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Le Site dont vous êtes le Héros

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350

Allongé sur ma couche, j'observais les minuscules particules en suspension au sein du rayon lumineux qui se faufilait par la fenêtre de ma chambre. Mes pensées avaient désormais cessé de vagabonder et ma décision était prise.
Quelques minutes auparavant, Finnan m'avait décrit la fin des combats avec sa volubilité coutumière. La moitié des agresseurs avait péri mais l'autre était parvenue à s'enfuir avec plusieurs montures de la patrouille.
Par bonheur, très peu d'écuyers avaient trouvé la mort dans la bataille et Silas tout comme nos parents étaient sains et saufs. Finnan m'avait également appris que le jeune chevalier avait évoqué l'hypothèse de poursuivre sa mission vers le sud du pays avec seulement une partie de son contingent. Ceux sans chevaux retourneraient à la capitale pour informer le roi Pargalion des faits de cette nuit. Puis, mon frère m'avait laissé en m'avertissant que les soldats n'allaient pas tarder à s'en aller et qu'un solide petit déjeuner m'attendait en bas.
C'était une dizaine de minutes auparavant.
Les voix et les mouvements à l'extérieur gagnaient peu à peu en intensité.
Avant qu'il ne fût trop tard, je me redressai pour m'habiller de vêtements en meilleur état que ceux de la veille. Délaissant les sandales que ma mère avait posées à mon intention au pied de ma couche, je cherchai mes bottes de voyage dans mon coffre et les enfilai, en regrettant de ne plus avoir le temps de les décrotter. Je m'empressai ensuite de gagner le
rez-de-chaussée mais tous étaient rassemblés dehors.
Le chevalier se tenait déjà sur sa monture. Il donnait ses ultimes instructions à l'un des cavaliers devenus fantassins contre leur gré, sous le regard de ma famille sortie pour souhaiter bonne chance aux hommes d'armes. Sans l'ombre d'une hésitation, je me plantais à proximité du jeune noble, jusqu'à ce qu'il remarque ma présence et baisse son regard métallique sur moi.
− Je désire me rendre à la capitale pour proposer mes services dans l'armée du roi, lui annonçai-je d'une voix claire. Messire, permettez-moi d'accompagner vos hommes jusqu'à Haquilon.
Un murmure parcourut les rangs des écuyers et je vis une expression amusée se dessiner sur le visage du plus proche. Mes paroles n'eurent cependant pas le même effet sur ma mère que j'entendis éclater en sanglots. Le chevalier, quant à lui, se frotta le menton avec une certaine perplexité.
− Et bien… Je n'y vois pour ma part aucun inconvénient. Mais tu devrais quand même respecter l'avis de tes parents sur ce sujet avant de prendre une décision définitive, dit-il en avisant ma mère éplorée.
Il m'indiqua l'homme qui avait reçu ses instructions.

− Si votre père consent à ce que vous rejoigniez les rangs de l'armée royale, vous devrez alors obéir en tout point au sergent Solkane jusqu'à ce que vous soyez officiellement intégré dans les rangs.

L'intéressé hocha la tête puis me fixa d'un air autoritaire. Les cavaliers firent ensuite leurs adieux à leurs compagnons et s'engagèrent sans perdre plus de temps sur la piste de Milona. Je me tournai vers le sergent qui cligna des yeux en signe d'assentiment puis me dirigeai vers mes deux frères interloqués et mes parents effondrés. Aucun d'eux ne me demanda d'expliquer mes motivations, et je leur en fus gré. Si mon père avait été effleuré par l'idée de s'opposer à ma décision, il n'en laissa rien paraître. Ma mère non plus ne me supplia pas de rester, mais elle me fit promettre à de multiples reprises de revenir vers eux aussi souvent que possible. Je les serrai sur mon coeur avec amour. Je savais qu'ils allaient me manquer mais le feu intérieur qui brûlait en moi depuis ma décision n'était pas prêt de s'éteindre. En embrassant Silas, je vis qu'il recherchait l'origine de la flamme luisant au fond de mes yeux.
Je savais ce que je perdais. Je savais pourquoi je quittais mon foyer si abruptement. Mais il était trop tard pour le lui expliquer désormais ; et il n'aurait peut-être pas compris.
Quand je rejoignis mes nouveaux compagnons, le sergent Solkane me tendit la lance d'un patrouilleur trépassé à la suite du combat. Il donna enfin le signal du départ et j'abandonnai derrière moi les fantômes d'Asguenn.


Epilogue

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