Lecture des livres dont vous êtes le héros
27 Mars 2014
Ana ne semblait pas être une fille facile à abuser mais je ne pus résister à la tentation de l'impressionner. Je fronçai les sourcils en feignant une légère hésitation.
− Qu'entends-tu exactement par bon combattant ?
− Je me demandais si tu savais te servir d'une épée, si tu avais déjà affronté quelqu'un avec une arme, si tu avais déjà tué quelqu'un en combat…
J'adoptai une expression gênée, celle d'un homme trop modeste pour aimer s'épancher sur ses exploits. Je lui répondis en regardant mes pieds.
− Oui, ça m'est malheureusement arrivé. Que Samara soit témoin que je ne l'ai pas voulu, pourtant. Je me suis fait attaquer hier soir par des brigands avant d'arriver à Asguenn. Ils ne m'ont pas laissé le choix ; ils m'ont sauté dessus comme des sauvages et j'ai dû me défendre ou ils allaient me tuer. Mon mensonge éhonté produisit son effet.
− Des brigands ? s'exclama Ana avec stupeur. Mais combien étaient-ils ?
− Trois.
− Trois ! Et tu les as tous tués ? Mais ils ont dû te blesser ?…
− Effectivement, je vais avoir une belle cicatrice, fis-je en désignant mon flanc. Mais bon… rien de très grave sinon je ne serais pas là, ajoutai-je avec un pauvre sourire.
La jeune femme me considéra gravement puis s'écarta pour revenir vers la porte.
− Prends tes affaires, Joan. Nous allons faire un petit détour au sous-sol avant d'aller chercher mon père. Mais ne fais pas de bruit surtout. Si ma mère nous entend, elle va alerter les pillards qui dorment ici.
− Quoi ? Il y a des étrangers dans les autres chambres ?
Ana hocha la tête en m'incitant à ne pas élever plus la voix.
− Mais pourquoi ta mère nous empêcherait-elle de sortir ?
− Parce qu'elle est bien contente de la situation. Cela fait des années que mes parents se détestent et elle n'a pas versé une larme quand ils sont venus prendre mon père. Je suis presque certaine que c'est elle qui leur a appris qu'il était le chef de la résistance. Depuis qu'ils sont arrivés, elle ne cesse de faire des pieds et des mains pour s'attirer leurs faveurs.
Et cet après-midi, j'ai même vu cette catin s'enfermer dans sa chambre avec l'un d'entre eux.
Je blêmis devant l'expression haineuse de la jeune femme. Après un silence pesant, elle parvint à reprendre son calme et je m'empressai de préparer mon paquetage pour ne pas la faire patienter plus longtemps. Nous sortîmes de la chambre en catimini et descendîmes le vieil escalier jusqu'à la salle commune. Je suivis Ana dans l'arrière-cuisine puis dans
un cellier où planait l'odeur doucereuse de légumes et de fruits empilés dans des cageots. Ma compagne se dirigea vers une armoire également garnie de victuailles et passa la main en dessous pour en retirer un coffre en bois garni d'une serrure. Elle l'ouvrit grâce à une clé cachée dans sa houppelande et en sortit un marteau de guerre rutilant dont la tête métallique représentait un aigle au bec disproportionné. Quand elle me tendit l'arme, je n'osai esquisser un geste pour m'en saisir.
− Prends le, insista Ana. Il te sera utile si nous devons nous battre tout à l'heure.
− Il est magnifique, balbutiai-je en attrapant le manche du marteau.
− Mon père l'a reçu en cadeau. Il avait rendu service à un flinn qui lui a ensuite forgé cette arme en signe de gratitude.
− Un flinn ?
Ana opina du chef. Je n'avais jamais rencontré le moindre de ces géants qui vivaient dans de lointaines montagnes. Mais la réputation de leurs forges souterraines avait franchi toutes les frontières. Avec un respect immense, j'attachai le marteau par la dragonne à mon ceinturon.
Ajoutez le marteau d'airain dans la case des armes. Il est d'une telle qualité que Joan gagne 2 points d'Adresse lorsqu'il se bat avec. Ma compagne referma ensuite le coffre et nous sortîmes du cellier pour gagner en silence la porte menant à l'extérieur.