Lecture des livres dont vous êtes le héros
27 Mars 2014
− Attends, dis-je au moment où la jeune femme s'apprêtait à s'élancer. C'est trop risqué d'y aller maintenant. Il vaudrait mieux attendre encore un peu…
Son regard se durcit et elle me considéra avec une telle irritation que je regrettai presque ma suggestion. Je comprenais l'empressement d'Ana à vouloir secourir son père mais ses sentiments lui ôtaient toute prudence et un tel emballement risquait de causer notre perte. Je tentai donc de conserver un air déterminé malgré sa réaction hostile.
Finalement, ses traits se détendirent et elle contint son impatience pour me répondre.
− Très bien. Nous allons faire un détour pour les éviter. Mais nous partons maintenant.
− D'accord. Je te suis, abdiquai-je, conscient que je n'obtiendrai guère mieux.
Ana s'élança alors à l'assaut de la pente qui nous avait conduits malgré nous au fond du vallon. Je ne pus m'empêcher d'admirer au cours de l'ascension le corps souple et harmonieux de la jeune femme qui se jouait des obstacles avec l'aisance d'une biche. Mais cette distraction tourna court quand je vis ma compagne courir dans les bois sans même
nous laisser le temps de souffler. Je la suivis alors, non sans maudire sa dangereuse témérité.
Ne connaissant pas les lieux, j'ignorais si Ana tenait sa parole en nous faisant éviter dans un premier temps le secteur proche de la cachette de Siméon, mais l'absence de voix ennemies aux alentours me rassura légèrement.
Les bois s'éclaircissaient peu à peu en même temps que les buissons épineux se raréfiaient et les hêtres aux troncs lisses et marbrés avaient laissé place à une forêt de mélèzes plus espacés les uns des autres. La mousse assourdissait nos foulées et seul nos halètements troublaient la sérénité blafarde de ce domaine végétal.
Je gagnais du terrain sur Ana qui commençait enfin à donner de petits signes de fatigue quand celle-ci s'enfonça sans prévenir dans le sol jusqu'à la taille en poussant un cri de surprise. Je freinai des quatre fers en croyant qu'elle était tombée dans un trou d'eau mais elle se débattait mollement et semblait en fait emprisonnée dans le sol comme dans une
gangue terrestre. Un rapide examen du terrain me confirma la présence de sable et de boue mélangés et je me creusai les méninges pour trouver un moyen de sortir Ana de la fondrière.