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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Il se passe quelque chose dans la tète de Loup*Ardent. Sans savoir comment ni pourquoi, il marche comme dans un rêve. Les choses acquièrent une fluidité, une évanescence qui est à la fois parfaitement réelle et totalement irréelle. Il n'éprouve aucune peur, seulement un léger malaise, et il poursuit son chemin bravement, la main droite frôlant le pommeau d'Exterminator. Des images traversent le champ de ses perceptions comme des fantômes d'événements passés. Une femme d'une grande beauté qui est peut-être, ou peut-être pas, une alliée... Des cadavres vivants au fond d'une vaste fosse... Une prison et un message runique... Un lac aux eaux noires... La mort et le danger... Tout cela existe-t-il vraiment ? Il n'en sait rien et ne voit pas comment il pourrait le découvrir. Il se passe quelque chose dans sa tête. Tout ce qu'il peut faire, c'est continuer à marcher, poussé par une sensation de nécessité qui pourrait être, ou ne pas être, reliée à sa destinée.

i1 a l'impression d'arriver dans une galerie aux dimensions imposantes, dont la haute voûte est sou- tenue par des piliers de granit et dont les vastes dalles de granit sont très usées. Cette galerie est à la fois vide et pleine de monde. Des ombres de gentilshommes et de dames de la noblesse vaquent en silence à leurs occupations, s'estompant, disparaissant, réapparaissant comme des feux follets. Loup*Ardent. entend au loin des conversations, des rires, une musique...

Son cerveau s'éclaircit. Le silence est absolu. Les ombres fantomatiques ont disparu, mais la grande galerie est toujours là. Loup*Ardent s'aperçoit qu'il est vêtu d'une longue et élégante robe de soie, semblable à celles que portaient les aristocrates qui vient de voir. Il est debout au milieu de la colonnade de granit. Et il n'est pas seul. Les yeux de Loup*Ardent suivent l'alignement des hauts piliers gris jusqu'à un trône de granit surélevé. Ce trône est occupe par un personnage solitaire, un hommevouté,portant les somptueux vêtements noirs des maitres du Grand Art. Son visage est ridé comme une vieille pomme, et la main crispée sur l'accoudoir est presque aussi décharnée que celle d'un squelette,Mais ses yeux noirs, rivés à ceux de Loup*Ardent, brillent d'une résolution farouche et sa voix, lorsqu il prend la parole, est puissante. -approchez, Loup*Ardent !

loup Ardent sent ses jambes se mouvoir de leur propre volonté lorsqu'il s'avance à contrecoeur jusqu au pied du trône. De cet être ratatiné émane, sinon une menace, au moins une étrange puissance, Pour la première fois, Loup*Ardent souhaite ardemment sentir dans sa main la présence d'Exter- minator, mais son bras reste immobile, comme paralysé.Il s'arrête devant la première marche de l estrade.

— Je suis le Seigneur Xandine, annonce le vieillard sans préambule. Tel que vous me voyez, je suis en train de mourir.

— De mourir ? se répète mentalement Loup*Ardent sans bouger les lèvres.

Oui, de mourir, dit le Seigneur Xandine comme s il lisait dans les pensées. Le processus de ma mort a debuté il y a trois siècles ou plus. C'est une tâche difficile, pour un être tel que moi, mais mon temps est presque révolu. C'est pourquoi je vous ai fait venir

Vous m'avez fait venir ? Cette fois, Loup'Ardent s est exprimé à haute voix.

— Le personnage rabougri soupire comme si le poids des siècles pesait sur ses épaules. Votre arrivée ici n'est pas le fait du hasard. La main squelettique se déplie et désigne à Loup*Ardent un siège qui. il en jurerait, ne se trouvait pas là une seconde plus tôt. Asseyez-vous, Loup*Ardent le Barbare, et je vous raconterai mon histoire, car il est essentiel que vous la connaissiez.

Loup*Ardent s'assoit avec circonspection. Le siège se révèle d'une parfaite solidité.

Je m'appelle Xandine, dit le vieillard. C'est un nom que vous n'avez jamais entendu. Je suis né bien loin d'ici, dans un pays situé au-delà des montagnes. ma famille est une très ancienne branche des Dalaï, une lignée qui s'est longtemps consacrée à l'exploration des voies mystérieuses de la connaissance. Je porte moi-même un certain intérêt à la magie, comme vous l'avez peut-être deviné à mes vêtements. J'étais un noble parmi les Dalaï, pas un dirigeant, mais un membre de l'aristocratie. La maison regnante était celle des Harkaan. Entre les Xandine et les Harkaan, les rapports étaient parfois amicaux, parfois inamicaux. A l'époque dont je vous parle, les deux Maisons étaient en guerre. Disons, si vous prèférez. qu'il s'agissait d'une insurrection, déclenchée par le chef de la Maison des Xandine, mon frère aîné Darkwood. J'étais jeune alors, je ne m'intéressais pas à la politique, mais je fus mêlé malgré moi au conflit et je ne pus éviter de participer à un certain nombre de batailles. Cette sédition fut un désastre pour ma Maison. Au cours de la seconde année, les forces des Xandine furent mises en déroute et mon frère dut s'exiler. Il franchit les montagnes, arriva au Harn et finit par s'établir dans cette vallée, où il édifia cette forteresse. L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais Darkwood était toujours aussi ambitieux et rêvait de retourner au Kaandor, le pays des Dalaï, et de renverser la Maison des Harkaan. Il envoya des espions et organisa même quelques raids, lorsque la neige fondait dans les défilés de la montagne. Il ne constitua plus jamais un veritable danger pour les Harkaan, mais il leur causa certainement beaucoup d' ennuis. D'autant plus que ses activités subversives étaient un encouragement pour tous les fauteurs de troubles. Il finit par se rendre tellement agaçant que les Harkaan reprirent les armes contre les derniers Xandine du Kaandor. J'étais alors le chef de la famille, le Seigneur Xandine. La prospérité de ma Maison avait, évidemment, considérablement diminué, mais les Harkaan avaient admis que je n'étais pour rien dans le récent conflit, et ils m'avaient autorisé à conserver une partie de mes biens. Les Harkaan se conduisirent comme des brutes. Ils assassinèrent ma femme, enlevèrent mon fils, qui était alors un bébé, et m'adressèrent un ultimatum : si je ne mettais pas un terme aux intrigues de mon frere exilé, mon enfant serait mis à mort. Ce souvenir fit soupirer le vieillard. — Je n'avais pas le choix. Je franchis les défiles conduisant au Harn, je vins dans cette vallée et je tuai mon frère. Ce fut une trahison abjecte, car il avait confiance en moi, mais c'était une nécessité... du moins, je le croyais. Mais les Harkaan ne me rendirent pas mon fils. Ils le considéraient évidemment comme un otage garant de ma docilité, maintenant que Darkwood était mort. Aussi, pour la première fois, dressai-je mes propres plans de combat. Je décidai de tirer parti de l'intérêt que j'avais toujours éprouvé pour la sorcellerie. Jusque-là, mes connaissances étaient purement théoriques mais, à dater de ce jour, je passai à la pratique. Pour commencer, j'organisai la défense de l'ancien fief de mon frère, cette vallée, en me servant d'un charme tellement puissant, tellement dangereux que personne ne l'avait utilisé depuis trois mille ans. Je posai sur la vallée un Verrou Temporel. Aussi longtemps que son pouvoir durerait, aucun de ceux qu'il protégeaitne pourrait plus mourir. Les intrus, au contraire, ne miraient que plus facilement. Ensuite, je m'em- ployai à assurer la sécurité de mon fils. Ce fut encore plus difficile, l'enfant se trouvant entre les mains des haarkaan. Néanmoins, je parvins à lui jeter un sort si subtil que les sorciers des Harkaan eux-mêmes le crurent mort. Leur réaction fut exactement celle que j avais prévue. On trouva un remplaçant à mon enfant, afin de maintenir l'illusion d'un otage, et le cadavre, ou ce que l'on croyait être le cadavre, de mon véritable fils fut emporté secrètement du Kaandor et caché dans le Désert qui s'étend au-delà du kaandor et du Harn. Mais l'enfant, bien entendu,n’était pas mort. Grâce à mes sortilèges, il fût découvert par une tribu de Barbares du Désert et élevé comme l'un des leurs. Cette solution me convenait parfaitement parce que je savais que, dans le Désert, il n'aurait rien à craindre de la Maison des Harkaan. Entre-temps, je poursuivis ma guerre secrète contre es membres de la famille régnante du Kaandor. La plupart d'entre eux ne se rendirent même pas compte qu'ils étaient attaqués. Les plus éminents décédèrent de maladies mystérieuses ou furent victimes d'accidents bizarres. Ainsi, petit à petit, la dynastie s'affaiblit et, en s'affaiblissant, elle commença à perdre son autorité sur le Kaandor. Rébellions, émeutes et luttes intestines éclatèrent avec une fréquence croissante... et devinrent de plus en plus difficiles à maîtriser. Il y a près de trente ans que cela dure. En l'espace d'une génération, j'ai pratiquement mis à genoux la Maison des Harkaan. Mais aujourd'hui, dans l'espoir de réunifier le royaume, la Maison a décidé d'entreprendre une nouvelle croisade contre le Harn. De telles croisades furent couronnées de succès dans le passé, et l'actuel Seigneur Harkaan est persuadé que celle-ci pourrait restaurer la puissance déchue de sa lignée. Sur ce point, je crains qu'il n'ait raison, car un peuple se rassemble toujours contre un ennemi extérieur et le butin satisfait les soldats, temporairement tout au moins.

Loup*Ardent prit la parole pour la première fois.

— Mais pourquoi. Vénérable Ancien, ne pas utiliser à nouveau votre sorcellerie pour régler cette affaire ? A son grand étonnement, le Seigneur Xandine sourit.

— Vous avez répondu vous-même à votre question en m'appelant « Vénérable Ancien », alors que. en réalité, je n'ai que vingt-huit ans de plus que vous. Les ravages que vous observez sur ma personne, sur ce château, sur la vallée elle-même sont la conséquence du Verrou Temporel. C est un sortilège puissant et, comme tout ce qui est puissant, il se paye terriblement cher. Le Verrou est presque parvenu à son terme et. depuis près d'un an maintenant, son pouvoir s'affaiblit. On commence à mourir dans la vallée, et la mort sera bientôt inévitable pour toutes les créatures qui l'habitent. Le Verrou absorbe notre substance et fait de nous des monstres, chacun à notre manière, avant que nous ne périssions complètement.

— Ainsi, la Maison des Harkaan va finalement l'emporter, remarque Loup*Ardent.

— Peut-être pas, dit Xandine. La guerre que je lui ai livrée touche à sa fin, c'est vrai, mais le nouveau Seigneur Xandine réussira peut-être là où j'ai échoué.

— Le nouveau Seigneur Xandine ? demanda Loup*Ardent. Le fils dont vous m'avez parlé ?

Le personnage desséché remue péniblement sur son trône de granit.

Vous, Loup'Ardent, dit-il. Vous êtes mon fils. Quel choc pour notre Barbare! Loup* Ardent a toujours su qu il n'était pas un véritable enfant du Désert, mais de là à être le fils d'un noble du Kaandor... Est-ce vraiment possible ? Pour connaître le dénouement de cette surprenante péripétie.

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