Lecture des livres dont vous êtes le héros
26 Mars 2013
Vous regardez la scène et tout est comme avant : un cercle de silhouettes grises. Puis vous clignez des yeux et tout devient d'un jaune uniforme, sans ombre ni texture particulière : un mur jaune. Vous vous frottez les yeux et de ces murs jaunes commence à sourdre un liquide brun qui s'écoule goutte à goutte en mince filet. Vous refermez les paupières et lorsque vous les rouvrez, aussitôt un torrent d'images défile devant vos yeux, chacune ne dure pas plus d'une seconde, à peine le temps pour que vous vous en souveniez : Votre père et votre mère à votre naissance... Une goutte de sueur sur le front de votre père, grossie des centaines de fois... Une fleur, se fanant, se desséchant, se flétrissant et tombant... Le cou d'un poulet égorgé par un paysan... Un crâne... Une feuille qui tournoie dans sa chute... Un guerrier barbare qui joue de son long glaive incurvé... Un ru souterrain charriant des immondices, puis se jetant dans l'océan en les dispersant... Le visage d'un petit garçon hurlant de douleur sous les coups de son père ivre... Le corps ensanglanté d'Ariane, allongée au sommet d'une colline de Naxos, morte en couches... Markos le Phénicien en Afrique du Nord, la gorge tranchée, reposant sur un lit trempé de sueur... Le Minotaure. premier et dernier de son espèce, mort dans les ruines de Knossos... Des milliers de rides à une vitesse prodigieuse sur le front de votre mère... Une ville, passée entièrement par les armes... Des cavaliers incendiant la hutte d'un paysan du nord. Vous comprenez soudain le lien qui existe entre toutes ces visions. La mort est la seule réalité ; la vie n'est qu'un temple d'illusions où tout, finalement, se retrouve poussière et où tous nous pourrissons, pauvres et riches, sages et fous. Le monde appartient aux vers ! Même les vastes royaumes de l'Hadès sont un mensonge que racontent les poètes pour tranquilliser les hommes. Après la mort, il n'y a plus rien ! Vous vous sentez transporté à travers l'espace obscur et, à mi-chemin de l'infini, votre vie s'éteint dans un cri de terreur, aussi aisément que l'on mouche une chandelle à la fin du repas. Les Phytalides vous voient chanceler en dehors du cercle et rester immobile sur le sol. Et votre mort les attriste.