Lecture des livres dont vous êtes le héros
31 Mars 2013
L'un des hommes aux masques rouges se lève enfin. C'est celui qui est assis au bout de la table, près de M. de Courtemare.
— Frères aux masques de sang, dit-il d'une voix solennelle, nous avons ce soir à débattre de graves questions. Tandis que les esprits frivoles se divertissent au son des menuets, sachons élever nos pensées vers notre seigneur Dieu qui nous a donné mission d'exécuter ses volontés pour le salut de la France. Les ennemis de la religion et de l'ordre social se sont coalisés pour faire triompher le Mal. Repoussons les démons de la nouvelle Babylone et que par le sang du Seigneur...
— ... coule le sang du peuple, achèvent en choeur les autres membres de la confrérie.
La voix de cet homme vous dit quelque chose, mais elle est déformée par le masque qui lui couvre le visage et vous êtes incapable de la reconnaître.
— Parlons tout d'abord de la cachette d'armes découverte par ce pseudo-prince russe.
— Qui en fait s'appelle Lefollet, dit quelqu'un d'autre.
— Lefollet ! s'exclame l'homme à la voix solennelle. Ha ! Ha ! Ha ! voilà un nom qui convient à merveille a ces deux insensés !
Vous ressentez tout à la fois une appréhension bien légitime et une fureur que vous avez du mal à contrôler : vous faire traiter d'insensé par ces fous furieux ! Quelle dérision ! Nous avons donc provisoirement entreposé ces armes et ces munitions dans les souterrains de l'auberge du Pont-Marie. Cette nuit même, nos hommes les chargeront à bord d'un bateau pour les mettre en lieu sûr. Grâce à cet arsenal, nous pourrons contribuer à réprimer les mouvements de révolte qui agitent le peuple. La populace paiera cher ses extravagances !
— Coule le sang du peuple, répètent en choeur les participants.
— Le transfert aura lieu à 4 heures ce matin, reprend l'homme, les armes seront amenées dans une nouvelle cachette et resteront disponibles à tout moment. Venons-en maintenant au deuxième sujet de notre réunion et qui n'est pas des moindres. Demain, le peuple de Paris, poussé par des factieux, envahira à nouveau les rues de la capitale. L'annonce du renvoi de Necker aujourd'hui même a poussé la racaille à la révolte. Nous allons mettre un terme à cette révolte. Voici comment : demain matin, à 8 heures, cet imbécile d'Archibald Joude- beuf... Tout le monde éclate de rire autour de la table.
Cet imbécile, poursuit l'homme, doit s'envoler dans les airs à bord de son aérostat. Mais en allant au Champ-de-Mars. M. Joudebeuf aura un petit accident, rue de la Fontaine, très exactement. Il doit en effet quitter sa maison à 7 h 30. Cinq minutes plus tard, devant VAuberge du Veau Mollet, son carrosse sera malencontreusement coincé de telle sorte qu'il ne pourra plus bouger. Pendant ce temps, l'un de nos hommes, parmi nos plus fidèles serviteurs, s'envolera à la place de Joudebeuf. Dans la nacelle, il emportera une machine infernale qu'il jettera sur la populace en révolte. Il y aura plus de cent morts d'un seul coup et nul ne pourra rattraper l'aérostat.
— Magnifique ! s'exclame la femme.
— Cela fera réfléchir les gueux, dit quelqu'un d'autre.
— Je voudrais à présent vous donner une information qui ne manquera pas de vous intéresser, reprend l'homme à la voix solennelle, le roi a pris ce soir même la décision de nommer M. de Courtemare ministre.
— Quoi ? s'écrie la femme d'une voix suraiguë.
Cet allié du peuple? Cet infâme démocrate? s'exclame quelqu'un.
— Rassurez-vous, mes anus, des dispositions sont déjà prises pour que la carrière de Courtemare s'achève prématurément. L'homme aime à flâner dans Paris, chausse de ses sabots; ses promenades lui coûteront la vie. M. de Courtemare affectionne tout particulièrement les galeries du Palais-Royal. Il y fera demain ses derniers pas.
Excellent ! s'écrie la femme. Pour votre part, vous n'y comprenez plus rien. D une pari, vous ne saviez pas que M. de Courtemare était susceptible de devenir ministre du roi, d'autre part, vous aviez jusqu'à maintenant la conviction qu'il était présent à cette réunion. Mais serait-ce vraiment lui qui serait ainsi venu se jeter dans la gueule du loup ? Qui est donc l'homme aux sabots? Et pourquoi vous a-t-il apporté son aide pour que vous puissiez assister à la réunion ? Vos réflexions sont cependant interrompues par l'homme à la voix solennelle qui poursuit son exposé :
— Pour finir, il nous faut encore parler du faux prince russe.