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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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161

Une enseigne représentant un broc débordant de mousse et menaçant de se faire
submerger par une vague écumante m'indiqua de loin l'emplacement de la Chope Salée
parmi la dizaine d'estaminets qui faisaient face au chantier naval. Je pénétrai avec
résolution dans l'établissement qui s'avéra étonnamment dépeuplé. L'endroit était plutôt
confortable, avec des bancs rembourrés de paille le long des tables et des joncs séchés
éparpillés dans toute la pièce pour assainir le plancher.
Un garçon dans mes âges sommeillait de l'autre côté du comptoir. Il se redressa
brusquement en m'entendant entrer puis se frotta énergiquement ses joues tavelées de
taches de son afin de se réveiller complètement.
· " Salut, lui lançai-je en m'approchant. Je cherche Solveig. On m'a dit que je pourrais
le trouver ici.
· Solveig ? "
Je m'attendais à entendre les rouages de son cerveau s'ébranler à l'intérieur de son crâne
tant ma demande semblait l'avait plongé dans un abîme de perplexité.
· " Lequel ? finit-il par ajouter. J'en connais au moins deux…
· Le gros, précisai-je avec un sourire complice alors que je n'en menais pas très large.
· Ah, lui ! Il doit être dans sa chambre, je ne l'ai pas encore vu. De toute manière, il ne
descend jamais avant l'heure du dîner. Vous n'avez qu'à frapper à sa porte, c'est celle
avec le poisson. "
Là dessus, il m'indiqua un escalier dissimulé dans l'ombre de la pièce mal éclairée. Je n'en
attendais pas tant aussi remerciai-je le jeune homme avant de grimper les marches.
Celles-ci menaient à un couloir percé de portes en bois sur lesquelles étaient gravées
divers symboles en rapport avec l'océan. Ici une ancre, là une mouette en plein vol… Je
trouvai rapidement celle au poisson et y frappai deux coups secs.
· " Oui ? interrogea une voix efféminée derrière le battant.
· J'apporte la récompense, hasardai-je.
· C'est ouvert. "
Je trouvai de l'autre côté du battant une chambre relativement spacieuse pour la petite
auberge. Un personnage corpulent revêtu d'une coûteuse robe de laine chamarrée et
chaussé de moelleuses pantoufles se trouvait calé dans un fauteuil fatigué. Il leva un
visage poupin au-dessus du livre dans lequel il était plongé et fronça des sourcils aussi
blonds que sa chevelure en détaillant mon uniforme militaire.
· " Qui es-tu ? " piaula-t-il au moment où je lus dans son regard qu'il venait déjà de
trouver la réponse, pour son plus grand effroi.
Je claquai bruyamment la porte dans mon dos. Une bouffée de haine me monta
soudainement à l'égard de cet individu que je devinais lâche, cupide et plein de veulerie.
Je fondis sur lui en trois enjambées et le soulevai de son siège en attrapant les pans de sa
robe.
· " Ne me fais pas de mal ! hurla-t-il si fort que je le laissai presque tomber. Pitié, ne
me tue pas ! Je ne veux pas mourir ! Je dirai tout, je le jure ! Ne me tue pas… "
Ses cris s'achevèrent en pitoyables sanglots mais les larmes qui coulèrent le long de ses
bajoues ne diminuèrent pas ma colère.
· " Alors parle ! grondai-je en le secouant comme un prunier. Où se cachent les
kayolins et les autres pillards ? Sont-ils sur Vargass ?
· Oui… Leur repaire est tout au sud de l'île, répondit-il précipitemment en reniflant.
Dans une cache souterraine de contrebandiers creusée dans les falaises.
· Comment peut-on y aller ? enchaînai-je sans lui laisser le temps de reprendre son
souffle.
· Ce n'est pas chose facile… Il y a un promontoire qui s'avance dans la mer. Il faut
trouver un gros tas de rochers rouges empilés les uns sur les autres. Quand on y est, il
faut ensuite se mettre face à la corniche, en direction de la mer, puis avancer de neuf
pas, neuf bons pas bien allongés et se tourner alors vers la gauche. On doit encore
faire trois autres pas. Si l'on se trouve au bon endroit, il doit se produire quelque
chose si on tape alors du pied par terre. Il faut taper plusieurs fois, très fort. Je n'y suis
jamais allé mais ce sont les instructions qu'on m'a données. "
Solveig ne pouvait pas mentir. Il était bien trop terrorisé pour simuler aussi pris-je le
temps d'enregistrer ces indications dans ma mémoire avant de poursuivre l'interrogatoire.
· " Pour qui travailles-tu ? Tu espionnes pour le compte du chef des pillards ? Qui estce
?
· C'est une… une… une femme, une sorcière, bafouilla-t-il. Je ne connais pas son nom
mais je l'ai vue une fois. Elle était accompagnée d'un horrible guerrier en armure.
· Une femme ? répétai-je sans dissimuler mon incrédulité.
· Ne me frappe pas ! glapit le misérable. C'est la vérité. Elle a des pouvoirs magiques,
je l'ai vue faire. Elle m'a menacé et promis une récompense ; je n'avais pas le choix !
· As-tu vu d'autres soldats comme moi récemment ? A-t-elle parlé de soldats qu'elle
aurait faits prisonniers ?
· Non… pas que je sache.
· Ont-ils un mot de passe entre eux, pour entrer dans leur repaire ? Ou un code ? "
L'homme secoua fébrilement la tête de gauche à droite en élevant les mains.
· " Je n'en sais rien, je suis désolé. Je t'ai tout dit. Je dois juste donner quelques
informations sur les activités des gens d'ici, c'est tout. J'ai juste des rapports à faire et
le guerrier à qui je les confie ne me dis rien. Je vais arrêter maintenant, je le jure ! Dès
que je pourrai reprendre le large, je partirai loin d'ici pour faire du commerce, jusque
dans les Principautés du Zalten... ou même en Nylessia s'il le faut. "
L'évocation du premier pays me rendit le personnage encore plus antipathique et je le
lâchai sans ménagement sur le plancher. Il se releva en gémissant, puis s'écarta de moi en
me lançant un regard de chien battu.
· " Je suis sûr que c'est ce gredin de Balezon qui m'a trahi. N'est-ce pas ?
· File. Tout de suite ! aboyai-je, par trop excédé. Et que je ne te revois plus jamais. "
Il recula précipitemment, attrapa à la volée son livre et un grand sac de voyage, lança un
regard hésitant vers quelques habits étendus à l'autre bout de la chambre avant de
finalement déguerpir sans demander son reste.
J'attendis qu'il eut dévalé l'escalier pour m'affaler sur le lit, sous le coup d'une immense
lassitude qui venait de m'obscurcir l'esprit. Je savais désormais où me rendre. J'estimais
infimes les probabilités de retrouver vivants certains de mes camarades, encore moins
grandes mes chances de réussir à les tirer des griffes de ces créatures des Dures Terres et
de cette prétendue sorcière. Mais dès le lendemain matin, je me mettrai en route.
Sur cette ferme résolution, j'adressai une prière muette à Ulther pour que la force et le
courage ne me manquassent pas au moment fatidique, puis une seconde à Samara afin
qu'elle ait su protéger du trépas mes malheureux camarades de caserne.
Le soir tombait sur Kalfirk. Le jeune homme au comptoir avait laissé place à son père
mais ce dernier ne vit aucune objection à ce que je remplaçasse pour la nuit le sieur
Solveig qui s'était mystérieusement enfui dans la nature. A ma plus grande satisfaction, le
marchand espion avait déjà réglé le paiement pour cette nuit.
Joan peut prendre un dîner à la taverne pour une pistole. Sinon, il peut piocher un repas
dans son sac à dos. S'il ne mange pas, il perd 3 points de Vitalité.
Ensuite, rajoutez-lui 3 points de Vitalité pour la bonne nuit de sommeil dans un lit frais.
La tension accumulée et les épreuves des jours précédents m'avaient plus épuisé que je ne
me l'étais figuré car je me réveillai sous la clarté du soleil qui passait à travers le carreau.
A sa position déjà haute dans le ciel et au vacarme typiquement urbain qui émanait du
port, je devinai que Kalfirk était en activité depuis déjà quelques heures. Encore engourdi
par ces longues heures à dormir, je préparai mon baluchon et prit le temps d'aiguiser mon
arme en prévision des prochains combats. Cet exercice acheva de me réveiller et je
descendis rapidement l'escalier de la taverne afin de regagner le temps perdu.
Le fils avait remplacé le père derrière le bar et celui-ci me salua amicalement. Comme il
ne me proposa aucune collation matinale gracieusement offerte par la maison, je sortis
sans attendre plus longtemps et remontai l'avenue populeuse à grands pas. A la sortie de la ville, j'empruntai la route menant vers Stromness, pensant ensuite longer la Noss vers le sud pour atteindre les fameuses falaises.

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