Lecture des livres dont vous êtes le héros
29 Mars 2014
Une fois notre petite compagnie à quai et nos paquetages respectifs bien en place sur nos
épaules, le lieutenant nous fit traverser la bourgade aux rues boueuses jusqu'à atteindre
une piste qui s'enfonçait dans la lande environnante. Les locaux nous observaient avec
une expression de méfiance non dissimulée sur leurs mines hâves.
Hommes, femmes et enfants se tenaient bien droits, fiers et visiblement peu désireux de
se laisser impressionner par des étrangers, tout guerriers qu'ils puissent être. Leur
maigreur générale et leurs frusques élimées témoignaient de l'austérité de ce pays, une
contrée aussi inhospitalière que ses habitants.
Les masures nous avaient un peu protégé du vent cinglant. Une fois à découverts dans la
campagne, nous rabattîmes les capuchons de laine dont étaient munis nos manteaux.
J'adressai mentalement un remerciement à l'officier qui avait prévu ces difficiles
conditions climatiques et qui nous avait ainsi fourni ces protections.
Le temps était sec mais d'un froid mordant. Jamais je n'avais connu de brise aussi glaciale
que celle qui soufflait sans relâche sur ces terres arides. Les bas nuages gris porteurs de
neige avaient progressivement disparu mais le ciel restait opaque, caché par un voile
cotonneux. Aussi loin que portait le regard, tout n'était que plaines incultes seulement
propices à l'élevage des moutons. Un troupeau de ces bêtes qui broutaient négligemment
en travers de la route se dispersa justement à notre approche, avec force bêlements
plaintifs.
Le soleil avait enfin réussi à donner signe de vie lorsque le lieutenant se décida à
ordonner une pause pour le déjeuner. Chaque soldat piocha dans les rations qui lui
avaient été confiées en quittant le navire ; il me restait de quoi me nourrir pendant une
journée lorsque j'eus achevé mon repas. Ajoutez 2 repas, 2 baumes cicatrisants ainsi
qu'une couverture au contenu du sac à dos (chaque objet prend une place). Les baumes
peuvent être utilisés à tout moment sauf au cours d'un combat et chacun permet de
regagner 3 points de Vitalité.
Malvère attendit que nous ayons remballé notre équipement pour nous dévoiler ses
intentions.
· " Cette route mène à Kalfirk, la plus grosse bourgade de l'île. Normalement, nous y
serons avant la tombée de la nuit ; mais faudra pas trop lambiner car le soleil se
couche très tôt par ici. Ouvrez quand même l'oeil au passage. Si vous voyez quoi que
ce soit de suspect, faîtes pas les timides et n'hésitez pas à m'en parler. Compris ? "
Nous acquiescèrent en opinant tous du chef. L'idée de répondre à voix forte au sein de
cette étendue désolée et accablée par les éléments nous paraissait sans doute malvenue.
Nous reprîmes ensuite notre marche sur le sentier qui se dirigeait approximativement vers
le sud de l'île.
La monotonie du paysage fut bientôt troublée par la bordure ombreuse d'une forêt qui
s'étendait à environ une lieue sur notre droite. De l'autre côté, en direction du nord-est,
nous pouvions distinguer le scintillement d'une vaste étendue liquide qui miroitait
faiblement sous les pâles rayons solaires. La route également tendait à se débarrasser de
son uniformité en formant par instants de très légères pentes et en sinuant de temps à
autres autour d'amas rocailleux disséminés ça et là.
Ce fut lorsqu'il atteignit la rivière Noss que le cinquième bataillon connut sa fin tragique.
Nous vîmes tout d'abord un pont de bois qui permettait de franchir un cours d'eau large
d'environ six brasses. Celui-ci semblait prendre source dans les terres plus accidentées
qui se devinaient assez loin au sud de notre position. En nous approchant, nous pûmes
constater que les berges dominaient un fossé creusé par la rivière, un sillon boueux qui
abritait nos ennemis du regard…
Hurlant des imprécations aussi haineuses qu'incompréhensibles, d'ignobles créatures aux
visages contrefaits surgirent par dizaines de la tranchée. De taille modeste, elles avaient
un aspect néanmoins terrifiant avec leurs regards empreints de méchanceté et leurs
bouches hérissées de crocs. D'autres horreurs du même acabit s'extrayaient de sous le
tablier du pont qui les avait dissimulées. Je reconnus ces créatures même si je n'en avais
alors jamais vues de mes propres yeux. Il s'agissait de kayolins, ces monstres humanoïdes
au front cornu et à la peau couleur de cendre originaires des Dures Terres.
Cette réflexion me traversa l'esprit juste au moment où je levai mon arme pour parer un
sabre dentelé. Une mêlée sanglante s'engagea entre les deux groupes avant même que le
lieutenant n'ait pu prendre une initiative. Je voulus riposter mais un de mes camarades du
nom de Caleb me bouscula pour éventrer mon agresseur. Rendu un peu hagard par le
tourbillon des armes et les hurlements des combattants, je restai quelques secondes
spectateur de la danse mortelle qui se déroulait tout autour de moi.
Derrière nous, des guerriers qui s'étaient accroupis derrière les cairns naturels sortirent de
leurs cachettes pour prendre notre compagnie à revers. Plus grands que les kayolins,
entièrement recouverts de métal et de heaumes noirs, ces nouveaux adversaires maniaient
de larges lames et se protégeaient derrière des boucliers ronds hérissés de piquants
métalliques. Je vis avec horreur l'un d'eux trancher avec son puissant glaive la main du
premier soldat tannorien qui lui était opposé.
Si Joan affronte les kayolins surgis de la rivière,
s'il combat les guerriers en armure,
s'il tente de s'extraire de la nasse en fuyant la zone dangereuse.