Lecture des livres dont vous êtes le héros
4 Juin 2013
Vous embarquez en compagnie d'un groupe de vingt passagers, parmi lesquels vous identifiez huit marchands, richement vêtus à la dernière mode en vogue à Fenga, quatre femmes, plus grandes d'une bonne dizaine de centimètres que la moyenne des habitantes de Dorgan, trois enchanteurs de la Cité du Lac, reconnaissables à leur longue robe pourpre, et cinq soldats de Sélartz, sans doute de retour de permission. Puis, à la demande du capitaine Reef, non sans qu'il vous ait au préalable souhaité la bienvenue, vous empruntez la passerelle à bâbord pour prendre place sur la dunette. Là, tandis que l'équipage, composé d'une dizaine de matelots, s'affaire à descendre dans les cabines les bagages des voyageurs, le capitaine consacre, selon la règle, quelques minutes à l'énoncé des règles de sécurité à son bord. Une fois son discours achevé, le marin se dirige vers vous, incline légèrement le buste, les mains jointes, puis déclare :
- Je vous salue, seigneur Laurin, et m'honore de votre présence à bord du Kraken.
- Je vous remercie, commandant.
- Me ferez-vous le plaisir de dîner à ma table ce soir ?
- Avec joie, à condition que vous ne changiez en rien vos habitudes. Je ne veux pas être la cause d'un surcroît de travail pour vos matelots.
- N'ayez crainte, messire. Le travail à bord ne nous laisse guère le temps de mettre les petits plats dans les grands. Cependant, nous avons la chance d'avoir un excellent cuisinier sur le Kraken. D'un rien, il sait faire des merveilles dont tous nos passagers conservent un excellent souvenir. La tradition veut aussi, lorsqu'un capitaine en accueille un autre, qu'il lui fasse visiter son navire. Voulez-vous bien me suivre ?
Précédé du capitaine Reef, tandis que l'équipage se prépare à la manœuvre, vous découvrez un bien beau bateau, né pour assurer des liaisons rapides entre les villes riveraines du Koth. Exclusivement réservé au transport des hommes, il sépare les quartiers de l'équipage, situés à l'arrière, de l'espace réservé aux passagers, aménagé à l'avant, en fonction d'un impératif : le confort. Vingt-cinq passagers peuvent disposer d'une cabine, petite mais agréable. Les repas se prennent dans une grande salle à manger joliment décorée, prolongée vers la proue du navire par un salon qui sert de fumoir et de lieu de rencontre, puis par une petite bibliothèque qui comporte une bonne vingtaine de volumes ainsi qu'une armoire à liqueurs.
- C'est un bien beau navire, n'est-ce pas ? S'il n'est pas comparable à YOrdreth, et si je ne suis moi-même qu'un simple marin d'eau douce, je suis cependant fier d'en être le capitaine.
- Et vous avez mille fois raison de l'être, commandant. Vous possédez le plus beau et le plus rapide des voiliers qui ait jamais vogué sur les eaux du Koth. En outre, bien peu de marins d'eau de mer savent combien la navigation sur ce fleuve demande de finesse et de vivacité d'esprit. Pour ma part, je garde un souvenir impérissable de mes premières sorties entre le lac de la Cité des Enchanteurs et Fenga, dans la petite barque qui fut longtemps mon seul et unique trésor. Avec elle, j'ai appris tant de choses : comment exploiter la force des courants, échapper à l'appel des remous, éviter les bancs de sable, résister au vent d'est qui s'engouffre sur le fleuve entre les arbres de la forêt d'Andaines, avec une violence telle qu'un capitaine imprudent peut échouer son navire en quelques minutes.
- Nom d'une pipe ! En vous accueillant à mon bord, je ne pensais pas avoir affaire à un marin qui connaisse les secrets de la navigation sur le Koth ! Je n'en aurai que plus de plaisir à poursuivre cette conversation à l'heure du dîner. Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, le devoir m'appelle. Je dois veiller au bon déroulement de notre appareillage. Peu après, alors que le soleil s'est levé depuis un peu plus d'une heure dans un ciel sans nuages et que le Kraken a largué ses amarres, les passagers quittent la dunette par petits groupes pour rejoindre leurs cabines. Vous flânez un moment sur le pont, puis vous décidez de les imiter. Après tout, quelques heures de repos, après une nuit des plus courtes, vous feront le plus grand bien. De plus, il sera toujours temps d'engager la conversation à l'heure du déjeuner. Car ce voyage, aussi bref soit-il, vous offre une excellente occasion de faire des rencontres.