Lecture des livres dont vous êtes le héros
17 Décembre 2012
Vous n'êtes plus qu'à deux pas de l'inconnue, attentive à chacun de ses gestes. Elle vous adresse enfin la parole.
— Merci, vous dit-elle, comme soulagée d'un lourd fardeau. Je suis ici depuis des heures, et pas un être vivant ne s'est approché à moins de dix mètres de moi. Même si vous ne souhaitez pas me parler, votre présence m'est d'un grand réconfort.
Intriguée par les propos de cette femme, vous ne pouvez vous empêcher de lui demander :
— Foudre et tonnerre ! Et quelles raisons aurais-je de rester muette en votre présence ?
— Sans doute êtes-vous nouvelle dans cette ville ! Comme le veut la coutume, j'ai le devoir de vous dire la vérité. Je suis Méluve, la gardienne des morts, et dans cette ville, nul être vivant ne m'a jamais adressé la parole. Je suis Méluve la noire, Méluve la solitaire. Méluve l'invisible aux yeux des vivants de cette ville. Je consacre ma vie à veiller les âmes des défunts, à l'embouchure du Turiban-Koth, sur l'île des Morts. — Au pays d'où je viens, répondez-vous à Méluve. s'occuper des morts est une activité
comme une autre. Nos meilleurs jardiniers soignent les fleurs des tumulus, et nul ne souffre d'une situation aussi étrange que la vôtre ! Passant une main derrière son cou, Méluve décroche l'un de ses nombreux colliers, puis vous le tend, un sourire aux lèvres.
— Prenez-le, dit-elle, la gorge nouée par l'émotion.
Vos paroles me sont d'un grand réconfort, mais je dois maintenant retourner sur mon île. Le phare du Turiban-Koth ne doit jamais s'éteindre. Je dois y veiller, comme je veille sur les âmes des morts.