Lecture des livres dont vous êtes le héros
26 Mars 2013
Vous vous approchez de l'un des passants en déclarant :
— Je suis Althéos, conduis-moi au palais. Mais la réponse, surprenante, est un furtif :
— Ne dis pas ce nom : Thésée l'a interdit.
— De quel Thésée s'agit-il puisque Thésée est mort ? demandez-vous.
— Du fils du général Etékon. Il a pris le pouvoir ! répond l'homme avant de déguerpir, de peur apparemment d'être vu en train de parler à un fou tel que vous.
Sale, les traits creusés par la mer. barbu, vous marchez incognito dans les rues d'Athènes, serrant étroitement autour de vous votre manteau èlimé pour vous protéger du vent et de la pluie. Les passants vous évitent comme si vous étiez un mendiant ou un lépreux. Finalement, vous entrez en titubant dans une auberge. Alors que vous vous apprêtez à vous sécher prés du feu, l'aubergiste se précipite sur vous, vraisemblablement pour vous jeter dehors; mais, avant qu'il n'en ait le temps, vous êtes entouré par un groupe d'hommes prématurément vieillis et de grasses matrones qui vous entraînent à leur table et vous abreuvent de vin et de questions. L'aubergiste se retire, adouci, et vous sirotez avec plaisir le vin épicé, tout en vous demandant qui sont ces gens accueillants. Puis soudain, vous les reconnaissez : ce sont les jeunes gens et les jeunes filles qui vous avaient accompagné à Knossos et que vous avez sauvé du Minotaure. Mais le temps a pris sa revanche. Les muscles adolescents se sont transformés en graisse, la chair bronzée s'est flétrie. Les hommes se dégarnissent ou grisonnent et les fossettes des femmes sont maintenant des rides. D'après ce qu'ils disent, vous comprenez que la cité les a rejetés. Aucun n'a été reçu en héros et l'un des jeunes gens a même été lapidé. Aujourd'hui, ils remâchent amèrement leur ancienne gloire ; sept ans et demi après être rentrés à la maison, les six jeunes gens et les cinq jeunes filles survivants continuent d'affronter l'obscurité du labyrinthe de Knossos. La fille qui, jeune, vous rappelait votre mére se met à vous sourire et quelque chose dans ce rictus édentè. à moins que ce ne soit le vin, fait soudain se rompre le charme de ce passé heureux. Comme un homme venu saluer sa grand-mère et qui, horrifié, la découvre morte, vous vous levez précipitamment et fuyez dans la rue, un goût amer dans la bouche. Vous quittez Athènes aussi vite que vous le pouvez et vous reprenez la route de Trézène. En chemin, le temps s'améliore légèrement et vous commencez à marcher avec plus de confiance, votre esprit se libérant à mesure que le souvenir d'Athènes s'efface. Un fermier juché sur un petit char à banc vous rattrape.