Lecture des livres dont vous êtes le héros
26 Mars 2014
Tandis que je progressais vers l'abri de la commode avec la lenteur et la discrétion d'un serpent, les quatre guerriers s'esclaffèrent bruyamment au milieu de leur conversation, sans doute en réponse à une blague de leur cru. Profitant de leur distraction, je continuai après une brève hésitation, mais conscient que je pouvais à tout moment être découvert si l'un d'eux tournait son regard vers l'entrée de la pièce. Le coeur battant, je parvins à atteindre le meuble. Je me redressai sur les genoux puis fis glisser mes mains sur le rebord de la commode où reposait le cimeterre que je convoitais. Mes doigts se refermèrent sur la poignée de l'arme et je la soulevai avec mille précautions car son poids n'était pas
négligeable. Ne disposant pas de fourreau, je coinçai la lame dans mon dos en la glissant sous mon ceinturon puis me remis à ramper sur les coudes pour quitter la pièce. Comme cette technique m'avait permis de gagner la commode sans me faire repérer, je m'efforçai de conserver la même allure bien que l'envie de me précipiter vers l'ouverture me
démangeait au plus haut point.
J'avais enfin rejoint le seuil de la salle quand mes pires craintes se réalisèrent. L'un des gardes poussa un cri et tous se levèrent de table dans un concert de raclements de chaise et de jurons incompréhensibles.
Je bondis aussitôt dans le tunnel pour fuir ce combat inégal. Je courais depuis peu dans le boyau, j'aperçus à son extrémité une ouverture par laquelle se profilaient des sapins baignés par la lumière tombant des astres nocturnes. Sentant enfin le vent de la chance tourner en ma faveur, je redoublai d'efforts en comptant bien semer mes poursuivants dans la forêt mais la vision d'une incroyable sentinelle me fit pousser un gémissement de désespoir. Un rapace grand comme un cheval était enchaîné à la sortie du tunnel et poussait des piaillements surexcités. Coincé entre le marteau et l'enclume, je tentai une manoeuvre désespérée en essayant de passer comme une flèche entre la paroi et l'oiseau géant mais mon arrivée bruyante avait alerté la créature et je ne pus éviter le coup de bec qu'elle m'infligea. Je m'écroulai sur le sol, incapable de résister au monstrueux animal qui larda ma carcasse de ses serres jusqu'à ce que la mort vienne me prendre.