Lecture des livres dont vous êtes le héros
28 Mars 2014
Tout à ma hâte de laisser le plus de distance avec nos monstrueux poursuivants, je ne vis
pas à quel point le terrain devant moi s'était liquéfié. Ma jambe s'enfonça dans un trou
empli de vase et je m'écrasai au sol tête la première. Un terrible sentiment d'horreur me
saisit quand je sentis le vide sous l'épaisse couche de boue qui agissait comme un siphon,
m'aspirant inexorablement vers le bas. Mon compagnon s'était arrêté de courir mais
n'osait avancer plus vers moi de peur de connaître le même sort.
J'étais déjà embourbé jusqu'à la taille et m'enfonçais toujours plus malgré mes efforts
pour m'agripper à la terre ferme. Le pêcheur tournait tour à tour la tête vers moi et la
direction du nord où se précisaient toujours plus les silhouettes des infâmes créatures.
Nous pouvions de nouveau entendre leurs coassements affamés.
Une certaine sérénité remplaça mon désespoir quand la vase vint à me recouvrir la
poitrine. J'étais perdu mais je l'acceptais. J'avais tout fait pour retrouver mes compagnons
et je pouvais mourir la conscience tranquille. Ma seconde satisfaction était de ne pas
terminer dans l'estomac des monstres anthropophages.
· " Va-t-en ! fis-je à mon compagnon qui recherchait toujours un bâton suffisamment
long aux abords de la fondrière. Sauve ta peau pendant que tu le peux encore. "
L'homme me regarda avec désespoir. Il ouvrit la bouche, la referma, avisa une dernière
fois les créatures qui ne se trouvaient plus qu'à une centaine de pas, puis fila le long de la
berge sans demander son reste. J'eus une dernière vision des hommes-poissons avant que
la boue ne m'eût submergé. Je tentai de conserver le plus longtemps possible paupières et
bouche close mais connus malgré tout les terribles affres d'une mort par noyade.