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Le Site dont vous êtes le Héros

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Mon dernier coup estourbit la créature reptilienne. Elle vacilla un instant en balançant sa lourde tête d'avant en arrière puis finit par s'effondrer sur le côté. Hululant un cri de victoire, le gagoul sauta à pieds joints sur le cadavre avant d'entamer une danse frénétique sous
mes yeux éberlués. Enfin, il abandonna son curieux rituel pour s'approcher de moi et étirer ses lèvres torves en un vilain sourire. Un ange passa pendant que j'examinai l'humanoïde.
Plutôt que de se cacher en attendant la fin de mon combat, il m'avait soutenu en lapidant le lézard bipède. J'en ressentis une certaine reconnaissance, d'autant plus que j'avais toujours entendu parler des gagouls comme d'êtres couards et malhonnêtes. A mon grand étonnement, celui-ci m'adressa la parole dans ma langue.
− Tu m'as sauvé. Merci.
Sa voix rauque donnait l'impression de charrier des gravillons au fond de sa gorge. Malgré mon silence, le gagoul insista en se frappant le torse du poing.
− Kronn.
− Euh… Joan, répondis-je platement.
− Merci Joan. La bête a failli me manger aujourd'hui. Je te dois quelque chose.
− Non, ce n'est pas la peine. C'était tout naturel, protestai-je avec maladresse.
Kronn secoua la tête en signe de négation puis fouilla ses frusques pour en ressortir un colifichet plutôt volumineux. Il le regarda un court instant, comme à regret. C'était un collier d'une largeur exagérée et d'une blancheur éclatante, formé par d'épais morceaux de cartilage reliés les uns aux autres à l'aide d'une ficelle. Le bon goût de l'artisanat gagoul me laissait dubitatif mais Kronn me tendit le bijou avec résolution.
− Tiens, c'est pour toi. C'est quelque chose qui donne de la chance. Je ne sais plus comment ça s'appelle, ajouta-t-il en fronçant les sourcils dans un effort de concentration.
− C'est un porte-bonheur ?
− Oui, c'est ça ! Un porte-bonheur. Tu dois le porter au cou sinon ça sert à rien. Moi, je ne peux pas, je suis trop petit. Mais pour toi, ce sera bien.
J'en conclus que le collier n'avait pas été ciselé pour un gagoul et je me demandai dans quelles conditions mon interlocuteur se l'était procuré…
J'acceptai néanmoins sa macabre offrande pour le satisfaire. Comme il insista ensuite pour que j'enfile le collier, j'obtempérai avec diplomatie, ce qui eut le don de faire sourire Kronn jusqu'aux oreilles. Nous nous séparâmes ensuite d'une amicale poignée de main.
Une fois la sympathique créature hors de vue, je cachai son inesthétique collier sous ma chemise puis grimpai sur le chariot pour poursuivre ma route. Ajoutez le porte-bonheur dans la case des objets divers.

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