Lecture des livres dont vous êtes le héros
5 Février 2013
Loup*Ardent est transi. Au-dessus de sa tête, le soleil est encore chaud, mais la brume qui s'élève des marécages lui gèle la moelle des os. Loup*Ardent a peur. Il commence lentement à comprendre pourquoi les marchands d'esclaves ne l'ont pas suivi dans cette vallée. Une pénombre surnaturelle s'étend sur le marais qui borde la rivière. Tout est trop silencieux. Dans un endroit comme celui-là. on devrait entendre une multitude de bruits, produits par les insectes, par les petits animaux, par les animaux. Ici, on n'entend rien. Le silence règne en maitre sur la lugubre pénombre verte.
Pas question de se déplacer rapidement dans le marais dont le sol spongieux retient ses pieds, dont les plantes enchevêtrées s'aggrippent à ses bras et à ses jambes, où chaque pas est un effort. Pour autant qu il puisse s'en rendre compte, il se déplace parallèlement à la rivière, dans la direction approximative d'un grand édifice de pierre grise qu'il a entrevu du haut de la falaise.
Il serait incapable d'expliquer comment il se rend soudain compte qu'il est suivi. Aucune odeur n'a pénétré ses narines, aucun son n'a frappé ses oreilles. Mais son instinct, affiné par des années de Désert, l'avertit qu'il y a quelque chose derrière lui et que ce quelque chose se rapproche. L'image qui lui vient à l'esprit est celle d'une créature différente de tout ce qu-'il a connu jusqu'ici, d'une bête rusée et féroce. Il secoue la tête pour essayer de dissiper cette vision, mais celle-ci refuse de disparaître. Loup*Ardent prend une autre direction.
Pendant un très court instant, il espère avoir echappé à son poursuivant, mais son instinct ne tarde pas à l'informer qu'il n'en est rien. La chose se serait même plutôt rapprochée. Il continue à ne rien voir, à ne rien entendre, à ne rien flairer, et cependant son esprit est gagné par une anxiété proche de sa panique. Loup'Ardent est persuadé qu'il est devenu le gibier d'un prédateur quelconque et que celui-ci se rapproche pour la mise à mort. Loup*Ardent s'arrête. Il n'a aucune arme. Bien que LA Loi du Désert lui ait appris comment se battre et survivre sans arme, il sait que, dans sa position actuelle. il ne tiendrait pas plus de quelques minutes contre n'importe lequel des grands animaux du harn. En regardant autour de lui, il finit par découvrir une grosse branche cassée. Elle est toute gluante de boue mais, au moins, elle n'est pas pourrie. Il la nettoie de son mieux et la soupèse dans sa puissante main. Le gourdin n'a jamais été son arme favorite, mais il n'a pas le choix. Loup*Ardent attend. La creature finit par s'approcher. elle est énorme. Un Reptile des Marais d'une espèce inconnue, mesurant près de cinq mètres de la pointe du museau à l'extrémité de la queue et plus de deux metres de haut à l'épaule. Son corps puissant est cuirassé de luisantes écailles vertes qui le rendent pratiquement invisible dans son environnement. La gueule entrouverte laisse apparaître des crocs de dix centimètres de long, et les courtes pattes antérieures sont armées de redoutables griffes encroûtées de boue. La lourde tête pivote lentement de droite à gauche, cherchant sa proie. Des paupières nictitantes blanches voilent spasmodiquement les yeux.
Loup*Ardent a le choix. Même avec une épée. une lance, un arc. des flèches et une solide armure, le courageux Barbare aurait probablement peu de chances de survivre à un tel affrontement. En a-t-il une seule, armé seulement d'un gourdin de fortune ? Il n y a rien de déshonorant à esquiver un combat par trop inégal. D autre part, le tempérament de Loup* Ardent l ' a toujours poussé à attaquer. En l'occurrence, il est libre de choisir l'une ou l'autre solution.