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Le Site dont vous êtes le Héros

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Sur les traces du Dieu Katak

Vous étiez trois dans le caveau sombre et humide — vous-même, Valadir, et l'homme connu sous le nom de Domontor le Dément. Les brumes du Temps se dissipent, semblent s'envoler, et la scène se reconstitue dans votre mémoire comme si vous y étiez encore... les statues décrépites, les fresques qui s'écaillent sur les murs, et vous trois, au fond de ce tombeau oublié. Vos compagnons d'armes, tous valeureux chevaliers du Royaume de Palados, ne sont plus que cadavres déjà raidis par le froid de la mort, transpercés par le fer ou écrasés par le roc, épars le long des cryptes et des tunnels qui descendent vers le caveau.

Valadir brandit son épée et un vif rayon de lumière illumine une escarboucle sertie dans les bas-reliefs baroques qui ornent le sarcophage. Domontor, mystérieux, reste caché dans l'ombre. Soudain un cliquetis se fait entendre, et le couvercle du sarcophage se soulève, révélant un corps momifié qui porte au front, une couronne incrustée de pierres précieuses. Par malheur, le rayon lumineux de l'épée enchantée de Valadir a déclenché du même coup le mécanisme d'un piège aussi ancien que le caveau lui-même. Avant que vous n'ayez pu vous emparer du trésor, le sol se dérobe sous vos pieds et vous êtes précipité dans le vide. Dans un effort désespéré, vous parvenez à vous agripper aux rebords du gouffre noir, mais Valadir disparaît dans les profondeurs en hurlant pitoyablement. Vous appelez Domontor à votre secours. Vous sentez qu'il s'approche, qu'il est là, debout au-dessus de votre tête, dans l'obscurité, et vous en éprouvez un immense soulagement. Mais ce sentiment est de courte durée et votre sang se glace quand vous apercevez l'éclat de son sourire perfide. Sa botte s'écrase sur vos doigts qui s'agrippent désespérément. Vous ne pouvez plus tenir, et vous basculez dans le vide, englouti par les ténèbres...

Vous vous réveillez en sursaut, les battements de votre cœur résonnent à vos oreilles comme un tam-tam dans la jungle. Trempé de sueur, vous vous débattez pour repousser la couverture qui vous colle à la peau. De l'extérieur, vous parviennent les gazouillements des oiseaux exotiques, et les reflets du soleil levant vous font cligner les yeux. Votre navire remonte paisiblement le cours de la rivière. Vous venez encore de faire un cauchemar, toujours le même depuis de longues années : le Sorcier Domontor tente de vous tuer, mais au lieu de suivre Valadir dans la profondeur des abysses, vous êtes arrêté dans votre chute par une étroite corniche en surplomb. Bien que grièvement blessé, vous parvenez à remonter jusqu'au caveau. Mais Domontor, et la couronne avec lui, ont disparu. En silence, comme tous les matins depuis ce jour maudit, voilà tant d'années déjà, vous vous répétez ce serment : ne jamais chercher le repos avant de vous être vengé de l'infâme sorcier.

Les rives de la jungle déroulent leur paysage verdoyant, de part et d'autre du navire. De temps en temps, une masse sombre et allongée se jette paresseusement dans l'eau, et se laisse doucement glisser vers le bateau. Les marins murmurent souvent que les crocodiles d'Ankou sont capables de sectionner un homme en deux. Les crocodiles vous dévisagent en clignant leurs yeux énigmatiques, puis s'en vont à la dérive comme des troncs, au fil des eaux boueuses, rougies par la latérite. Des oiseaux bariolés voltigent au sommet des arbres, en poussant des cris perçants. Au détour d'une courbe de la rivière le vent mollit. A quelque distance devant la proue du navire, jaillissant verticalement des eaux étincelantes, une mince spirale de cristal se détache sur le bleu du ciel, atteignant plus de cent mètres de hauteur. Vous ordonnez aux marins d'amener les voiles et de mouiller l'ancre. Midi approche, l'heure que les textes anciens estiment favorable pour entreprendre votre quête. Votre écuyer attache les boucles et les fixations de votre armure avec le plus grand respect, car vous êtes le Chevalier Dragon de Palados, le plus valeureux guerrier du monde connu. C'est à peine s'il arrive à soulever votre grande épée rutilante, et vous la lui prenez des mains et vous la balancez plusieurs fois sans effort, avant de la glisser dans son fourreau. Les marins vous fixent, bouche bée, et dans leurs yeux se lit un grand respect mêlé de crainte. Vous descendez dans le canot qui attend à couple du navire et, debout à la proue, vous ordonnez de larguer les amarres. Vous n'entendez pas les sourds grognements scandés par les hommes courbés sur leurs rames car votre esprit se concentre entièrement sur ce qui vous attend : le Temple de Katak, le Dieu du Feu, perdu depuis la nuit des temps dans les profondeurs d'une jungle infestée de moustiques, camouflé sous l'enchevêtrement des lianes et des plantes grimpantes, et cerné de marais impénétrables. C'est un parchemin poussiéreux, déniché dans les Archives d'Aktanie, capitale du grand Royaume de Palados, qui vous a livré quelques bribes de renseignements vous permettant, par recoupements, de déduire la position exacte du temple.

Une ombre éclipse le soleil. Vous levez les yeux : l'astre se cache derrière le premier rideau de branchages qui domine la rivière. Vous n'êtes plus très loin de votre but. D'après le bibliothécaire d'Aktanie, un vieillard courbé sous le poids des ans, quelqu'un d'autre a consulté, quelques semaines avant vous, le parchemin dans lequel vous avez glané vos renseignements. Pourtant le vieillard n'a pas pu se souvenir du visage du visiteur, comme si un sortilège lui avait ôté la mémoire. Vous réfléchissez encore à ce mystère, quand le canot atteint la berge. Vous sautez lestement ; les rameurs observent craintivement le sommet des arbres où des perroquets aux couleurs chatoyantes s'égaient, tandis que des singes se poursuivent bruyamment de branche en branche. « Surveillez bien ce lieu, leur recommandez-vous. C'est d'ici-même que je vous lancerai des signaux, quand je reviendrai de cette expédition, la statue d'or du Dieu Katak dans les bras ! ». Avec un soulagement évident, ils déhalent le canot du rivage, et s'en retournent vers le milieu de la rivière, où le navire se balance mollement sur son ancre. Vous lui lancez un dernier regard, puis en prenant une longue inspiration, vous tournez les talons et vous vous enfoncez dans la jungle...

Et maintenant, commencez l'aventure.

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