Lecture des livres dont vous êtes le héros
9 Mai 2013
Des semaines durant, jour et nuit, le camp grec résonne des couinements des scies débitant les troncs de centaines d'arbres en planche ; des coups des marteaux les assemblant, peu à peu, en un gigantesque cheval. Des trappes y ont été ménagées pour permettre aux guerriers de s'y introduire, de s'y cacher et d'en descendre. Des œilletons ont été percés pour permettre de voir ce qui se passe alentour.
Enfin le stratagème a pris sa forme définitive, et Ménélas vous demande si vous voulez accompagner les plus intrépides guerriers qui se sont por tés volontaires pour, peut-être, pénétrer dan? Troie. Sans hésiter, vous lui dites oui. Et vous voilà maintenant à l'abri des flancs du monstre de bois, non sans avoir appris, auparavant, que Pâris, prince et suborneur de femme de roi, était mort frappé d'une flèche tirée par Philoctète. Une nouvelle que vous avez accueillie comme la fin de la guerre. Et pourtant non. Selon le plan de Ménélas, le cheval est abandonné devant les murailles de Troie, et l'armée grecque se replie vers ses navires. La nuit est tombée. Dans l'obscurité la plus totale, entouré de guerriers figés comme la pierre pour éviter le moindre bruit, vous commencez à sérieusement douter que les Troyens auront la stupidité de le tirer à l'intérieur de leur ville.
Et pourtant si : le jour s'est à peine levé qu'une brutale secousse vous prévient que le cheval a commencé à bouger. Ce que vous confirment les officiers, l'œil rivé aux ouvertures creusées dans le bois.
Lentement, très lentement, tiré par la population tout entière, le monstre de bois franchit les murailles.
Une journée de liesse, de chants et de cris jusque tard dans la nuit. Enfin le silence redevient total. Sans faire le moindre bruit, vous vous glissez hors du cheval, courez avec vos compagnons vers les portes de Troie que vous ouvrez après en avoir assommé les gardes. L'armée grecque est là, derrière, qui se précipite. Et quelques heures seulement suffiront pour qu'une des cités les plus brillantes de l'Antiquité disparaisse à jamais. Un nouveau jour vient de se lever sur des ruines fumantes, et c'est avec peine que vous reprenez vos esprits.
Relativement fier de vous en constatant le cai-nage où vous avez, quand même, une part de responsabilité, vous levez timidement les yeux au ciel :
- Grand Zeus, marmonnez-vous en jetant des regards inquiets autour de vous tant vous avez peur du ridicule, pourrais-tu me ra...
- Te ramener dans ton époque ? tonne une voix venue de dessus les nuages. Avant tout, je suis content de toi. Bien sûr, cette guerre a duré plus de dix ans, et tu aurais certainement pu la raccourcir encore. Mais bon... les humains sont si stupides avec ce genre de choses. Tu es prêt ?
- Ne vous éloignez pas ! Restons ensemble, hurle désespérément votre guide en voyant le groupe se précipiter dans toutes les directions à la recherche d'un abri. Si l'on en croit Homère, il n'y a jamais de tempête sur le mont Olympe. Sans lui prêter la moindre attention, vous courez vers un rocher en surplomb, afin de vous protéger du désastre ambiant. Mais, comme elle était arrivée, la pluie cesse aussitôt. Toutes les victimes du voyage organisé sont là, dispersées autour de vous. Avec en plus un vieil homme à la longue barbe blanche et à l'accoutrement des plus bizarres qui, après vous avoir adressé un clin d'œil, disparaît comme dans un rêve.