver? C'est exactement ma propre opinion. Mais certains de mes conseillers pensent qu'il vaudrait mieux retrouver celui qu'on devait offrir en sacrifice, ce qui épargnerait beaucoup de tracas et, incidemment, la vie de 69999 personnes. Qu'en penses-tu ?
Il se penche alors en avant, impatient d'entendre votre avis.
Quel merveilleux dilemme!
Si vous préférez avant tout sauver votre propre peau, vous serez beaucoup plus tranquille.