Lecture des livres dont vous êtes le héros
22 Mars 2014
Il semble que l'imprégnation que son pouvoir d'immortel a laissé en vous a permis à votre âme de survivre dans l'au-delà. Votre détermination et votre volonté de vivre sont telles que vous avez réussi à réintégrer le royaume des vivants.
L'espace qui vous entoure ressemble à un désert aride et infini noyé dans les étoiles, et une tension presque palpable s'éternise tandis qu'Abadon vous regarde impassiblement brandir votre épée. Bien qu'il soit immobile, son ombre s'étend anormalement et s'agite sur le sol comme une plaie béante, l'extension suppurante d'une noirceur impossible à contenir.
-Ma soif vengeresse ne trouvera satisfaction que lorsque le dernier des habitants des deux mondes verra ses tripes se répandre sur le sol, et tu seras le premier à voir ton propre sang
t'asperger le visage ! Rugit-t-il en faisant apparaître une terrible faux dans sa main.
-Jamais je ne te laisserai me reprendre ce qui m'appartient ! Le défiez-vous d'une voix trahissant la peur qui vous assaille.
Car vous avez conscience de n'avoir quasiment aucune chance de l'emporter face à cet être immortel. Vos pensées s'accélèrent à toute vitesse dans votre esprit pour échafauder un plan. Le seigneur démon perçoit votre appréhension comme s'il lisait en vous comme dans un livre ouvert, et sans doute a-t-il conscience que vous êtes la seule chose qui le retient captif. Il vous suffirait juste de vous réveiller pour lui échapper.
-Je dois me réveiller, explicitez-vous, espérant que ce royaume inconnu dans lequel vous êtes immergé réponde au fonctionnement d'un rêve dont on puisse s'extirper par la volonté. -Misérable coquille vide, s'exclame le démon avec mépris, tu n'es rien ni personne.
-Je dois me réveiller, répétez-vous en fermant les yeux.
Le ton d'Abandon devient plus pesant encore.
-Tu n'as prolongé ta pitoyable existence qu'à travers d'un clignement de la mienne, raille-t-il, tu n'existes pas !
Vous stoppez net votre litanie, car ses mots, loin de vous accabler ne font que réveiller en vous une fureur trop longtemps enfouite. Pensant vous avoir piqué au vif, Abandon vous lance un regard narquois.
-On m'a répété toute ma vie que je n'étais rien, reprenez-vous après un long moment de silence, et même si je n'ai réussi à prolonger mon existence que d'un simple battement de cils grâce à toi, je suis ici seul maître de ma destinée ! Tu n'es qu'une ombre démon, l'ombre d'une lumière dont tu ne ressentiras jamais la chaleur. Tu n'es qu'un vide qui se nourrit de la peur que tu insuffles dans le cœur des hommes et sans laquelle tu n'es rien ! Comme tous ceux de ta maudite race!
Votre réponse cinglante le fait d'abord vaciller de surprise, d'autant plus touché dans son incommensurable orgueil il se met à suffoquer de fureur. Son visage se tord dans un ignoble rictus alors qu'un grondement effroyable s'élève de ses entrailles, d'un seul geste il se précipite sur vous et...
Vous ouvrez les yeux. Le visage de Stridge est penché sur le vôtre et une vive inquiétude se lit dans son regard. Vous clignez des yeux quelques instants en comprenant ce qui vient de se passer. Vous aviez raison, si surpuissant soit-il, Abandon restera incapable de prendre le contrôle, et tant que votre cœur battra dans votre poitrine il restera dans sa prison.
-Tu vas bien ? S'inquiète Stridge.
Un délicieux sourire vient éclairer votre visage, alors que vous vous levez d'un bond.
-Mieux que jamais, je sais enfin qui je suis ma belle. Maintenant finissons-en !