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211

Ma surprise fut grande quand je reconnus la très jolie fille de la Petite Pépite. Que pouvait-elle bien faire ici à espionner les dangereux Zalténites ?
La lumière surgit en quelques instants dans mon esprit. Le prisonnier barbu m'avait précisé que Siméon était le propriétaire de la taverne.
Cette jeune femme ne devait pas être une serveuse travaillant pour son compte mais plutôt son épouse ou sa fille ; et celle-ci avait visiblement l'intention de tirer elle-même son mari ou père des griffes de ses ravisseurs.
Son courage raffermit encore plus l'attirance impulsive que j'avais éprouvée envers elle en la rencontrant dans la taverne. Il me fallait attirer son attention avant qu'elle ne se décide à tenter l'irréparable mais si j'essayais de m'approcher d'elle, sa réaction risquait de nous faire tous deux repérer par les pillards postés près de la cabane.
Je ramassai une branche pas trop grosse et la lançai à quelques pas derrière elle. Le son produit était suffisamment ténu pour ne pas alerter les étrangers mais réussit quand même à attirer l'attention de la jeune femme qui se retourna, son beau visage crispé par l'inquiétude.
Je me redressai lentement et agitai les bras pour l'inviter à me rejoindre. Sa bouche s'ouvrit sous l'effet de la surprise mais elle avait des nerfs d'acier et elle sut contenir le cri qui lui était monté aux lèvres. Elle resta à m'observer pendant un long moment, lança un coup d'oeil en direction des hommes qui n'avaient pas bougé dans la clairière, puis consentit
enfin à me rejoindre en rampant silencieusement. Je lui souris timidement quand elle parvint à ma hauteur mais son expression en disait long sur son état de nervosité. Cependant, le couteau avec lequel elle me menaçait ne tremblait pas d'un pouce.
− Que fais-tu là ? me chuchota-t-elle hargneusement.
− Je cherche à libérer un certain Siméon. Il paraît que les Zalténites l'ont enfermé par ici, répondis-je en désignant la clairière du menton.
− Tu veux délivrer mon père ?
Elle écarquilla ses grands yeux sombres, ayant visiblement du mal à me croire bien que ma présence à cet endroit ne pouvait trouver aucune autre justification. Quant à moi, l'information que je venais de glaner sur son ascendance m'inspira une réjouissance incongrue. J'admets, avec le recul, que mon soulagement de savoir cette jeune femme non mariée était vraiment puéril alors que des tueurs se trouvaient à seulement à vingt pas de nous.
− Pourquoi fais-tu ça ? s'enquit-elle avec suspicion. Tu es un mercenaire ?
− Non, pas du tout. Je suis venu à Asguenn pour bien d'autres raisons mais les Zalténites me sont tombés dessus et m'ont ensuite emprisonné dans les mines. Avant que je réussisse à m'évader, les autres captifs m'ont raconté ce qui était arrivé avec ces pillards. Ma famille risque bientôt d'être attaquée à son tour. Elle tient aussi une auberge, mais sur
la route d’Haquilon. Je voulais acheter des armes par ici mais c'est devenu impossible à cause de ces Zalténites. C'est pour ça que j'aimerai tenter de sauver ton père. On m'a affirmé qu'il est le seul capable de tenir tête aux envahisseurs puisqu'il a déjà préparé un début de rébellion parmi les habitants d’Asguenn. C'est bien vrai ?
La jeune femme acquiesça d'un hochement de tête en me regardant gravement. Son expression se détendit et le ton de sa voix se fit plus amène.
− Tu as échappé aux pillards ? Bel exploit… Et maintenant, plutôt que de retourner chez toi, tu préfères libérer mon père ? C'est très noble de ta part de prendre autant de risques pour des gens que tu connais à peine.
− Disons que nos intérêts sont les mêmes, répondis-je après une hésitation. Et il aurait été vraiment égoïste de ma part de m'enfuir d'Asguenn sans rien faire.
− Il n'empêche que tout le monde n'aurait pas réagi comme toi, rétorqua-t-elle.
Je haussai les épaules, gêné par la tournure de la conversation même si les compliments de la jeune femme me réjouissaient en mon for intérieur.
− Bon, allons voir ensemble comment la situation se présente, proposai-je. A nous deux, nous aurons plus de chances de délivrer ton père, non ?
Elle n'y vit aucun inconvénient et nous gagnâmes ensemble l'abri qu'elle venait de quitter à la lisière de la clairière, non sans nous être au préalable présenté l'un à l'autre. Elle s'appelait Ana et son prénom se grava à jamais dans ma mémoire.

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