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Mon dernier adversaire s'effondra après avoir reçu un violent coup à la poitrine. Il lâcha son arme, mit les deux mains à la hauteur de son coeur comme s'il cherchait à le protéger, roula des yeux et s'effondra sur la piste, prostré comme un dormeur transi de froid.
Ce fut seulement à cet instant que je ressentis la douleur provoquée par les multiples entailles. Mes vêtements étaient déchirés en maints endroits et du sang s'écoulait lentement d'une blessure à la cuisse et d'une autre sur toute la longueur de mon avant-bras gauche. Je tombai à genoux dans un râle, le souffle coupé par la fatigue du combat. Quand
ma respiration fut devenue plus régulière, je me dirigeai vers le tonnelet d'eau pour m'y abreuver la tête la première. Une fois ma soif étanchée, je tentai maladroitement de nettoyer mes blessures où le sang se mêlait à la terre. Je constatai avec soulagement qu'elles n'étaient pas si profondes.
J'allais survivre.
J'entrepris alors d'examiner les corps inertes des trois coupe-jarrets. Leurs vilaines contusions jaunissaient déjà et malgré ma propre faiblesse, je m'inquiétais de les avoir trop salement amochés. L'inspection des deux premiers me rassura car je perçus leur souffle en me penchant sur eux. Mais en m'approchant du troisième, je vis du sang qui coulait
abondamment de sa blessure à la tête et la poussière autour prenait une effrayante teinte noirâtre. Avec fébrilité, je me penchai sur son visage, cherchant sa respiration. Mais l'homme était mort.
Je restai plusieurs minutes ainsi, accroupi devant le cadavre, l'esprit à la fois confus et affreusement vide. Une humeur grise se mélangeait très doucement au fluide carmin.
J'ai entendu dire que l'on peut ressentir un sentiment de perte indéfinissable lorsque l'on découvre pour la première fois l'acte d'amour ; comme si un morceau de nous même disparaissait en même temps que l'on devenait un homme. Moi, à ce moment précis, j'avais l'impression que des pans entiers de mon innocence s'effondraient, sans que j'eusse la
moindre possibilité de les retenir.
Mon engourdissement se dissipa peu à peu et je me ressaisis en pensant à ma famille en danger. L'idée que mes parents et mes frères soient assaillis par une horde de brutes du même acabit que celle qui gisait devant moi me fouetta les sangs et j'entrepris avec résolution de fouiller les trois cadavres. Je découvris sur eux quelques pièces que j'empochai sans scrupules (ajoutez 4 pistoles au contenu de la bourse) puis m'intéressai à leurs armes. Les sabres étaient quelque peu piquetés de rouille mais avaient gardé tout leur tranchant, comme je l'avais si cruellement constaté. J'en pris un dans ma main et sa légèreté acheva de me convaincre qu'il me serait bien plus utile lors d'une éventuelle confrontation que ma massue mal équarrie. Notez un ou deux sabres dans la case armes (sans dépasser la limite de deux armes). Contrairement au gourdin, un sabre ne diminue pas l'Adresse en combat.
Pour soulager ma conscience, je déplaçai ensuite les corps jusque dans les taillis. Curieusement, l'idée d'un voyageur les apercevant en travers de la route me répugnait. Je remontai ensuite dans l'attelage et intima à Bouffi l'ordre de continuer encore un peu avant la tombée de la nuit.

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