Lecture des livres dont vous êtes le héros
30 Mars 2014
Nos longues heures de marche dans la lande désolée me laissèrent le temps de relater
dans le détail mes aventures depuis la bataille du pont. Mes compagnons ne s'étaient
quant à eux guère éloignés de Kalfirk ni de la ferme où ils avaient été embauchés. Ils se
montrèrent donc fort surpris par les dangereuses créatures que j'avais pu rencontrer,
parvenant difficilement à croire qu'une petite île anodine de Tannorie puisse dissimuler
une faune aussi improbable. Ils louèrent même ma vaillance d'avoir pu survivre à tant de
périls. De tels compliments provenant de la bouche habituellement persifleuse de Garett
eurent le don de m'emplir d'une certaine fierté.
Duncan me proposa aimablement une fiole de chantefeuille pour soigner certaines de mes
blessures. Assurant que ni lui ni Garett n'en avaient pour le moment besoin, il insista pour
que je profite de cette médecine. Si Joan boit la potion, il regagne 5 points de Vitalité.
Nous ne nous accordâmes aucune pause si bien que nous parvînmes à la côte bien avant
la tombée de la nuit. Nous longeâmes alors les falaises en direction d'une avancée de terre
qui défiait les vagues écumantes s'écrasant en contrebas. Garett fut le premier à repérer
l'amas de pierres rouges dont je leur avais parlé. Mes camarades ne s'étaient auparavant
pas privés pour m'exposer leurs doutes quant à l'existence d'un passage secret au milieu
de cette nature désolée. En dépit de leurs regards circonspects, je me mis à procéder selon
les instructions que j'avais acquises.
Une fois les douze pas accomplis, je frappai violemment le sol sablonneux du talon, à
plusieurs reprises puisque rien ne survenait. Je recommençai en rayonnant autour de ma
position au cas où mes pas auraient été trop ou pas assez allongés. Une résistance dans le
sol puis un grondement issu des profondeurs récompensèrent alors ma persévérance. Mes
compagnons vinrent me rejoindre en courant pour observer le trou qui se formait à mes
pieds en aspirant la terre, l'herbe et le sable à la manière d'un siphon. Nous reculâmes
vivement quand l'orifice s'élargit pour laisser entrevoir un passage vertical béant et les
premières marches d'un grossier escalier taillé à même le granite.
· " C'est de la magie ! souffla Duncan.
· Plutôt un ingénieux mécanisme. " rétorqua Garett en nous indiquant une charnière de
métal passablement rouillée.
L'escalier tournait sur lui-même et un faible halo lumineux indiquait que le boyau était
artificiellement éclairé. Étrangement, aucun garde ne se trouvait affecté à la surveillance
de cette entrée, il est vrai particulièrement difficile à trouver. Nous nous jaugeâmes tous
du regard avant d'entreprendre d'un accord commun et silencieux la descente au coeur de
la falaise.
Les marches avaient été rendues friables par le temps et certaines avaient presque
entièrement disparu. Nous progressions lentement afin d'éviter ces véritables pièges et de
peur d'alerter les pillards tant nos pas résonnaient tout le long du souterrain. Une torchère
soutenant un brandon rougeoyant à une trentaine de marches en contrebas nous prouva
que le repaire était bel et bien occupé. Garett se proposa alors pour passer devant, un
poignard de jet à la main prêt à être lancé si nous tombions par mégarde sur nos ennemis.
Cette initiative me rappela que nous n'avions échafaudé aucun stratagème pour ne pas
nous faire repérer par les kayolins, ignorant à la fois la configuration des lieux, le nombre
de nos adversaires et même s'ils avaient véritablement fait prisonniers certains de nos
camarades. Si tel n'était pas le cas, nous nous jetions en pure perte dans la gueule du
loup…
Nous arrivâmes bientôt à un palier duquel partait un nouvel escalier, plus étroit que celui
que nous suivions jusqu'alors. Ce nouveau tunnel descendait également mais de manière
moins abrupte et dans une direction latérale. Il m'était impossible de deviner s'il
s'approchait du rivage ou s'il s'en éloignait. Nous le considérâmes avec hésitation en
remarquant qu'il était lui aussi éclairé, bien que plus faiblement. Peut-être les torchères
s'y trouvaient-elles plus espacées.
· " Que fait-on ? chuchota Duncan.
· Vaudrait mieux prendre celui-là, affirma Garett. Il a l'air moins fréquenté et on risque
donc moins de se faire prendre. "
Il avait indiqué le nouvel escalier. Celui-ci semblait effectivement avoir une fonction
secondaire par rapport à celui que nous suivions. Mais d'un autre côté, le passage
principal descendait plus rapidement. Nous y avions donc plus de chances d'atteindre
l'endroit où demeuraient les kayolins et, de fait, celui où ils retenaient leurs captifs. Je
ressentai de surcroît une curieuse appréhension à l'idée de suivre le boyau préféré par
Garett. Peut-être à cause de son étroitesse qui nous obligerait à progresser l'un derrière
l'autre ; ou bien était-ce par crainte de nous fourvoyer dans une bien mauvaise direction.
Qui savait jusqu'où pouvaient conduire ces galeries creusées visiblement depuis des
temps très anciens ? Ne risquions-nous pas de nous perdre dans un véritable dédale ?
Si Joan suit tout de même l'intuition de son compagnon.
S'il préfère poursuivre la descente par l'escalier principal,