Lecture des livres dont vous êtes le héros
14 Juillet 2013
Lorsque vous avez été élevé au grade d'officier de la Garde personnelle de Valafor, le roi de Lalassa, vous avez cru que cette haute fonction allait vous apporter honneur et considération. Mais il en a été, hélas ! tout autrement.
En effet, il y a de cela sept ans, Valafor est parti en guerre contre les hordes de féroces Gobelins qui menaçaient les frontières septentrionales du royaume. A la tête de son armée, il a franchi les hautes montagnes de l'est, puis s'est dirigé vers les sombres contrées de Malberg, dans le but de prendre ses ennemis à revers. Avant son départ, Valafor avait nommé son frère Averok régent de Lalassa. Tout d'abord Averok s'était montré un habile homme d'État, respecté de tous les habitants du royaume. Mais un jour, sans raison apparente, il s'est retiré dans la Forteresse de l'Aigle, la citadelle royale, où, mis à part ses généraux et ses ministres, nul n'a pu l'approcher depuis. Et des ordres sont arrivés de la Forteresse, des ordres qui ont réduit peu à peu le peuple de Lalassa à la misère la plus noire, des ordres que la Garde à laquelle vous appartenez a dû faire respecter. Voilà sept ans, la foule se pressait lorsque vous défiliez en uniforme chamarré dans les avenues de la capitale. Aujourd'hui, on vous fuit : la haine est grande à votre égard car vous êtes l'instrument qui permet au tyran Averok d'opprimer les habitants du royaume qui lui a été confié. Et comble de malheur, voilà quelques semaines, des soldats de l'armée de Valafor sont revenus, blessés pour la plupart, et ont rapporté que l'armée entière avait été écrasée par les Gobelins dans une terrible bataille qui s'est déroulée en plein cœur des Plaines Glacées de Malberg. Le roi lui-même aurait trouvé la mort au cours du combat, le cœur percé par une lance ennemie. A cette terrible nouvelle, votre décision est prise. Vous jetez un dernier regard aux lieux qui vous ont été si familiers ces dernières années, à la chapelle maintenant déserte et poussiéreuse, aux armes rouillées de vos nombreux compagnons que la folie d'Averok a fait exécuter. Mieux vaut affronter les dangers les plus grands que de rester ainsi au service de l'injustice. Aussi, dès la nuit venue, vous montez à cheval et vous vous enfoncez dans les ruelles étroites de la vieille ville. Un léger brouillard transforme en ombres fugitives les cohortes de mendiants qui n'ont plus que la rue pour logis. Enfin, vous arrivez aux portes de la ville gardées par des sentinelles qui s'écartent en vous reconnaissant. Une fois les murailles franchies, vous éperonnez votre monture pour vous éloigner au plus vite de la sinistre cité.
Vous galopez maintenant dans une campagne désolée. Voilà bien longtemps, en effet, que les paysans ont renoncé à cultiver leurs champs, terrorisés par les bandes de brigands qui rançonnent le pays et assassinent les rares voyageurs qui s'y risquent. Avec amertume, vous vous souvenez de la richesse passée du royaume.
Au bout de quelques jours, vous parvenez à l'orée d'une épaisse forêt que vous décidez de traverser. Mais lorsque la nuit commence à tomber, vous chevauchez toujours sous les lourdes frondaisons des arbres, dont l'ombre ne fait qu'ajouter à l'obscurité qui commence à vous envelopper. Bientôt, vous ne distinguez même plus le chemin que vous suivez. Mille bruits inquiétants que vous entendez autour de vous vous donnent l'impression d'être surveillé par d'innombrables créatures cachées dans les fourrés. La peur commence à vous gagner, lorsque vous réalisez que vous vous êtes égaré. Heureusement, il vous semble distinguer une lueur non loin de vous et vous poussez votre cheval dans sa direction. Vous débouchez enfin dans une clairière au milieu de laquelle se dresse une chaumière, d'aspect pauvre mais accueillant. Ses fenêtres sont baignées de lumière, et une légère fumée s'échappe de sa cheminée. Avec un soupir de soulagement, vous mettez pied à terre et, après avoir attaché votre cheval à la clôture, vous frappez à la porte. Une femme apparaît sur le seuil de la chaumière, le visage rougi par la chaleur de l'âtre où elle surveillait la cuisson d'un ragoût. Elle vous regarde d'un air inquiet mais, remarquant les insignes royaux gravés sur vos armes, elle semble se détendre et vous invite à pénétrer dans sa demeure.
La chaleur vous réconforte quelque peu, et la délicieuse odeur qui règne dans la pièce vous rappelle que vous n'avez rien mangé depuis le matin. Mais alors que vous vous tournez vers la cheminée, vous sursautez en apercevant un homme au dos voûté qui est assis face au feu. En vous entendant, il a très légèrement tourné la tête dans votre direction, mais pas assez cependant pour vous permettre de distinguer ses traits. Et c'est seulement lorsqu'il vous adresse la parole que vous le reconnaissez. Votre surprise est telle que vous restez sans voix pendant un moment. Le personnage qui se tient devant vous n'est autre que le roi Valafor lui-même ! Ainsi, il est vivant ! Et vous remerciez le ciel du hasard qui vous a fait croiser son chemin. Vous vous précipitez pour vous agenouiller devant votre souverain, mais vous recevez un choc en découvrant son visage éclairé par les flammes qui dansent dans la cheminée : en effet, c'est un jeune homme qui était parti combattre les Gobelins et c'est presque un vieillard qui vous fait maintenant face ! De profondes rides creusent son front et ses joues, ses yeux sont sans éclat et ses rares cheveux sont d'un blanc de neige... Le cœur serré, vous ouvrez la bouche pour essayer d'exprimer votre joie de vous trouver en sa présence, mais il lève alors une main tremblante.
« Loyal sujet et noble guerrier, dit-il, sans doute êtes-vous la dernière chance de salut pour mon peuple et pour moi-même. On a menti lorsque ma mort a été annoncée. Je suis vivant, mais je suis si âgé... la mort ne tardera pas à me rejoindre avant l'heure ! Aussi, ne dites rien et écoutez attentivement : ainsi, vous comprendrez la raison de ma présence en ce lieu. Après le désastre des Plaines Glacées, j'ai réussi à m'enfuir en compagnie d'une poignée de survivants. Mais nous nous sommes égarés en traversant les montagnes, et une effroyable tempête nous a séparés les uns des autres. Que sont devenus mes compagnons? Je l'ignore. Mais en ce qui me concerne, après avoir lutté des jours et des jours dans la tourmente, j'ai réussi enfin à atteindre les frontières du royaume qui avaient été les témoins de ma splendeur passée. Ce que j'ai alors découvert m'a glacé d'effroi : j'avais laissé un pays riche et prospère, je retrouvais un désert où régnaient famine et misère. Pire encore : partout ce n'étaient que malédictions lancées contre Averok, mon frère bien-aimé. Comment en était-il arrivé, lui, le meilleur des hommes, à ruiner de cette manière une terre si fertile ? C'était là un mystère qu'il me fallait éclaircir. Aussi, je n'ai pas hésité une seconde. Après avoir revêtu un déguisement, je me suis mis en route vers ma capitale.
Après des semaines d'un voyage fertile en dangers de toutes sortes, j'ai fini par arriver à la Citadelle de l'Ombre, qui se dresse sur un Pic à proximité de cette forêt. Des rumeurs rendaient en effet responsable son Seigneur Arkayn de l'invraisemblable changement qui était intervenu dans l'attitude de mon frère. Si seulement j'avais dirigé mon armée contre lui, au lieu d'aller la perdre dans les plaines du Malberg !...
Longtemps, j'ai cherché Arkayn, dans les labyrinthes de la Citadelle et je l'ai enfin découvert, caché dans une salle secrète, creusée au plus profond du Pic. Là, j'ai appris de ses propres lèvres que sa magie avait fait de mon frère son esclave..qu'Averok était devenu un Vampire ! Aveuglé par la fureur, je me suis précipité sur lui, oubliant qu'il était un redoutable magicien. Un éclair noir a alors jailli de la paume de sa main... et j'ai perdu le souvenir de ce qui est arrivé par la suite. Car lorsque j'ai repris conscience, cette brave femme était penchée sur moi et calmait l'intense douleur qui me rongeait à l'aide d'une préparation d'herbes. Mais la magie d'Arkayn a volé ma jeunesse et ma force. Et seule la mort du sorcier démoniaque pourra me faire retrouver mon apparence et permettra à mon frère de trouver le repos éternel. Prenez mon épée. Vous êtes le meilleur de mes chevaliers. Vous seul pouvez sauver le royaume. »
Avec respect, vous saisissez l'épée qui est posée sur les genoux de votre roi. Sa garde est faite de l'ivoire le plus blanc, sertie d'or et de rubis. Vous vous reculez de quelques pas, et vous la sortez de son fourreau. La fine lame, légèrement bleutée, étincelle dans la chaumière. Et son tranchant est tel qu'elle pourrait sectionner l'objet le plus massif. De plus, elle est dotée de pouvoirs magiques, si l'on en croit les légendes qui courent à son sujet. En quelques mots, Valafor vous explique comment vous rendre le plus rapidement à la Citadelle de l'Ombre. Vous aimeriez qu'il vous en dise plus encore, pour savoir comment elle est défendue et la nature des créatures qui protègent Arkayn. Mais les yeux du monarque se ferment et il tombe dans un profond sommeil. Il ne vous reste plus qu'à vous mettre en route. Mais avant que vous ne quittiez la chaumière la femme vous glisse dans la main un anneau d'argent, serti d'une pierre bleue. Vous la remerciez et, après vous être mis en selle, vous vous enfoncez dans l'obscurité.