Lecture des livres dont vous êtes le héros
3 Janvier 2013
Trop anéanti pour parler, l'homme contemple en silence le corps éclaboussé de sang de sa fille. Mais l'urgence de la situation vous oblige à le secouer. Vous l'empoignez fermement par un bras et l'obligez à vous regarder.
— Il se peut qu'on ait entendu le coup de feu, dites-vous. Nous devons faire vite. Il doit exister un autre endroit d'où l'on peut faire signe au navire. Réfléchissez !
Il secoue la tête d'un air hébété, et vous êtes obligé de le gifler légèrement pour attirer son attention. Vous répétez alors votre question.
— Le point de rencontre que je vous ai indiqué était faux, avoue-t-il. La bonne crique est située à cinq ou six kilomètres de là, en longeant la côte...
Son regard se fixe de nouveau sur les cadavres de sa fille et du soldat.
— Il faut venir avec moi, lui dites-vous. Les amis de cet homme ne vont pas tarder à arriver.
Il repousse votre main.
— Je ne peux pas, répond-il. Je ne veux pas l'abandonner... Je vais vous montrer sur la carte où se trouve le rendez-vous. Les signaux sont les mêmes. D'un pas lourd, il s'approche de la table et désigne une portion du rivage. Vous examinez attentivement la carte pour bien la fixer dans votre mémoire. Quand vous relevez les yeux, l'homme est assis par terre, la tête fracassée de sa fille reposant sur ses genoux. Vous faites une dernière tentative.
— Venez avec nous, insistez-vous d'un ton pressant, avec le sentiment très vif du temps qui fuit.
— Ne craignez rien, je ne leur dirai pas où vous allez, déclare-t-il en tirant un deuxième pistolet du ceinturon du défunt garde révolutionnaire. Je n'ai plus envie de vivre, maintenant qu'elle est morte. Comprenant que discuter ne servirait à rien, vous vous dirigez vers la porte. Au moment de l'ouvrir, vous vous retournez une seconde.
— Je suis désolé.
— Allez-vous-en, dit-il sans même lever les yeux.
Vous partez en refermant doucement la porte derrière vous.