Lecture des livres dont vous êtes le héros
30 Mars 2014
Les marches me menèrent à une porte dotée d'une serrure mais qui n'était par bonheur pas
verrouillée. De l'autre côté, la lumière bleue des veines de cristal laissait place à celle plus
conventionnelle d'un flambeau crépitant, preuve que la forteresse était encore habitée. En
refermant le battant dans mon dos, je remarquai que celui-ci s'insérait dans une boiserie
de façon à demeurer pratiquement invisible à ceux ignorant son existence.
Je me trouvais à présent dans un corridor se terminant à main droite par une porte cloutée
et s'ouvrant à main gauche sur une pièce brillamment éclairée. La porte se situant à
seulement quelques pas de moi, je m'approchai d'elle et en testai le loquet. Comme l'huis
me résistait, bloqué de l'autre côté par une barre ou simplement fermé à clé, je suivis le
couloir dans l'autre sens.
J'avais presque atteint l'arche voutée menant à la grande salle quand une voix rauque me
figea sur place. Je crus un instant avoir été repéré mais une seconde voix à la même
sonorité lui répondit, m'apprenant que plusieurs créatures se trouvaient dans les parages.
Je m'approchai subrepticement du seuil de la pièce et découvris une salle de banquet
occupée sur toute sa longueur par deux rangées de longues tables. De belles tentures
représentant surtout des scènes de chasse habillaient les murs tandis que plusieurs
chandeliers souillaient de cire fondue les nappes blanches qui recouvraient les meubles.
Six épaisses colonnes d'albâtre jalonnaient symétriquement la salle. C'était derrière la
plus proche qu'étaient assis les trois kayolins en train de converser.
La vue des humanoïdes cornus à la peau grisâtre m'éveilla de récents et douloureux
souvenirs mais, sitôt passé le premier instant de surprise, une lueur d'espoir me revint à
l'idée de retrouver en ce lieu certains de mes compagnons. Les trois créatures étaient
protégées par des casques et des cottes de maille. Par contre, le pilier m'empêchait de voir
si elles portaient des armes mais le contraire m'aurait étonné. Elles baragouinaient dans
leur langue barbare et ne manifestaient aucune intention de quitter la pièce.
Malheureusement, je ne pouvais pas traverser celle-ci pour atteindre une issue sans attirer
leur attention et la colonne qui les masquait partiellement m'empêchait de les agresser
avec des projectiles.
Si Joan fonce sur les trois kayolins pour les attaquer par surprise,
s'il attend encore un peu au cas où ils quitteraient bientôt la salle de banquet.