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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Quatre nains tiennent l'échoppe d'armurerie devant laquelle vous faites halte. L'un d'eux abandonne aussitôt l'établi où il travaillait la lame d'une épée pour venir à votre rencontre. Puis, une fois juché sur une petite caisse, ce qui lui permet de se placer à votre hauteur, derrière un large comptoir, le marchand d'armes et d'armures vous accueille d'une voix rauque, par la formule de bienvenue en usage à Mildrilh. Vous le remerciez du tac au tac, dans un nain parfait. Non que vous connaissiez le langage des habitants des Entrailles du Rovar mais vous avez, lors d'une réunion du Conseil des Seigneurs de Dorgan, eu l'occasion de converser avec Thorgoïn, troisième fils du roi sous la montagne, arrière-petit-fils de Beloïn, père des nains du monde de Dorgan. Grâce à lui, vous avez appris les mots indispensables à quiconque souhaite obtenir la considération immédiate de ses semblables. Car les nains apprécient beaucoup ceux qui se donnent la peine de chercher à mieux les connaître.

- Bienvenue à celui qui emploie les mots sacrés de notre peuple, poursuit le vendeur souriant. Mais que puis-je faire pour vous ?

- Je possède une dague, mais pas de fourreau digne de la porter. Qu'auriez-vous à me proposer ?

- Puis-je voir cette arme afin d'apprécier son poids, ainsi que la longueur et la largeur de sa lame ?

- La voici, répondez-vous en présentant la Dague de Sidon à votre interlocuteur.

- Quelle est belle ! s'exclame le nain en observant votre arme. Vous disposez là d'un véritable trésor ! A ma connaissance, il n'y a guère que quatre ou cinq lames de cette trempe dans tout Dorgan. Puis-je me montrer indiscret ?

- Vous aimeriez savoir d'où et de qui je la tiens, n'est-ce pas ?

- Oui, j'avoue que la chose m'intéresse. Nous autres, nains de Mildrilh, sommes les seuls à savoir encore fabriquer des armes de cette qualité. Mais celle-ci, j'en mettrais ma main au feu, ne l'a pas été par les mains de nos forgerons. Elle est ancienne et, s'il faut en croire les symboles qui se trouvent gravés sur l'acier, d'essence magique. Accepteriez-vous de me la vendre ?

- Certainement pas ! Cette arme m'a été offerte par Kandjar, maître des enchanteurs de la Cité du Lac, auquel je suis, d'une certaine manière, très lié. Auparavant, il y a plus de cinquante ans, elle a appartenu à un certain Sidon, à propos duquel je ne sais rien, sinon qu'il a trouvé la mort dans la Passe des Rocs, sous le bloc de pierre qu'un géant lui avait jeté, à l'époque où, entre Fenga et Sélartz, ces monstres menaçaient encore les voyageurs. C'est un souvenir du temps où Kandjar arpentait Dorgan dans l'espoir d'y fonder son école de magie.

- Je n'insiste donc pas, poursuit le nain. Mais peut-être me ferez-vous l'honneur de me décliner votre identité ? Car je fais partie d'un groupe d'armuriers qui essaient de recenser les objets magiques encore présents sur cette terre et, pour chacun d'eux, de connaître leurs possesseurs. En agissant de la sorte, nous conserverons au moins une description fidèle de ces merveilles. Et, qui sait ? Peut-être pourrons-nous retrouver un jour, grâce à ce répertoire, des trésors perdus ou égarés. Car, hélas, ces splendeurs des temps anciens disparaissent bien souvent avec ceux qui les ont employées.

- Pour répondre à ta question, je m'appelle Yamaël.

- Seigneur ! Pourquoi ne pas me l'avoir dit tout de suite ? Je ne me serais jamais permis de vous questionner ainsi et de me montrer aussi curieux... Quant à votre dague, j'ai ce qu'il vous faut. Un fourreau tout à fait exceptionnel. Je peux vous dire avec certitude qu'il a appartenu à Ertol Aguil, un Fengani que l'on disait sorcier et qui aurait eu le pouvoir de transformer des hommes en poissons. Mais veuillez patienter un instant. Je vais vous le chercher.

Sur ces mots, le nain vous tourne le dos, descend de sa caisse, passe entre les établis de ses compagnons puis entre dans une petite réserve aménagée dans une structure de panneaux de bois qui servent également de râteliers d'armes. Il en ressort quelques minutes plus tard, un objet à la main. Une fois revenu derrière son comptoir, il vous tend le fourreau en disant :

- Acceptez ce présent, en gage d'amitié du peuple des nains de Mildrilh et d'Ebroïn le forgeron, votre serviteur. En votre possession, il trouvera enfin la destinée qu'il mérite.

- Imaginons un instant que j'accepte ton cadeau, poursuivez-vous à voix basse tout en admirant le fourreau, subtilement ouvragé et incrusté de pierres précieuses, vivement impressionné par l'incroyable légèreté de l'objet, qu'attends-tu de moi en échange ?

- Que vous parliez de moi... Oh ! Juste quelques mots... la prochaine fois que vous rencontrerez Thorgoïn, l'un de ses frères ou son père, le roi sous la montagne.

- Ah ! Nous y voilà ! Tu me plais l'ami. J'apprécie ta franchise, ton culot et ton opportunisme. Non seulement je suis honoré de recevoir ton présent mais, en plus, je te promets de dire le plus grand bien de toi à tes maîtres, dès que l'occasion se présentera.

- Je vous en remercie, seigneur.

Un instant plus tard, une fois le fourreau d'Ertol Aguil passé à votre ceinture, vous tournez le dos à l'échoppe d'Ebroïn, un sourire moqueur au coin des lèvres. Car, si vous ne lui avez pas menti en lui disant que vous parleriez de lui au moment propice, vous avez cependant omis, délibérément, de lui révéler la véritable raison pour laquelle vous avez accepté son marché. C'est que son cadeau vaut bien plus qu'il ne se l'est imaginé, comme vous avez pu le constater en découvrant que la disposition des gemmes sur l'acier du fourreau formait un symbole démoniaque. Ertol Aguil était un sorcier, cela ne fait pas le moindre doute, pensez-vous, satisfait de posséder un objet qui confère un pouvoir supplémentaire à votre dague magique. Désormais, à chaque fois que vous dégainerez la Dague de Sidon du Fourreau d'Ertol Aguil pour combattre un adversaire, vos deux premières attaques seront immanquablement couronnées de succès.

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