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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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L'intérêt d'Ana pour mon histoire s'accrut au fur et à mesure que je lui expliquais les détails de mon expédition. Quand j'eus terminé, son chiffon pendait inutilement de sa main et elle m'observa avec une attention soutenue. Elle se pencha alors doucement vers moi et pendant un très bref instant, je crus qu'elle allait m'embrasser.
− Monte dans ta chambre, me chuchota-t-elle. Je viendrai te retrouver dès que j'aurai terminé mon travail. Surtout, ne bouge pas d'ici. Tu es en danger. Je t'expliquerai tout à l'heure.
J'allais l'interroger mais elle me tourna ostensiblement le dos pour procéder au rangement de la vaisselle essuyée dans divers placards, à l'autre bout du comptoir. Je ne savais que faire. Mais quand sa mère revint dans la salle, je renonçai à soutirer des explications auprès d'Ana et je demandai à la patronne à voir ma chambre. Celle-ci me tendit alors une clé en fer rongée par la rouille puis m'accompagna diligemment à l'étage.
Ma chambre était une mansarde plutôt proprette mais au mobilier fort sommaire. Un lit au sommier avachi m'attendait à côté d'un baquet d'eau froide pour les ablutions et seule une table basse était disponible pour recevoir mes vêtements. Quand la mégère me laissa seul, je m'allongeai sur les draps et pris mon mal en patience en cherchant à répondre aux mille questions qui me traversaient l'esprit.
Alors que la nuit était tombée sur Asguenn et qu'un clair de lune illuminait mon plancher à travers la fenêtre, de faibles coups se firent entendre à ma porte. Quand je lui ouvris, Ana se faufila à l'intérieur avec la prudence d'une personne redoutant d'être espionnée. La venue de cette si attirante jeune femme dans ma chambre prenait des allures de rendez-vous galant et mon coeur battait bien plus vite qu'à l'accoutumée. Cependant, son visage fermé et anxieux eut tôt fait calmer mon émoi.
− Excuse-moi pour tout à l'heure mais j'avais peur que ma mère nous entende. Au fait, je m'appelle Ana.
− Moi, c'est Joan, réussis-je à balbutier.
− Alors écoute-moi bien, Joan. Tu n'as pas l'air d'être au courant de la situation mais Asguenn s'est faite attaquer il y a dix jours par des dizaines de cavaliers zalténites. Tu connais les Principautés du Zalten ? C'est un pays très chaud, désertique, qui se trouve au-delà du fleuve Dornos et de l'autre côté des Monts Galabad. Bref, ces étrangers sont arrivés par surprise et ils ont massacré beaucoup d'hommes avant de soumettre tous les habitants d'Asguenn. Nous avons cru au début les voir partir une fois que nous leur aurions cédé toutes nos richesses, mais non. Ils sont restés et se contentent d'être nourris et logés à nos frais. Enfin… pas exactement.
Certains d'entre eux supervisent le travail des mineurs et en ont fait de véritables esclaves, leur laissant juste de quoi survivre. Tous les hommes jeunes et valides y ont été envoyés de force. Quant aux autres, ils continuent leur activité mais pour le compte de ces pillards.
− C'est incroyable ! Personne n'a cherché à s'organiser contre eux ?
Personne n'a tenté de contacter le roi pour le prévenir ? Il pourrait envoyer ses soldats pour vous venir en aide.
Les magnifiques yeux noirs d'Ana s'embuèrent. Elle se mordit la lèvre pour empêcher les larmes de couler puis reprit d'une voix légèrement défaillante.
− Si, bien sûr, certains ont voulu résister ou quitter la ville en douce mais ils ont été soit tués, soit incarcérés quelque part dans les mines. Depuis, nous n'osons plus bouger de peur d'être abattus par ces brutes. Quant au bourgmestre, c'est un pleutre qui se terre dans sa résidence en baisant presque les pieds de ces envahisseurs.
Elle se tut à nouveau comme pour me laisser assimiler ces terribles nouvelles. Je ne savais que lui répondre aussi attendis-je qu'elle poursuive.

− Mon père par contre a voulu organiser une rébellion contre l'envahisseur. Cela faisait déjà plusieurs jours qu'il collectait des armes et les cachait pour les distribuer aux mineurs dans l'intention d'attaquer les pillards par surprise. Mais il a été trahi. Les pillards sont venus à l'auberge, l'ont attrapé sous mes yeux et l'ont emmené. Il est maintenant retenu dans une cabane dans les bois et ils doivent le torturer demain devant toute la population d'Asguenn pour en faire un exemple…
− C'est ignoble ! Il faut les empêcher ! m'exclamai-je avec fougue.
La jeune femme parut satisfaite de ma réaction et opina de la tête.
− Et c'est ce que je compte faire. Je sais exactement où mon père est retenu captif et je compte le délivrer. Mais je sais bien que toute seule, je vais avoir du mal à me débarrasser des hommes qui le surveillent.
C'est pour ça que je viens te demander de l'aide. Apparemment, ta famille est menacée par ces mêmes bandes de pillards et tu peux donc comprendre notre malheur, à quel point notre situation est désespérée.
De plus, tu ne pourras pas obtenir d'armes ici tant que ces barbares seront dans les parages, vu qu'ils ont tout réquisitionné.

Mais Ana n'avait plus besoin de trouver des arguments supplémentaires pour me convaincre. Son courage me fascinait en même temps que m'horrifiaient les exactions des Zalténites à l'encontre de cette communauté sans défense.
J'aimerais dire que je pris la décision d'aider cette fille dans l'unique souci de voler au secours de faibles gens. Mais pour être franc, je crois que l'idée de recueillir la gloire d'un tel exploit fut bien plus déterminante dans mon choix. Je n'avais que seize ans et j'étais déjà tellement épris d'elle que, si elle m'avait demandé de l'accompagner pour une ballade au coeur des Dures Terres, j'eus été capable d'accepter…
− Très bien. Tu veux qu'on y aille tout de suite ? demandai-je avec assurance.
Elle me gratifia d'un bref sourire avant de sortir une dague de sa houppelande.
D'un air songeur, elle posa son regard sur ma propre arme que j'avais posée sur la table basse.

- Il y aura du danger là-bas et j'ai bien peur que l'on ait besoin de se battre pour délivrer mon père. Es-tu bon combattant, Joan ? s'enquit-elle à brûle-pourpoint.

Si Joan possède le talent bagout.

Sinon.

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