Lecture des livres dont vous êtes le héros
22 Février 2013
Vous êtes sire Péreim le chevalier. Elevé dans le respect des lois et des traditions de l'Empire, vous avez franchi les étapes du pouvoir : page, écuyer, chevalier ; le trône impérial est à votre portée ! Mais le titre de seigneur chevalier n'a plus le prestige de jadis : l'Empire n'a cessé de décliner au cours des siècles. Son autorité n'est plus, bien souvent, que formelle. Il y a longtemps que l'armée impériale a été licenciée, et ce n'est pas la centaine de chevaliers de la cité aux Mille Visages, capitale dont les palais se lézardent, qui pourrait faire régner la loi sur les lointaines provinces.
Ruminant ces sombres pensées, vous gravissez les marches du Palais. De gentes personnes saluent en vous le chevalier le plus en vue du moment. Vous leur répondez sans vous arrêter, car vous êtes appelé au chevet du seigneur chevalier. Celui-ci, conformément à la tradition, va vous transmettre ses dernières volontés.
Au moment où le garde s'efface sur votre passage, vous marquez un temps d'arrêt au pied d'une des statues alignées le long du mur... Célindor le Farouche ! Sa blancheur marmoréenne vous rappelle que vous êtes issu d'une lignée dont chaque génération donne naissance à ce que la chevalerie connaît de meilleur. Vous effleurez le pommeau d'Assilane, votre épée enchantée, avant d'entrer dans la chambre de Siram le Téméraire, homme respectable en toute chose, car il est votre père... Dépouillée, la pièce est éclairée faiblement par deux chandeliers. Au pied du lit, votre mère et vos trois sœurs sont en prière. Vous maîtrisez l'émotion qui vous étreint. Le visage inondé de sueur de Siram se dessine dans la pénombre. Vous vous adressez au mourant d'un ton solennel :
- Seigneur chevalier, gardien de l'Empire, protecteur des trois cents provinces, conformément à la tradition j'ai le privilège et le devoir de recueillir votre ultime désir afin de l'accomplir sans retard et me rendre digne de porter le titre que vous me conférerez.
Siram vous tend une main que vous n'osez saisir. La voix du mourant résonne dans la petite pièce.
- Mon fils, toi qui respectes les lois si scrupuleusement, retrouve le Premier Ecu, symbole et appui de notre ancienne puissance. Il repose dans le monde de Dorgan, loin vers l'est. Tout comme...
Une toux violente interrompt le discours du vieillard. Son corps se raidit, les yeux ouverts sur le séjour des âmes défuntes. Il vous semble que quelque chose vient de se briser. Pour arnacher votre monture vous refusez, cette fois, l'aide de votre écuyer. Vous aurez pour seuls
mais fidèles compagnons votre destrier et Assilane. Une dernière fois, vous vous retournez vers les remparts crénelés que la lumière du soir ensanglante.