Lecture des livres dont vous êtes le héros
27 Mars 2014
En rasant les murs, j'atteignis une porte étroite située à l'arrière du bâtiment. Je me saisis du loquet mais évidemment, cette entrée était verrouillée. Quelques mètres plus loin, Dame Fortune se décida à me sourire. Calvyn avait laissé ouverte une fenêtre circulaire à l'étage, sans doute pour permettre à la brise du soir de rafraîchir l'atmosphère de sa maison. Comble de chance, une barrique destinée à recueillir l'eau de pluie était placée juste en dessous. Je fermai le fût avec le couvercle qui gisait dans l'herbe puis grimpai dessus afin d'atteindre la lucarne. Celle-ci s'ouvrait sur une pièce de modestes dimensions mais meublée avec goût. Comme personne ne s'y trouvait, je me hissai à la force des bras et
me faufilai comme un cambrioleur dans le petit salon.
Deux portes permettaient de quitter les lieux et l'une d'elles était entrebâillée.
Je m'arrêtai subitement en entendant des voix en provenance de la pièce située derrière celle-ci. A pas de loup, j'approchai finalement de la porte et risquai un oeil par l'ouverture. Dans une vaste salle à manger, le bourgmestre conversait avec un homme à l'allure martiale. Sec comme un coup de trique, l'inconnu n'en impressionnait pas moins avec son visage sévère et son uniforme militaire : d'étranges vêtements bouffants or et pourpre qui dépassaient de sous un plastron rouge sang.
Sa peau hâlée et sa barbiche noire taillée en pointe m'incitèrent à penser qu'il était originaire de contrées plus méridionales que la Tannorie.
Calvyn semblait terrorisé face à cet étranger qui parlait notre langue avec un accent saccadé.
− Inutile de pleurer, il nous faut plus de chambres. Les renforts arriveront d'ici deux à trois jours et je ne souhaite pas qu'ils dorment sous des tentes.
− Mais où vais-je pouvoir loger si vos hommes occupent aussi le rez-de-chaussée ? protesta d'une voix geignarde le bourgmestre tout contrit. Je vous ai déjà tant aidé. C'est un peu grâce à moi si vous avez réussi à prendre Siméon…
− Ça suffit ! explosa l'officier. Je dois justement le préparer pour la cérémonie de demain et je n'ai donc pas de temps à perdre avec toi. Commence à vider les pièces du dessous et ne discute pas. Ma patience a des limites !
Sur ces mots, il empoigna le coude du gros notable et l'entraîna avec lui hors de la pièce en ouvrant une autre porte. J'en profitai pour traverser la salle à manger et les suivre jusqu'à un palier d'où partait un couloir lambrissé. Dissimulé dans l'embrasure, je vis le bedonnant Calvyn qui descendait tête basse les marches d'un escalier en se tenant à la rampe.
L'étranger quant à lui entra dans une autre pièce un peu plus loin dans le couloir et en referma la porte derrière lui. Hormis la respiration haletante du bourgmestre qui descendait péniblement au rez-de-chaussée, le silence reprit ses droits aux alentours.
S'il préfère attendre dans la salle à manger que l'étranger soit endormi avant de fouiller l'étage
ou de faire des recherches dans l'une des autres pièces donnant sur le couloir.
S'il ressort du manoir par le même chemin pour trouver un logement plus tranquille.