Lecture des livres dont vous êtes le héros
30 Mars 2014
Je commençai franchement à regretter l'idée saugrenue d'avoir pénétré dans ce souterrain.
Mon sens de l'orientation m'indiquait toutefois que je me dirigeais approximativement
vers les terres et j'avais l'espoir de regagner la côte de Vargass sans avoir à revenir sur
mes pas.
Le boyau déboucha peu après sur une grande caverne circulaire. Elle était occupée en son
centre par un large bassin dont les eaux turquoise semblaient éclairées par de mystérieux
lampions immergés. Je m'en approchai prudemment mais ne découvris pas la source de
cette étrange lueur qui parvenait à illuminer la caverne jusqu'à son plafond.
Le sol grimpait doucement derrière le bassin et menait jusqu'à l'entrée d'un nouveau
tunnel, la seule issue apparente à la grotte inondée. Un énorme bénitier reposait sur la
roche humide entre le bassin et cette ouverture. Mort depuis bien longtemps, le
mollusque atteignait au moins huit pieds de long. Ses deux coquilles béantes et creuses
semblant inviter à recevoir quelque offrande supplémentaire en sus des cadavres
déchiquetés qui reposaient déjà en son sein.
Cette découverte me figea sur place. Je cherchai des yeux le responsable de cette tuerie
tout en déposant ma source d'éclairage à terre pour tenir mon arme plus commodément.
Après une minute d'attente, l'eau près de la rive opposée du bassin se troubla. Une ride
circulaire à la surface précéda la soudaine apparition d'un individu qui sortit sans effort de
l'eau en me tournant le dos. Malgré sa silhouette vaguement humaine, la créature semblait
tout droit sortie d'un mauvais rêve avec sa peau grise et lisse de requin, ses quatre longs
membres qui s'agitaient mollement à la manière de tentacules et son crâne pointu derrière
lequel flottait une répugnante membrane, comme si un crapaud mort lui tenait lieu de
chevelure.
Un redoutable instinct dut l'avertir de ma présence car il se retourna pour me présenter un
faciès humain, abstraction faite des petites écailles recouvrant son épiderme et des boules
noires à la place de ses yeux. S'agissait-il d'un représentant de la légendaire race des
ondins, que craignent tant les pêcheurs du nord de la Tannorie ? Le harpon en ivoire qu'il
tenait au bout de son semblant de bras m'incitait cependant à ne pas m'appesantir sur la
question.
Si Joan possède un arc, au moins une flèche, et qu'il souhaite tirer sur la créature,
s'il contourne le bassin pour l'affronter au corps à corps,
s'il adopte une attitude pacifique en tentant de communiquer.