Lecture des livres dont vous êtes le héros
28 Janvier 2013
Surmontant votre répugnance, vous acceptez de boire la mixture que contient le gobelet. Vous poussez même la courtoisie jusqu'à faire croire à la reine Mollepanse que vous y prenez plaisir. D'ailleurs, le goût du breuvage est finalement moins désagréable que vous ne le redoutiez.
- A présent, il faut attendre quelques minutes, dit la reine Mollepanse lorsque vous avez fini de boire, i. Pendant ce temps, pense très fort à ce que tu désires . et tu verras alors une image qui t'indiquera le moyen de l'obtenir.
Voilà qui vous semble bien mystérieux, mais après tout, puisque vous avez accepté de boire, autant aller au bout des choses. Que désirez-vous le plus ? Retrouver Gayok le Preux, bien sûr, et le ramener au Royaume du Temps. Vous pensez donc très fort â lui, concentrant toute votre énergie mentale sur le souvenir que vous avez de son visage, peu à peu, un vertige vous saisit et vous avez l'impression d'être au bord de l'évanouissement, mais soudain, une image se forme dans votre esprit, comme un rêve. Vous voyez apparaître la silhouette d'un homme, imprécise tout d'abord, puis de plus en plus nette. Ce n'est pas Gayok le Preux, cependant : jamais vous n'avez vu le visage de cet homme, il n'évoque en vous aucun souvenir ; pourtant, vous sentez qu'il est important pour vous de partir à sa rencontre. Vous entendez alors la voix de la reine Mollepanse qui vous paraît lointaine, bien qu'elle reste distincte.
— Que vois-tu ? demande-t-elle.
— Je vois un homme, répondez-vous dans un murmure, mais je ne le connais pas... Il a... Il a des habits de moine... Une tonsure... Et on dirait que son visage est tordu...
— Mimol ! C'est Mimol ! s'exclament les Mollues autour de vous.
Votre vision semble les amuser beaucoup, elles éclatent de rire en prononçant ce nom.
— Vois-tu autre chose ? interroge la reine Molle-panse
— Je vois... Je vois, derrière cet homme, une tour isolée qui se dresse sur une éminence pierreuse... Son sommet est crénelé... Des meurtrières sont percées dans la muraille... L'homme... L'homme est debout devant la tour...
Vous poussez alors un cri. Votre rêve devient cauchemar : le moine, en effet, a levé la main sur vous ; dans ses doigts serrés, il tient une énorme clé qu'il abat violemment sur votre tête... Vous vous réveillez à ce moment, le coeur battant, le visage moite d'une sueur glacée. Jamais encore vous n'aviez éprouve une telle frayeur. Le regard de ce moine, son sourire féroce avaient quelque chose de... diabolique.
— Allons, remets-toi, tu parais bien pâle, s'étonne la reine Mollepanse. Je me demande ce que tu as pu désirer pour voir apparaître ce moinillon ! Mais ce n'est pas mon affaire. Connais-tu donc Mimol ?
— Non, répondez-vous.
— Nous autres les Mollues, nous le connaissons bien, poursuit la souveraine en éclatant de rire.
— Oh oui ! s'exclament en choeur les Mollues hilares.
— Lorsqu'il n'était encore qu'un tout petit enfanl, Mimol s'est perdu dans les bois ; là, il a rencontré une Mollue qui l'a trouvé si mignon qu'elle n'a pu résister à l'envie de l'embrasser. Or, quand une Mollue embrasse quelqu'un, elle le rend mou à jamais.
— Ses os se liquéfient! s'écrie Mollette d'un ton réjoui
— Il devient un vrai mollusque ! poursuit Mollasse en pouffant de rire.
— C'est notre salive qui fait cela ! ajoute Mollouille avec fierté.
« Et en plus, elles s'en vantent ! » songez-vous en frissonnant d'horreur.
— Bref, reprend Mollepanse, le petit Mimol serait devenu une vraie chiffe molle si la Mollue qui l'avaii embrassé, regrettant son geste, ne lui avait tout aussitôt fait boire un antidote.
— Ainsi, Mimol a échappé de justesse à la mollesse, poursuit Mollouille, mais le mal avait commencé de se répandre...
— Et il est resté à demi mou, achève Mollepanse en s'étranglant de rire. Le côté droit de sa tête et de son corps était tout flasque, c'est pourquoi on a fini par l'appeler Mimol ; plus tard, comme il lui était impossible de mener une vie normale, il a préféré se faire moine. Si tu veux le rencontrer, tu le trouveras à la lisière du bois de Mort Mare. Il habite là, dans une chapelle en ruine, et entre nous, il est un peu simple d'esprit...
— Forcément, son cerveau aussi est à demi mou, explique Mollasse avec un grand éclat de rire.
- Quant à la tour que tu as vue dans ton rêve, reprend Mollepanse, je ne puis rien t'en dire ; des tours au sommet crénelé et aux murailles percées de meurtrières, il y en a partout dans la région, est-ce dans cette tour que Gayok le Preux est enfermé? Sans doute. Mais quel rapport avec ce moine mou qui vous a paru si effrayant ? D'après les 'Mollues, il serait plutôt inoffensif, mais peut-être Vaut-il mieux ne pas vous y fier ? Le moment vous semble venu de repartir et vous décidez de prendre congé des Mollues. La reine Mollepanse vous fait alors don d'une bourse contenant 8 Pièces d'Or, Tu ne me parais pas bien riche, dit-elle en vous l'accrochant à la ceinture. Voilà qui te permettra de manger à ta faim et de coucher dans de bonnes auberges.