Lecture des livres dont vous êtes le héros
22 Avril 2013
Vous êtes conduit dans un vaste atelier, très haut de plafond. D'étranges machines en métal sculpté scintillent à la lumière de rayons clignotants et un bourdonnement entêtant résonne dans la pièce, entrecoupé de temps à autre par un claquement sec. Plusieurs Académiciens s'affairent fébrilement aux commandes et leviers des machines, sans que vous ne puissiez toutefois deviner le but de leurs manipulations. « Astre d'Or, Tanid, susurre votre guide d'une voix mielleuse, permettez-moi de vous présenter Crabotin, le plus génial de nos géniaux inventeurs ! » Vous reconnaissez sans peine le triste sire qui se tourne vers vous : c'est l'homme qui était assis dans le fauteuil la première fois que vous étiez entré dans la Chambre des Académiciens. La lumière blafarde du laboratoire met horriblement en valeur ses yeux glauques et exorbités, et il n'en est que plus laid et sinistre.
« Ravi de vous revoir... » bafouillez-vous, mal à l'aise. Crabotin, dont la courtoisie n'a d'égale que l'élégance, ne daigne même pas vous répondre et vous toise d'un regard glacial. Bavemenu rompt le lourd silence : « M. Crabotin, dit-il, est l'inventeur d'une machine qui vous permettra de gagner le royaume de la Ville-Qui-Chante. Pas vrai, Crabotin, vieux coquin ? » Le « vieux coquin » vous regarde toujours avec arrogance et se contente, pour toute réponse, d'un raclement de gorge rocailleux, ponctué d'un vague hochement de tête. « Oui, oui, c'est cela, murmure Bavemenu dans sa barbe. Venez, jeune Sorcier, reprend-il d'une voix plus assurée, et vous aussi, gente et jolie damoiselle. Venez admirer la merveilleuse machine. » Un engin des plus insolites est dressé sur une estrade au beau milieu de l'atelier. « Ceci, s'exclame Bavemu avec fierté, est l'Athorthon, la machine volante qui mènera notre jeune Astre d'Or à travers le Champ Astral de Noctiurne jusqu'à la Ville-Qui-Chante où se trouve l'objet que nous convoitons. » « Et moi ? » interrompt Tanid d'une voix sèche. Pris de court, Bavemenu se met à toussoter avec embarras. « Oui, et Tanid ? » demandez-vous, gagné par une vive colère. « La fille reste ici ! Aboie Crabotin. Comme ça, nous sommes sûrs que vous remplirez votre part du contrat et que vous reviendrez. » Le malheureux Bavemenu semble de plus en plus mal à l'aise : « Rassurez-vous, elle sera en parfaite sécurité, ici, bafouille-t-il. Mettez- vous à notre place, Astre d'Or : qu'est-ce qui nous garantit que vous allez revenir ? » « Et si je refuse ? » répliquez-vous du tac au tac. « Eh bien, c'est très simple, nous ne vous montrerons pas comment diriger l'Athorthon, répond Crabotin de sa voix râpeuse. Vous ne pourrez pas vous en servir et vous serez condamné à rester pour toujours au royaume de l'Oubli. Vous... » « En revanche, interrompt Bave- menu tout alarmé, si vous acceptez, nous vous offrirons l'Athorthon en cadeau à votre retour » « Si vous rapportez le Thrénogemme, glisse perfidement Crabotin, ignorant les coups d'œil affolés que lui lance Bavemenu, lequel transpire maintenant à grosses gouttes. Et, bien sûr, nous vous rendrons Mlle Tanid... » Une lueur incendiaire s'allume dans les yeux de Tanid, qui avance d'un pas vers les deux hommes. Tous deux reculent sous son regard tranchant comme une lame. « Ecoute-moi bien, mon petit bonhomme, dit-elle à Crabotin en martelant son torse d'un doigt long et fuselé, je ne suis pas dénuée de pouvoirs. Si jamais tu essaies de nous tromper, je t'écraserai comme le misérable vermisseau que tu es ! Sache que je suis une sorcière Chadakine, pas une jeunette qu'on trimballe et qu'on marchande comme un sac de son ! » Bavemenu s'éponge le front d'une main tremblante. « Oui, oui, bien sûr, j'entends bien... » murmure-t-il. En votre for intérieur, vous savourez la déconfiture des deux Académiciens : le coup d'esbroufe de Tanid les a fortement impressionnés. Pourtant, si Tanid a acquis des pouvoirs exceptionnels au cours de son apprentissage auprès de Mère Magri, une redoutable sorcière Chadakine, vous n'êtes pas sans savoir qu'ils consistent surtout en une maîtrise surnaturelle des animaux et des forces de la nature. Mais Tanid est courageuse, infiniment plus courageuse que bien des guerriers... La jeune fille tourne vers vous son regard vert et lumineux : « Accepte leur marché, Astre d'Or, dit-elle d'une voix ferme. Ce n'est pas ce ver de terre et cette fouine perfide qui vont me faire peur ! » Vous devinez que Tanid est bien plus effrayée qu'elle ne veut le montrer, mais vous savez aussi qu'elle accorde autant d'importance à votre mission que vous-même et que vous n'avez aucune chance de réussir sans l'Athorthon. Vous vous tournez vers Bavemenu : « C'est bon, j'accepte. Montrez-moi comment la machine fonctionne. » Avec mauvaise humeur, Crabotin vous escorte jusqu'à l'engin volant, suivi d'un Bavemenu silencieux et plus pâle, transpirant et tremblotant que jamais.